Pour une fois, les élites sont en banlieue à côté des favelas et les simples citoyens dans un joli parc en centre-ville au bord de l’eau, avec vue sur le Pain de sucre. Au Riocentro, se tient la conférence internationale sur le développement durable, aussi appelée Rio+20. Vingt ans après le Sommet de la Terre à Rio, les gouvernements se retrouvent pour discuter de la gouvernance du développement durable et introduisent le concept d’économie verte. Le Sommet des peuples, lui, rassemble les organisations de la société civile et a lieu en centre ville, au parc Alterro do Flamengo. Il se veut une alternative au mode décisionnel et aux thèmes abordés à Rio+20. Ici pas d’économie verte, mais de la justice sociale et environnementale.

L’ambiance évidemment n’est pas la même selon que l’on porte une cravate ou une coiffe à plumes. « Riocentro c’était un peu froid…Ici au sommet des peuples, je vois beaucoup d’indigènes en habits traditionnels », a remarqué Rémi Thériault, étudiant québécois du Groupe d’économie sociale au Québec. Au parc des athlètes où sont dressées les pavillons de plusieurs pays et quelques entreprises, le géant Coca-cola par exemple, la foule est plus homogène, moins nombreuse et les horaires des ateliers ont l’air d’être respectés. De l’autre côté, les allées du parc Alterro do Flamengo ressemblent à un immense marché d’artisanat brésilien. De nombreuses activités sont annulées, déplacées ou avancées au dernier moment. Même la conférence de presse finale n’est pas annoncée.

Au-delà des apparences, les processus de travail diffèrent. Côté officiel, Jérémie Fosse, qui a suivi les négociations sur l’économie verte pour l’association espagnole Eco-Union détaille : « Le processus semble ouvert. Avec mon badge, j’ai pu aller à toutes les négociations. Tout le monde peut s’exprimer : techniciens, diplomates, experts…  C’est vrai que le texte ne plaît pas à tout le monde. En fait il ne plaît probablement à personne. Mais il est difficile voire impossible de mettre d’accord 190 pays. Peut-être qu’il faudrait mettre en place des coalitions et agir en petits groupes sur des thèmes choisis.»

Au Sommet des peuples, parallèlement aux assemblées plénières ont lieu des activités dites auto-gérées. Au terme de plusieurs jours de rassemblement, trois assemblées générales ont synthétisé les causes structurelles des différentes crises, proposé des solutions et dessiné l’agenda des prochains rassemblements. Dans la bonne humeur et le désordre, le tout en brésilien pour la majorité des activités. Diana Tîrcomnicu, du réseau Eyes (Empowering Youth in European Society), est présente à Rio depuis le mois de janvier pour travailler sur les revendications de son organisation. « On savait qu’une fois de plus, la conférence de l’ONU n’aurait rien apporté. Il faut garder les deux sommets. La société civile doit s’exprimer. On vit dans un monde pour les citoyens et pas pour les entreprises ou les gouvernants. » Sur l’organisation un peu chaotique du Sommet des peuples, elle défend : « C’est évident, on manque de finances et de ressources humaines. Mais on accueille plus de gens au Sommet des peuples et on a beaucoup moins de moyens. » Elle parle de 10 millions de reais contre 400 pour la conférence officielle. Environ 400 volontaires au Parc Alterro do Flamengo contre 1 500 au Riocentro.

Ces deux mondes se rencontrent-ils ? « On est allé à des conférences à Rio+20. Notre priorité est le Sommet des peuples pour sensibiliser à la biopiraterie. On voulait voir comment les thématiques sont traitées sur les deux sommets, raconte Rozenn Le Berre du Collectif pour une alternative à la biopiraterie. » Louisa complète : « Au sommet officiel, ils parlent de « partage des bénéfices » [ce que le Collectif considère comme de la biopiraterie]. Alors qu’on sait que les dés sont pipés ! » Max Rademacher, du réseau Eyes, était invité à discuter des revendications de la jeunesse avec Pascal Canfin, aux côtés des associations de la délégation française. Les parois sont poreuses, même si tout le monde ne passe pas au travers. Un banquier a été hué et chassé du Sommet des peuples après la manifestation du 18 juin dénonçant la réforme du Code forestier. Alors que la militante indienne Vandana Shiva passe de l’un à l’autre avec aisance.

À 9 heures, vendredi 22 juin, une délégation du sommet a rencontré le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon pour lui remettre sa déclaration officielle. Comment pourrait-elle être prise en compte ? Les sommets se clôturent en même temps.

Bouchra Zeroual, Rio de Janeiro

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