La Belgique, ses frites, ses moules et… ses prostituées. Pour qui n’a jamais mis les pieds dans l’une de ces rues de joie, c’est le choc du macadam.

Je quitte mon havre de paix sous une fine pluie pour me rendre dans la capitale belge. Après trois heures et demie passées au fond d’un car à exprimer mon exaltation pour le football et à refaire le monde avec mon acolyte, me voilà dans les rues de Bruxelles. Le thermomètre affiche 11 degrés et l’étrange douceur qui s’empare de la nuit pousse notre hôte à nous montrer un autre visage de la ville. « Connaissez-vous la raison de cet embouteillage ? » lance t-il avec un sourire malicieux en coin. « Je vais vous montrer ce que vous n’avez pas pu voir la dernière fois. Vous allez être choqués ». Effectivement le choc est au rendez vous. Un choc émotionnel pour moi et surtout pour mon acolyte, scotché par le spectacle qui se déroule sous nos yeux.

La rue dans laquelle nous nous trouvons est bondée d’homme de tout âge et d’origines diverses et variées. Ils semblent obnubilés par une chose, voire hypnotisés. Et des envies, fort charnelles, s’exhalent de toute l’allée. Ainsi au fur et à mesure que notre véhicule s’engouffre à vitesse d’escargot dans cette ruelle faiblement éclairée, je constate la présence de créatures de rêves quasiment en tenue d’Eve. Posées délicatement dans une dizaine de vitrines éclairées d’une lumière rouge tamisée, celles-ci se dandinent avec douceur et légèreté afin de flatter les sens de la gente masculine. Se dégage de leur corps une symphonie visuelle digne de chant des sirènes. Et leur terrible déhanchement aussi ravageur qu’un ouragan provoque, je suppose, un déferlement de testostérone dans l’organisme. Dès lors le corps parle et l’esprit s’envole vers les cieux. L’inscription « La Tentation » placardée à l’entrée de la rue prend alors tout son sens.

Un langage des signes s’engage à ce moment-là. Les clients, devant la vitrine,  exécutent des gestes suggestifs pendant que la prostituée étale son tarif avec ses mains. Quatre doigts. C’est ce que l’ensemble des filles de joies montrent à leurs clients. Fortement intrigué, je franchis le palier d’une des prostitués et lui demande la signification de ce geste. « Ça veut dire quarante euros missieur. C’est le tarrif pourrr tout fairrre », répond-elle avec un fort accent roumain, avant de claquer la porte. L’entretien n’ira pas plus loin. Mon hôte me confie alors que la plupart des femmes exposées dans ces vitrines sont originaires des pays de l’Est. Ce qui ne m’étonne guère.

Dans la rue d’Aerschot, tout a été fait pour faciliter l’exercice du plus vieux métier du monde. Une des sorties de la gare du Nord y donne directement accès et des urinoirs ont étés installés afin d’empêcher les clients de marquer leur territoire n’importe où. Par ailleurs, des places de parkings ont été aménagées juste devant les vitrines et tout le long de la rue. On comprend aisément alors que la prostitution est légale ici.

Pour le jeune francilien que je suis, jamais confronté à l’exposition et à l’encouragement du marché de la prostitution sur la place publique, la scène est surréaliste. Ainsi, plutôt que de jouir de ce plaisir visuel, je suis rapidement offusqué par tout ce cirque pour plusieurs raisons. D’une part, parce que la prostitution est fermement condamnée dans mes mœurs. D’autres part, les femmes exposées dans ces vitrines semblent être de simples bouts de viande, dépourvues d’âme, aux yeux des hommes présents. Le pathétisme ainsi que la vulgarité qui se dégage de l’attitude de ces messieurs refroidit vite mes ardeurs. Par ailleurs la jeunesse de certaines femmes présentes dans les vitrines m’interpelle fortement. En effet certaines des prostitués ont l’air d’avoir une vingtaine d’années. Voyant mon indignation, mon hôte me donne alors une explication : « en fait elles se prostituent parce qu’elles ont besoin d’argent pour leur études. D’ailleurs j’ai déjà vu une ancienne camarade de classe dans une de ces vitrines. »

« A Bruxelles il y a tellement de prostitués sur le bord des trottoirs que lorsqu’on voit une meuf sexy on ne sait pas si c’est une prostituée ou pas ». Cette réflexion faite spontanément à voix haute par ma personne, résume à mon sens à elle seule l’ampleur du phénomène de la prostitution. Je compare alors la loi française, qui n’interdit pas la prostitution mais le racolage actif et passif, à celle de son voisin belge. Je me pose alors plusieurs questions : le plus vieux métier du monde pourrait-il devenir un jour une profession libérale dans l’Hexagone, dont la publicité et le démarchage seraient autorisés ? Si oui cela vous poserait-il un problème ?

Mohamed K.

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