Au réveil, j’ai pris l’habitude de boire le café à l’angle de la rue des Sylphes, chez « Sam Pizza », à deux pas de chez moi. Quand le nouveau patron a racheté le bistrot, il n’a pu garder que le bar, une merveille des années 50. Tout le reste serait flambant neuf, si les ouvriers du chantier d’en face n’y répandaient par leur boue. Le café ne sert plus d’alcool. Marre qu’on lorgne les femmes venues chercher leurs pizzas à l’emporté, marre de voir les familles s’en aller, marre de ramener chez eux les ivrognes pour ne pas avoir de soucis avec la police, marre aussi de se battre pour vider tout le monde à minuit (il n’y a pas de licence 5, de disco, à Bondy et les licences 4, les bars, doivent fermer à minuit, deux heures plus tôt qu’à Paris). Ce matin, on parle des « fidèles » qui se baladent en robe blanche dans une cour située à vingt mètres de là. « C’est une secte », me dit-on.

 

Tiens, un bon moyen de lancer la journée. Sur le mur, l’inscription « Eglise des Chrétiens célestes ». Je pousse le portail. Je frappe à la porte.

 

« Do you speak english? ». Le frère qui semble être Nigérien m’invite à enlever mes chaussures. « C’est ce que l’on a demandé à Moïse sur le Sinaï », se justifie-t-il. « Ici, tout est pur, pas besoin de soulier. Si l’on se chausse dans la rue, c’est à cause du danger ». Il appelle l’assistant évangéliste, un grade convenable dans leur hiérarchie qui va du simple frère à l’évangéliste, en passant par l’assistant leader, le leader, le vénérable, l’assistant évangéliste. Pas satisfait de son explication, mon guide se justifie aussitôt: « Plus on est haut, plus on doit être petit ». Il m’ouvre la salle de prière (pardonnez le flou de la photo causé par le smog d’encens). Pas de banc sur le tapis, mais une soeur qui prie, des percussions et une basse. Il me lit l’Apocalypse IV qui justifie l’organisation spatiale du lieu: 24 sièges recouverts de soie turquoise, un chandelier à 7 bougies, un arc-en-ciel intitulé « église des chrétiens célestes ».  On s’installe au fond, sur des chaises en plastique. Dans sa main, une bible rafistolée. Il bégaie à me mettre mal à l’aise.  « Lorsque je prêche, je ne doit toucher ma femme trois jours avant. Au culte, personne ne doit avoir fait l’amour dans les 24 heures. Les femmes en plein cycle menstruel doivent patienter une semaine… ».

 

Avant de quitter les lieux, un ancien m’explique qu’il est Béninois – tout comme ce courant évangéliste, né en 1947 – qu’il s’est battu pour la France, en Algérie, et qu’il est donc normal qu’il prie son Dieu à Bondy. Une logique implacable. Dimanche à onze heures? Pourquoi pas.

 

Par Blaise Hofmann

 

 

 

 

 

 

Blaise Hofmann

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