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L’odeur acre est encore saisissante dans ce gymnase partiellement brûlé de l’avenue Stalingrad de Saint-Denis, à deux pas de l’université. Un incendie, d’origine accidentelle selon les premiers éléments, s’y est déclaré au sous-sol vendredi 26 avril vers 3 heures du matin. Le sinistre s’est propagé proche de l’armoire électrique où une défaillance a pu se produire. Par chance, le bilan humain est quasi-nul avec seulement deux policiers victimes d’une légère décharge lors de l’intervention. En revanche, les dégâts matériels sont plus sérieux et laissent l’Avant-Garde démunie pour plusieurs mois.

Le club omnisport, propriétaire de l’équipement privé, y propose une vingtaine d’activités à ses centaines d’adhérents. L’Avant-Garde est en effet une institution à Saint-Denis, dont l’origine remonte à 1913. Il s’agissait d’un patronage, mouvement de jeunesse catholique, anciennement géré par les prêtres avant de devenir laïc en 1972. « En bas, tout a brûlé : notre bureau où on avait toute notre comptabilité, 100 ans d’archives, des photos… On n’a même plus de chéquier ! », déplore Jean Mornet, le président de l’association. Du haut de ses 90 ans, il erre dans le hall aux murs noircis entre deux coups de fil, tantôt avec le directeur des sports de la Ville, tantôt avec les experts de l’assurance.

Quel avenir pour le club et ses sections ?

Si le sous-sol – où s’entraînent les sections de sports de combat – a été ravagé, le reste du bâtiment est relativement épargné. Toutefois la suie dégagée par la fumée, accentuée par des trappes d’évacuation qui n’ont pas fonctionné, nécessite un vaste nettoyage. Il convient aussi de refaire toute l’électricité. Impossible donc d’imaginer le volley ou la gym reprendre rapidement leurs activités en diurne, les normes de sécurité n’étant plus respectées. L’Avant-Garde espère un retour à la normale en septembre, le meilleur moyen d’assurer la pérennité de ses sections. D’ici là, la fin de saison risque d’être compliquée pour chacune d’entre elles. Les infrastructures sportives sont saturées à Saint-Denis, provoquant régulièrement la grogne des associations.

Certains ont déjà pris les devants, comme Redouane Amrani, le responsable des sports de combat et ses 300 adhérents : « Heureusement que ça se passe en fin de saison, même s’il y a encore des gens qui appellent pour les inscriptions. On va proposer à nos licenciés de s’entraîner chez des clubs amis qui nous ont ouvert leurs portes, à l’Ile-Saint-Denis ou à Paris. Mais je sais comment ça va se passer, il va y avoir 1% de gens qui vont se déplacer. » Lui qui bénéficie d’inscriptions à la hausse chaque année grâce, entre autres, à la popularité du MMA ne s’inquiète pas trop pour l’avenir de ses sections. Surtout si le gymnase rouvre assez tôt la saison prochaine.

Ce n’est pas le cas pour le volley, moins en vogue. « Ça tombe bien, parce que la saison est pratiquement finie. Mais deux mois sans activité, quatre en comptant les vacances d’été, ce n’est jamais bon pour les plus jeunes parce qu’on risque de les perdre. Ils peuvent aller voir ailleurs ou commencer une autre activité », s’inquiète Thierry de Lonchamp l’entraîneur des séniors. Plus délicate encore, la situation des filles en gymnastique dont la fin de saison comporte un enjeu sportif de taille : la participation aux championnats de France. Aucune autre infrastructure de la ville ne dispose du matériel nécessaire à ces athlètes.

Tout le monde s’est mobilisé

Le jour du sinistre, des élus de la majorité municipale se sont rendus sur place. Le maire adjoint aux sports Bally Bagayoko (FI) l’affirme : « La Ville à travers ses services apporte son soutien technique. On apportera aussi les soutiens financiers nécessaires pour pouvoir aider à la réhabilitation du site. L’objectif est que le site soit opérationnel le plus rapidement possible ». « Tout le monde s’est mobilisé, confirme Jean Mornet. La compagnie AXA (l’assureur, ndlr) a de suite désigné des experts, ils étaient là mardi. Trois sociétés de nettoyage-désenfumage se sont relayées dans la journée. Il y en a déjà pour trois à quatre semaines, avant d’entamer les réparations. La municipalité nous a déjà transmis une liste avec les horaires pour tenter de trouver des gymnases de remplacement pour essayer de continuer nos diverses activités. »

Le président, avec la détermination et la volonté d’un jeune homme, réunira les responsables de section la semaine prochaine pour faire un point. « Je suis optimiste, il faut l’être, sinon on ferme la boutique ! On ne doit pas laisser tomber les gens, et les gens sont demandeurs, ils ont des enfants ! », lance-t-il. Tous ne souhaitent qu’une seule chose : que l’Avant-Garde renaisse de ses cendres.

Adrien VERRECCHIA

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