#LaRentréeDesBâtisseurs Les ratios hommes/femmes et jeunes/vieux sont loin d’être équilibrés au sein des grandes rédactions françaises. En ce qui concerne les origines sociales, le constat est encore plus flagrant. « Les journalistes ont-ils le même profil ? » et « la diversité dans tout ça ? » s’interrogent Aboubakar Sakanoko et Kong, militants associatifs et animateurs radio à Grigny. Billet.

L’ascenseur scolaire ne fonctionne pas de la même façon pour tout le monde, certains sont même condamnés à prendre l’escalier. Disons-nous les choses, ce sont les racines du mal. Ceux issus de classes sociales dites défavorisées partent en fin de course. La machine à rêver de la République n’a plus de combustible : inégalités de traitement, inégalités de résultats, inégalités d’orientation, inégalités d’accès au diplôme. À même niveau scolaire, les élèves de 3e des établissements les plus défavorisés ont deux fois moins de chances d’intégrer le lycée général que les élèves scolarisés dans un contexte privilégié. Voilà pour le diagnostic.

Cette inégalité scolaire est une compagne fidèle, ennemie de l’ambition, amie de la léthargie.

Les journalistes en France sont triés sur le volet : les 14 écoles reconnues en France sont accessibles après le passage d’un concours. Les fléaux qui tuent la diversité dans les médias sont nombreux. Parmi eux : le coût des écoles de journalisme en France qui oscille entre 3 000 et 5 000 euros par an pour les écoles privées reconnues par la profession. Le souci financier déteint aussi sur la préparation au concours.

Face à cela, une sorte d’« affirmative action » à la française s’est mise en place : pour pallier une « sélection (qui) fonctionne comme un plafond de verre sur lequel se cognent les jeunes issus de milieu moins favorisé »,  l’École Supérieure de Journalisme de Lille et le Bondy Blog ont mis en place une classe préparatoire Égalité des Chances aux concours, en 2009. Dans la même veine, le Centre de Formation des Journalistes a aussi créé un même type d’entité, La Chance aux concours.

Les mêmes journalistes gravitent de média en média

Même en ayant intégré un de ces organismes et l’une de ces écoles, l’origine sociale reste un carcan tacite sur le CV. L’homogénéité sociale des journalistes saute aux yeux dans le PAF. Et l’homogénéité de couleur aussi ! Si certains, comme Harry Roselmack, ont réussi à être sous le feu des projecteurs, le menu médiatique qu’il propose reste inchangé.

Pour les jeunes générations issues de milieu défavorisé et qui ont bénéficié des discriminations positives, le mercato s’avère cimenté, aussi statique et embouteillé que le périphérique parisien à heure de pointe. Le chassé-croisé bug : à la place de voir les figures les plus anciennes partir pour laisser place à la nouvelle génération, permettre aux paysage médiatique d’être renouvelé et rafraîchi, ce sont les mêmes journalistes qui gravitent de média en média, saturant le réseau.

Créer son propre média ?

La diversité est souvent abordée par le manque de visibilité des minorités à l’écran, dans nos radios, dans l’ours des journaux [emplacement indiquant les noms des rédacteurs et des collaborateurs de la publication, ndlr] mais en creusant la question, une autre interrogation émerge : qu’en est-il de la diversité dans les plus hauts postes de la sphère médiatique, là où l’info est décidée et la ligne éditoriale tracée ?

Les médias traditionnels font office de Goliath. Pour autant, est-il tout de même possible de développer ses propres médias alternatifs en imposant une tout autre manière d’aborder l’information ? Car toutes ces barrières jouent aussi, parfois, le rôle de moteur, donne l’envie et la volonté à des journalistes ou simples citoyens, de lancer des projets innovants de média indépendant.

Mais alors, un autre obstacle se dresse : l’identité singulière et aiguisée des médias indépendants fait qu’ils sont souvent mal perçus. Indépendant serait synonyme de « subjectif » voir pire, « militant ».  Les mots pesteux du monde journalistique.

La question du financement des médias 

Le pacte avec les grands médias est-il inévitable pour boire l’élixir de jouvence et goûter le gâteau de la grande audience ? Ou au contraire, faut-il créer une fédération des médias indépendants pour devenir plus forts et rivaliser avec les grands médias ?

Finalement, tant qu’une poignée de milliardaires sera à l’origine du financement des médias en France, et donc à l’origine de la fabrique de l’information, le traitement médiatique et sa couleur (celle des thèmes comme celle des têtes) resteront inchangés.

Aboubakar SAKANOKO et KONG avec Amanda JACQUEL

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