A peine arrivé sur place, le père Bertrand Collignon est sollicité de tous les côtés. Au sous-sol de l’église du Christ Ressuscité, où sera célébrée le soir même l’eucharistie, un jeune religieux, Stéphane, demande : « Je voudrais avoir votre avis pour l’ornement, ça va comme ça ? » Une nappe blanche couvre l’autel, le corps floral vient compléter le sobre décor. « Oui, c’est très bien comme ça », lance le père Bertrand. Son téléphone sonne, « oui, salut sœur Marie ! Écoute, pour ça, tu vois avec le père Marc. » C’est sûr, l’après-midi ne fait que commencer. Beaucoup reste à faire. Ce jeudi, à la veille du Vendredi Saint, jour célébrant la passion du Christ, tout le diocèse de Bondy est au taquet.

Dans une arrière-salle de l’église, située dans les quartiers nord de la ville, en plein milieu des barres HLM, on s’active. De vastes armoires renferment tous les éléments de décor pour accompagner les diverses cérémonies religieuses. La gardienne des lieux semble stressée. La cinquantaine passée, la femme se montre particulièrement investie dans la vie du diocèse : « J’ai lavé et repassé les tissus blancs pour ce soir, tout est là », annonce-t-elle, avec un accent portugais. Et le vin ? Un sac à la main, le père Bertrand sort une bouteille flambant neuve. Mais la gardienne lui montre aussitôt une bouteille entamée. Une négociation s’ensuit. Ni l’un, ni l’autre ne renoncent à discuter du goût et des couleurs. Le prêtre préfère le vin moelleux. C’est celui-ci qui sera servi ce soir.

La commune comptant trois églises, le père Bertrand doit encore faire le tour des deux autres. Il est déjà 16 heures. Direction la paroisse Saint-Pierre, au centre-ville. « C’est ici que l’on célèbrera le Vendredi-Saint », explique le jeune prêtre. Il en profite pour préparer les saintes huiles, qui serviront pour bénir les fidèles : « Celle-ci, le saint-chrême, est utilisée pour les cérémonies importantes comme le baptême ou la confirmation, celle-là est l’huile des infirmes, elle sert pour l’extrême-onction », détaille le père Bertrand, concentré à verser les liquides dans des récipients spécialement prévus. Dernier tour d’horizon à l’église Saint-Louis. Ayant le souci du détail, le prêtre déplace de quelques centimètres l’autel. Rien n’est laissé au hasard. Le décor, trop stoïque à son goût, y passe : « Je préfère l’asymétrie, c’est plus dynamique », avant d’ajouter, sourire en coin, « c’est aussi ça le travail de prêtre ! »

Vers le chemin de croix

Originaire de Bagneux, « le sud de Paris » comme il aime à le préciser, Bertrand Collignon a grandi au sein d’une famille assez religieuse. Un père enfant de chœur dans sa jeunesse, une mère élevée chez les bonnes sœurs ont contribué à conduire l’homme vers le chemin de la foi. Pour autant, ce n’est pas ce qui a déclenché son désir de devenir prêtre un jour. Pour preuve, après son baccalauréat, il entame de brillantes études : Maths Sup, Maths Spé. Son but, alors : devenir ingénieur.

Autour d’une tasse thé, le père Bertrand se souvient de ce jour qui a marqué sa vie. Le 6 janvier 1991, « alors que je rentrais de vacances, en préparant mon lit, j’ai eu ce sentiment très fort que Dieu m’a appelé. Mes jambes tremblaient, mon cœur battait la chamade. Je me suis dit soit je suis fou, soit je suis un bon chrétien. » À 23 ans, il annonce à sa mère qu’il entre au séminaire. « Lorsque je l’ai avertie, elle n’était pas très heureuse d’apprendre la nouvelle. Elle me voyait plus fonder une famille. Mais elle a fini par l’admettre, elle qui plus jeune rêvait d’avoir un fils prêtre. »

En 1998, à l’âge de 30 ans, il est ordonné prêtre. L’année de la coupe du monde de football en France. Le prêtre raconte avec humour : « C’est grâce à mon ordination que la France a gagné face à l’Italie, par le biais du tir au but de Laurent Blanc ! » Depuis, il a été nommé curé de la ville. Aujourd’hui, à 41 ans, il est chargé de réfléchir à une nouvelle organisation du diocèse

Il est presque 19 heures. La cérémonie de l’eucharistie, commémorant le dernier repas du Christ avec ses apôtres, va bientôt commencer. Tout vêtus de noir durant la journée, les prêtres du diocèse enfilent une robe blanche. Le temps de saluer les fidèles, la prière commence. En communion, chants religieux et lectures saintes s’enchaînent. Dehors, les motos des gamins de la cité qui tentent de tuer le temps vrombissent.

Hanane Kaddour
(Paru le 11 avril 2009)

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