Samuel Grzybowski, 23 ans, navigue sur les eaux usées de la vie au volant de son Autolib’, à Paris. Étudiant brillant à la personnalité nuancée, il est le fondateur de l’association Coexister. Portrait d’un jeune engagé pour un meilleur vivre ensemble.

Il assume son combat et ça ne plaît pas à tout le monde. Depuis le 14 janvier 2009, Samuel Grzybowski a crée un mouvement sur le modèle de la coexistence active. Une grande manifestation protestant contre la haine liée au conflit israélo-palestinien à la suite de « l’Opération Plomb durci » à Gaza est organisée par des lieux de cultes juifs, chrétiens et musulmans qu’il fréquente. « À ce moment-là, je prends la parole et explique que les jeunes peuvent s’organiser pour une coexistence, tout en montrant une solidarité avec un message symbolique : faire couler le sang pour la paix plutôt que pour la guerre ». Lors d’une rencontre, l’appel retentit dans dix paires d’oreilles. Première action : le don du sang. En sept ans, ils sont passés de 11 jeunes à 2000 membres actifs. « On parle beaucoup du mouvement. Quand je rencontre pas mal de coexistants, il y a une empathie particulière. Je suis super fier de voir qu’on a le même idéal de société ».

Après une double licence histoire-sciences po à Paris 1 et un tour du monde, Samuel Grzybowski décroche un poste de chercheur à Vienne, puis un poste d’étude à l’ EPHE où il termine ses études actuellement pour enfin devenir consultant chez Convivencia, qu’il a créé. Il accompagne les entreprises dans la gestion de la diversité religieuse et de la laïcité. Il a longtemps cherché sa vocation et avoue qu’il n’était pas prédestiné à s’engager. « Je pensais être futur directeur adjoint du club PSG, pianiste professionnel ou président de la Croix-Rouge après deux ans de bénévolat pour les sans-abris ».

Eau oxygénée

13063453_10209268754533463_5066928367268177712_oPourquoi se retrouve-t-il à cette manifestation ? « Le centre du combat de toute ma vie, c’est de retrouver ce que j’avais connu en primaire : une école arc-en-ciel ». On y trouve une pédagogie interculturelle, des enfants du monde entier avec leurs différences, sept religions enseignées… Une ambiance qui lui manque dans son lycée bourgeois Notre-Dame de Lorette dans le XVIème. « Tous blancs, tous chrétiens, plus ou moins pratiquants ». Tous de catégories sociales élevées. Terrible reproduction sociale en écho. Depuis, il mène une quête. Toute sa jeunesse est consacrée au scoutisme. Comment vivre l’unité dans la diversité ? Le foulard, la chemise, les valeurs sont un tout partagé par tous. « En rentrant du scout Jamboree Mondial de Londres, j’ai rencontré plusieurs communautés qui m’ont accueilli comme si j’étais leur propre fils ». Il aurait pu se contenter de cette branche mais l’appartenance religieuse connotée par les grandes familles du scoutisme ne lui suffisent pas. Il manque une proposition pour les plus de 22 ans. Fin 2008, dans le train menant à Auschwitz, il lit, accompagné d’une juive et d’une musulmane, les noms des victimes à hautes voix. Vibrant moment où la solidarité est en ébullition. Moment fort pour ce jeune érudit. « Je me suis dit qu’il fallait que je prenne ma part sous le modèle de la légende du colibri ». Il s’inspire de sa dream team Gandhi, Martin Luther King et Mandela. Il pensait qu’ils recherchaient la souffrance mais se reprend : « Le risque est de croire au syndrome du martyr, c’est-à-dire qu’il faut nécessairement souffrir pour une cause à défendre. Il faut surtout être prêt à souffrir si nécessaire mais ce n’est pas la peine de le chercher. La souffrance est arrivée, ils l’ont encaissée, ils l’ont dépassée ».

Eau bénite

Fervent croyant, il prie de façon régulière et se rend à la messe tous les dimanches. Le moment propice à la prière dépend de l’humeur et du soleil. Pendant le Carême, il a recherché toutes les aliénations et a essayé de s’en libérer. Il suit de très près l’actualité du Pape pour s’inspirer de son message sincère. Lors de son tour du monde avec cinq jeunes de confessions différentes, il le rencontre brièvement. Il retient avec solidité son souvenir de la rencontre avec le grand imam Al-Azhar, Ahmed el-Taieb, en Egypte. « À l’époque, j’ai été pris à part par certains musulmans de la muslimsphère, sur Twitter, parce que je militais contre l’islamophobie. On m’avait dit ‘l’islamophobie c’est le combat des musulmans, ça ne te regarde pas’. Ça m’avait peiné. L’imam m’a répondu : les gens qui disent ça n’ont rien compris de votre intention, et avec le temps, ils vont changer d’avis. Et il avait raison ». Il reprend son anecdote. « Pour le reste, vous êtes chrétien ? Donc vous avez le Christ. Mettez-le devant vous et marchez derrière ». Et cette façon de reconnaître la figure centrale de sa foi est une grande preuve d’estime et de connaissance, de respect. Silence. On lui demande souvent pourquoi il est passionné par les religions. Il répond avec fracas : « Mon sujet, ce n’est pas les religions. Mon sujet c’est la coopération et la complémentarité des différences ».

Eau de mer

Pendant longtemps, tout devait être utile dans son engagement, même ses amis. « Il n’y avait pas de gratuité dans mes relations avec mes amis. Tout devait servir ma cause. C’était des moyens de me détendre avant de reprendre mon engagement ». Pendant longtemps oui, mais jusqu’à quand ? Jusqu’au tour du monde. Il a beaucoup discuté avec Josselin, son co-voyageur et ami. « Est-ce que je suis vraiment ton ami, me disait-il ? Ou mieux : est-ce que tu restes amis avec des gens, même quand ils lâchent tes combats ? ». Il était tellement passionné par son combat qu’il en oubliait le principal. Il se justifie « C’est une sorte de revanche. C’est vrai que j’ai beaucoup été victimisé. Je suis passé de la bienveillance, au primaire, à la malveillance, au lycée. Et je ne l’ai pas supporté ». Touché par les interpellations haineuses sur les réseaux sociaux et par certains personnages publics, il quitte Twitter et diminue son impact sur le numérique pour se concentrer sur sa fiancée et ses amis.

Eau douce

Et tout ça, il le doit à ses parents. Ce sont deux pros du regard. Maman graphiste et papa journaliste. Tous les deux artistes à leurs heures perdues, comme leur fils. Ils lui ont transmis le sens critique. À table, son père lui disait souvent pour clore le débat sur ce qu’est un bon chrétien : « Le chrétien, c’est quelqu’un qui a un œil sur l’Évangile, un œil sur le journal. ». Et pour cela, ils lui ont ouvert les portes de la liberté avec pour cadeau un permis de scooter. Sa dulcinée, il l’a rencontrée et ne risque pas de la mettre de côté. C’est avec elle qu’il partagera sa passion pour la danse et le terroir français. Il me donne enfin les clés pour un jeune qui veut s’engager : « Il faut d’abord réfléchir à savoir là où l’on est vraiment le meilleur. Il faut dépasser les malentendus. Il faut faire confiance aux passeurs ». Ce sont les piliers de la réussite qui renvoient à nos qualités, nos aînés. « Il faut s’aménager des temps de silence et de respiration. S’acharner à défendre ce que l’on croit ».

Il faut se changer soi-même. Et rien de mieux que de partager son ambition avec d’autres promoteurs du vivre ensemble, les jeunes lauréats du prix 2016 des « Jeunes leaders émergents ».

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Yousra Gouja

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