Coup de menton. À 7 heures pétantes, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin tweete : « Sur mon instruction, le préfet de police procède au démantèlement définitif, ce matin, du “campement du crack” du square Forceval à Paris. Un moment important pour l’ordre public rétabli à Paris ». 

L’information se répand comme une traînée de poudre, chez les riverains. Ceux qui campent au square Forceval avaient déjà eu des échos. Un certain nombre d’entre eux ont donc pris les devants et sont partis avant l’arrivée des forces de l’ordre.

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En septembre dernier, les usagers de crack avaient été déplacés du parc Éole au parc Forceval (Paris 19e), voisin des villes de Pantin et d’Aubervilliers. Ce matin, l’histoire se répète. Les usagers de crack qui n’ont pas été évacués vers des centres d’hébergement d’urgence reviennent sur le site.

L’un d’eux, vient pour « récupérer son vélo ». Un policier  l’alpague : « Il va falloir repartir, après ». Une dame, avec un sac de couchage, vient boire aux robinets, qui avaient été installés avec des toilettes pour les usagers.

Une présence policière massive pour éviter une réinstallation des consommateurs de crack

À 12 heures, l’avenue Jean Jaurès, qui relie le 19eme arrondissement à Pantin, est toujours occupée par des dizaines de fourgons de policiers. Le temps est au beau fixe et un calme inhabituel règne au parc Forceval.

Sous le pont du périphérique, juste au-dessus de Forceval, les riverains traversent à pied ou en vélo, certains s’arrêtent à la vue du parc, vide.

Les policiers sur place n’ont pas d’informations supplémentaires sur la durée de leur mission à Forceval. « Quelques jours, peut-être plus, on ne sait pas encore, indique l’un d’eux, le temps de s’assurer qu’ils (les usagers de crack) ne reviennent pas ici. »

Un problème sanitaire, pas géographique

Forceval était occupé depuis plus d’un an par quelque 400 consommateurs de crack. Pour éviter que les usagers de crack accèdent à Pantin, un mur avait été construit à la hâte.

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Depuis, les habitants du quartier n’ont eu de cesse d’exprimer leur mécontentement. Une première fois, lors de la manifestation du 29 septembre organisée par les habitants des Quatre-Chemins, Pantin et Aubervilliers. Sur la devanture de la mairie de Pantin, une pancarte compte d’ailleurs le nombre de jours écoulés depuis le déplacement des usagers de crack.

Cette évacuation, réclamée par les différents membres de la vie du quartier, ne règle pas pour autant la question du crack à Paris. Un problème qui date. Déjà en 1993, L’Humanité documentait les dégâts de cette drogue dans le quartier de Stalingrad. La réponse sécuritaire a échoué d’année en année, sous les yeux de riverains excédés.

« Qu’est-ce qu’il va se passer pour les usagers maintenant ? C’est un problème sanitaire pas géographique », s’agace d’ailleurs un habitant du quartier, Ahmed*.

Les habitants s’attendent à voir un nouveau campement s’installer

Hervé est un habitant du quartier Pont de Flandres, il est impliqué dans la vie locale. Cet habitant ne se satisfait pas non plus de cette évacuation. « Ça fait dix ans que c’est un éternel recommencement, on retrouve des archives avec des discours politiques qui se répètent presque mot pour mot », lâche-t-il.

En l’absence de solution sanitaire et d’un renforcement des lieux de prises en charge, cette évacuation ne laisse personne dupe. « La crainte se porte aussi sur l’endroit où vont s’installer les usagers maintenant, explique Hervé. Autour du canal de l’Ourcq, ça s’agite de partout et on s’apprête à vivre quelques jours compliqués. Il reste un tiers des présents habituels et les deux autres tiers se sont évaporés dans la nature. »

Les seuls qui subissent, c’est nous, nous qui vivons dans ces quartiers

Très impliqué sur le sujet, Tarak Sassi, pose le même constat : « À chaque déplacement, on ne fait qu’aggraver le problème ». Il déplore l’inaction des pouvoirs publics malgré les travaux en amont. Il le rappelle : « Notre association “La remontée” a proposé un plan d’actions sur la prévention et la réinsertion des toxicomanes. On a eu des promesses, mais pas de moyens et les seuls qui subissent, c’est nous, nous qui vivons dans ces quartiers ».

*Ce prénom a été modifié

Dounia Dimou

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