Skyfall  commence fort et dure longtemps (2 heures 23). J’y suis allée avec des amis : 3 sur 4 se sont endormis, mais pas au même moment. J’en excuse un qui avait 9 heures de décalage horaire à encaisser et celle qui a ronflé car nous sommes en période de rhinopharyngite, grippe… Autant le dire, la salle était bondée, sans mauvais jeu de mot, et il a fallu s’y prendre sérieusement en avance pour pouvoir l’atteindre.

Le film commence par une course poursuite en Turquie, en pleine exécution d’une mission. Ensuite on a le générique interprété par Adèle… je l’ai tellement attendu que j’en suis déçue et reste plus sensible aux voix de Shirley Bassey (Diamond’s Are Forever) et Tina Turner (Goldeneye).

Revenons au titre : Skyfall. On connaît la skyline qui fait référence à l’effet que produisent les gratte-ciel New-Yorkais sur le visiteur débarquant à Big Apple, par voie maritime notamment. Skyfall c’est littéralement « chute de ciel ». Version gauloise ça donnerait « le ciel nous tombe sur la tête ».  Il est certain qu’avec une traduction pareille, le mythe de « Bond, James Bond » en prend un sacré coup.

D’ailleurs c’est ce à quoi s’est attaché le réalisateur Sam Mendès et les scénaristes Neal Purvis, Robert Wade, Peter Morgan et John Logan. Une entreprise de destruction des clichés et peut-être même de l’ADN de M. Bond. On comprend qu’a sonné l’heure du passage de flambeau, mais dans le film ça ressemble à un plan de licenciement :

–          M, le supérieur féminin de James, qui garde suffisamment de sang froid pour repousser les avances de Bond se voit notifier sa retraite : « au placard la vieille et merci pour vos bons et loyaux services » ;

–          Bond échoue à ses tests de compétences pour retourner sur le terrain (encore 200 abdos ou t’es viré). Pourtant je ne suis pas certaine que tous les agents secrets aient les mêmes pectoraux que Daniel Craig. Cerise sur le gâteau, on nous laisse comprendre que ce serial-lover un brin misogyne aurait eu des aventures homo. Mesdames, allez vous coucher toute seule, James n’est plus intéressé. Drame ultime, que vont devenir les James Bond Girl ? Seront-elles transformées en jeunes éphèbes tout droit sortis des publicités de Jean-Paul Gauthier ?

–          Q en charge de la recherche et du développement, en vrai  on dit « l’inventeur des gadgets » est mort en 1999, il a été brièvement remplacé par R puis plus remplacé du tout, il se trouve maintenant être un Nerd incarné par Benjamin Whishaw nettement plus jeune. L’acteur a été découvert dans l’adaptation du Parfum de Patrick Süskind : l’histoire d’un nez – comme Jean Paul Guerlain – serial-killer à l’époque de Jacquouille la Fripouille).

–          La guerre froide est renvoyée aux oubliettes. Même si le méchant est à la hauteur, c’est un vrai gros méchant qui menace le monde, c’est une constante, de ce côté-là on est rassuré. Mais ça va changer : maintenant c’est l’heure des attaques asymétriques : un ou plusieurs individus qui frappent sur Internet, avec un avion dans des tours jumelles ou dans le métro londonien (James Bond sait-il se servir d’un mulot ?)

–          Au lieu d’être sur le terrain en mode « action », on est plus dans les bureaux à Londres, à s’expliquer avec les ministres, la hiérarchie, la presse…

Bref tout ça pour dire que les temps changent, les acteurs vieillissent et place aux jeunes. Ils ont compris que le changement c’est maintenant. Alors pourquoi pas une Jane Bond, au service de Willam et Kate, gaulée comme un camionneur éventuellement nymphomane avec un chef homo qui l’enverrait dans en mission d’infiltration au Kurdistan pour empêcher un trafic sur Internet de déchets nucléaires destinés à faire des bombes sales devant détruire ces infidèles d’Occidentaux ? Pour le titre je sèche un peu.

Une dernière chose quand même, les sponsors du film. Le grand gagnant pour ce 23e cru est tout de même Tata Motors qui place une magnifique Jaguar XJ-L noire pour les rues de Londres et un Land Rover Defender en Turquie pour le mode action. Une brève apparition des outils de chantiers Caterpillar. N’oublions pas la fameuse  montre Omega Seamaster Planet Ocean 600 m « Skyfall » ainsi que la mythique Aston Martin DB5 customisée par Q. S’ils ne savent plus quoi faire des accessoires après le film, ils peuvent écrire au Bondy Blog, je me charge de la récup’.

Juliette Joachim

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