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Sophie* est une femme brisée et battante à la fois. Depuis l’incarcération de son époux, pour détention de stupéfiants (1 kilo de cocaïne), il y a 18 mois, sa vie est devenue un cauchemar. Cette femme de 33 ans, mère de trois enfants a dû faire face à de nombreuses difficultés le jour où son époux s’est retrouvé derrière les barreaux. Convoquée chez les policiers, mise sur écoute téléphonique, compte épluché, cela n’est rien à côté de ce qui l’attendait.

Elle a choisi dès le départ d’être transparente avec les enfants. Ses filles, Zakia, 15 ans, et Hasna, 10 ans, savent très bien que leur père est en prison. Pour le petit dernier, Karim, 5 ans, elle l’a formulé autrement afin de le préserver : « Ton papa a fait une grosse bêtise, et il est dans une grande maison pour réparer sa bêtise avec des messieurs pour l’aider. »

Du jour au lendemain elle a affronté seule la déferlante de soucis qui lui est tombée dessus. Sa belle-famille domiciliée au Maroc, sa belle-sœur et son beau-frère sont inexistants. Les potes de quartier de son époux sont eux aussi aux abonnés absents. Seule sa mère l’a beaucoup soutenue, même si elle est très en colère contre son gendre. On lui conseille même le divorce. Des réflexions qui la braquent, « quoiqu’il ait fait, c’est le père de mes enfants ». Sa mère n’en démord pas, « c’est le dernier des salauds ce qu’il fait subir aux enfants ». Pour ne pas la contrarier davantage, elle n’en parle plus à sa fille mais n’en pense pas moins.

Au chômage, elle s’est retrouvée endettée jusqu’au cou, cinq crédits sur le dos, trois enfants et même pas solvable. Quelques mois après la détention de son époux, ce sont les huissiers qui ont débarqué devant sa porte. Elle a fait le tour des banques pour demander des délais supplémentaires, engagé des avocats, « je suis devenue esclave de mes problèmes », dit-elle. Son mari était un homme d’affaires à la tête de plusieurs sociétés : un snack, une société de transport, la voiture de la boîte, mais aussi des biens immobiliers. Il a tout perdu ! « A sa sortie, il repartira de zéro, parce que j’ai d’abord pensé à sauver ma peau et celle de mes enfants. »

En un mois, Sophie a perdu six kilos, elle ne mangeait plus, ne dormait plus, « le ciel m’est tombé sur la tête », raconte-t-elle. Sophie s’est retroussé les manches plus tôt que prévu. Sa préoccupation a été de trouver un emploi. Elle qui était au chômage depuis un certain temps, a accepté un travail à 45 kilomètres de chez elle pour pouvoir garder sa maison. Elle travaille comme contrôleur de tournées de livraisons pour une grande société de transport. Un CDD a mi-temps qui lui permet de payer une partie de ses factures. « Si j’avais laissé tomber, je vivrais dehors. Hors de question que l’huissier vienne me prendre la maison et les jouets de mes gamins. »

En revanche, elle n’est plus là pour récupérer son petit dernier en grande section de maternelle. Pas de nounou, car pas d’argent pour des frais supplémentaires. Alors, elle délègue à Zakia, l’aînée. C’est elle qui est chargée de récupérer son petit frère à 18h30 à la garderie. « Si j’avais pas Zakia, je sais pas comment j’aurais fait. » Sa fille prend le relais, elle est devenue une petite maman. Non seulement elle récupère ses frères et sœurs à l’école, mais elle gère la maison comme un petit bout de femme. Ecole, devoirs, ménage, c’est son quotidien. Une aide qu’elle apporte volontiers pour soutenir sa mère. Sophie n’en revient pas de la responsabilité qu’endosse sa fille, l’aide la plus précieuse qu’elle puisse avoir. « Je rentrais chez moi, je pleurais tous les soirs, je ne souhaite à personne de vivre ça, même pas à ma pire ennemie. »

Un samedi par mois, elle lève les enfants, une fois le petit déjeuner avalé, ils montent tous dans la voiture pour aller voir papa qui est à 400 kilomètres de la maison familiale. Quatre heures de route, pour le voir seulement 3 heures. « Il voit les enfants, on parle de tout et de rien. Je lui apporte du linge propre, des commissions mais je reste froide, il m’a causé trop de torts, il y aurait pas les gamins, j’aurais dit tchao depuis longtemps. » Cette petite escapade lui aura couté 200 euros. Une somme importante pour elle depuis cette descente aux enfers. « J’en ai marre de passer ma vie au parloir. » Mais tant que son époux ne sera pas jugé, il n’est pas encore question de rapprochement familial, ces allers-retours de 800 bornes en tout sont donc indispensables pour le voir.

« Seule, sans enfants, je serai partie, je ne vois pas la vie comme ça, je n’ai pas signé pour en chier. »

Noria Yatim-Kaf

*Tous les prénoms ont été modifiés. Sophie et son mari forment un couple mixte.
Photo tirée du film de Léa Fehner « Qu’un seul tienne et les autres suivront » (l’actrice, Farida Rahouadj).

Paru le 17 mars

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