Il vit avec son petit copain dans une ville du 93 limitrophe de Paris. Il, c’est Denis (prénom modifié), qui a quitté Bondy vers l’âge de 18 ans juste après avoir obtenu son bac. C’est à ce moment qu’il a commencé à vivre pleinement son homosexualité. À 32 ans, il revient de temps en temps dans sa banlieue natale voir sa mère et quelques amis. De sa voix grave, Denis explique avec recul ce qui le caractérise depuis toujours.

Comment as-tu découvert ton homosexualité ?

J’ai pris conscience que les premiers signes remontent à l’âge de 6 ans. Pendant mes années de lycée, je sortais tantôt avec des filles, tantôt avec des garçons. Mais seulement un ou deux amis le savaient, pas plus. A cette époque, il n’était pas envisageable d’afficher son homosexualité. Surtout pas en banlieue. Et puis, l’adolescence est une période assez ambiguë : mon premier copain, Marocain, est aujourd’hui marié, il a des enfants, et une maîtresse de surcroît ! Après mon bac, je suis allé volontairement étudier en province pour enfin me retrouver face à ma vraie sexualité.

Beaucoup de gens, y compris mon père, veulent se persuader que l’homosexualité est un choix. Mais je n’ai pas choisi d’être homo. Je l’ai accepté, c’est tout. D’autre part, le code des valeurs met la virilité comme étalon. Seule la sexualité masculine est vue dignement. Le sexe féminin vaut pour insulte. L’homosexualité n’est pas considérée comme quelque chose de viril, alors l’homo est qualifié d’enculé, d’entubé, d’empaffé, etc. Combien de fois mon père a ridiculisé les homos ! C’est autant d’agressions que je me suis pris en pleine gueule. Il m’a fallu sortir de Bondy pour dépasser ces codes sociaux.

Te sens-tu libre ?

Je préfère accepter l’homosexualité que je n’ai pas choisi, et suivre mon propre désir, plutôt que de me soumettre à des impératifs sociaux. La sexualité est une affaire de corps. C’est un moment exclusivement intime que je vis avec une personne consentante. Nous partageons le même plaisir.

Comment envisages-tu l’avenir de ton couple ?

Je suis contre tout mariage et je ne désire pas d’enfants. C’est lié à mon côté égoïste. Je suis aussi très méticuleux, je ne pourrais pas prendre l’éducation à la légère. Alors, avoir des enfants serait une tâche pénible. D’autre part, je reste convaincu que l’équilibre d’un enfant passe par la présence d’un référent masculin et d’un référent féminin. Mon compagnon aimerait adopter un enfant, mais je lui rappelle souvent qu’il a déjà du mal à s’occuper de lui…

Cela dit, je regrette que nous n’ayons ni la même place dans la société ni les mêmes droits que les couples hétérosexuels. Ceux qui ne veulent pas d’enfants comme moi ou qui se révèlent stériles ont bien le droit de se marier !

Selon toi, le regard de la société sur les homosexuels a-t-il évolué depuis tes années de lycée ?

À l’époque, c’était tabou. Aujourd’hui on en parle, mais pas de façon très juste. Les événements culturels comme la Gay pride et la loi sur le PACS ont contribué à banaliser l’homosexualité et à la rendre recevable. En même temps, les médias ont tendance à former une culture homosexuelle, avec par exemple des chaînes de télévision dédiées spécialement aux homos. Dans les émissions de télé réalité, l’homo est souvent stigmatisé : c’est le mec maniéré qui se teint les cheveux en blond et n’a pas grand chose à dire. Dans ce cas, les clichés peuvent vite conforter des réactions méprisantes vis-à-vis des homos et inciter ceux-ci au repli communautaire. J’estime appartenir à la société dans son ensemble, non à une communauté homosexuelle ou banlieusarde.

Propos recueillis par Nadia Boudaoud

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