Quand mon moral touche le fond et cherche du pétrole, il n’y a pas mieux qu’un dessert pour colmater le trou béant de mon âme esseulée. Sauf que ce n’est pas à coup de milliards façon BP cherchant à obturer la fuite dans le Golfe du Mexique. Chez moi, c’est plutôt fraises et pâte brisée. Il n’y a pas mieux qu’une tarte aux fraises pour nous rendre le sourire.

C’est comme une belle Brésilienne, on s’ouvre à elle et elle s’ouvre à nous. Je me vois bien avec elle descendre la Favela Rocinah, la déguster toute en contemplant la vue sur Rio de Janeiro. Fraîche et sucrée, dans la main, sous les rayons du soleil. Ça n’arrivera jamais. Car même si je parviens à mettre un pied en Brésil (ma CB rigole à l’instant même dans mon portefeuille), je n’aurai pas l’audace de me risquer dans un endroit où le taux de criminalité est supérieur à celui d’un crédit revolving. J’aime le Brésil, et pour l’heure, en carte postale.

Ma tarte aux fraises est si classe dans sa robe Herta, qui porte en elle le fruit des Romains. Il y a le saviez-vous, un musée de la fraise en France, à Plougastel, en lointaine Bretagne, et même des festivals un peu partout, comme à Samer, chez nos amis Ch’tis, où l’on s’apprête à célébrer la 51e fête des fraises (Jean-Pierre Pernault, sors de ce corps). Eh oui, on n’est pas avec n’importe qui : la fraise a fréquenté Louis XIV, qui se moquait bien des fruits défendus. Alors mesdames et messieurs, pour ce petit fruit rougeoyant, prière de vous mettre sur votre trente et un.

Une tarte aux fraises paraît si aisée à faire. Au début de mon année d’apprentissage pâtissier, chez un vrai maître pâtissier kabyle, la fraise n’était bonne qu’à condition que je la laisse tranquille. Lorsque le maître jugeait nos exploits, il mangeait les fruits et laissait la pâte. Face à mon œuvre, c’était plutôt le contraire qui se produisait. Les premiers mois, je ne la ramenais pas trop, ma fraise.

Mais ensuite, mes tartes aux fraises furent une joie permanente pour mes proches, une fierté pour ma mère. Malheureusement, tout à une fin. Dans mon entourage, on commença à mieux apprécier la génoise moka praliné que ma tarte. L’abondance toujours l’emporte chez nous, surtout avec une génoise moka praliné, façon gâteau de mariage américain.

La fraise dont je parle n’est bien sûr pas la fraise des bois, sauvage et hors de prix. J’évoque ici plutôt la fraise d’Espagne, relativement bon marché, cultivée avec par nos camarades marocains accueillis à bras ouvert par toute l’Andalousie. A défaut d’être un summum de gout, cette variété de fraises convient très bien à la confection de tartes.

Aux portes de l’été, la tarte aux fraises est fragile dans notre main, palpitante dans notre bouche. Elle a un look rétro, un rien mémère, posée sur une petite assiette, mais elle joue un swing endiablé avec notre petite cuillère. On vit avec elle, l’espace d’un moment, une idylle fraîche, légère et solaire.

Cette starlette-tartelette est actuellement en haut de l’affiche. C’est la reine, que ça ne déplaise à son pote balourd, le fraisier.

Malik Youssef

Le coin recette : Tarte aux fraises facile façon Chorba Boy

Chorba boy décline toute responsabilité si vous vous plantez dans la recette.

Ingrédients : Une pâte brisé « Herta » (ou maison), des fraises fraîches, de la gelée de framboise « Bonne Maman ».

Préparation : Cuire la pâte brisée à blanc, comme indiqué sur l’emballage. Rincer les fraises et les équeuter. Couper la base de chaque fraise pour pouvoir la poser verticalement. Dans un bol, déverser la gelée. La mixer avec un robot-mixeur. Vous devez obtenir un liquide onctueux.

Dès que la pâte est cuite, la retirer du feu. Laisser refroidir. Y disposer les fraises les unes à côté des autres, jusqu’à garnir complètement la surface. Napper l’ensemble de la gelée mixée. Servir frais.

Bon appétit.

Malik Youssef

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