La tecktonik, c’est quoi ? Une danse de pantins désarticulés ? « Allez voir ! » Ordre de la rédaction du Bondy Blog. Alors, Chou et moi, on est allés voir. Samedi: mission exploration. On commence par La Défense, sous l’Arche, lieu des grands mouvements urbains. Personne. Pas un danseur. On revoit notre plan. Direction Châtelet, plein de sa marée humaine du week-end. Bonne pioche. Ils sont là, une dizaine de jeunes, en haut des grands escalators du Forum des Halles, près du manège à petits chevaux.

On commence par les regarder, un peu comme on regarde des animaux au zoo. Ils dansent devant un public assez nombreux et curieux. Pour danser la tecktonik, c’est tenue correcte exigée: vêtements près du corps, couleurs vives, jeans frappés de l’aigle, symbole des tecktoners, coupes de cheveux excentrique ou futuriste, maquillage voyant. Clément, d’Aubervilliers, se confie: « Ici, on s’habille pas pareil que dans la cité, ici on s’habille moulant. Si on est met des trucs moulants dans la cité, on nous traite de pédés « . Les habits slims de la tecktonik tranchent avec la sape bagguys des rappeurs.

Chou se lance dans l’arène. Il filme les danseurs. Eux font le show. Certains s’agitent en cercle, d’autres s’isolent et se lancent dans des battles (deux personnes s’affrontent dans un duel chorégraphique). Cette danse, parlons-en. Le terme « tecktonik » est né en Belgique dans les années 2000. La personne à l’origine de ce phénomène s’appelle Cyril Blanc. Il définit sa création comme un mouvement musical hardstyle. Paul, l’un des danseurs des Halles, nous apporte des précisions: « La tecktonik, ce n’est pas le nom de la danse, c’est une marque et un label », déclinés en vêtements, boisson énergétique, soirées en boite de nuit et compilations de musique. La danse en tant que telle a plusieurs noms, comme Milky Way, car elle mixe plusieurs styles comme le hip hop ou le jumpstyle.

Ce samedi à Chatelet, les jeunes férus de tecktonik viennent de partout (75, 92, 93, 95). Toute la banlieue est représentée. Et parmi elle, ceux qui n’osent pas porter ces vêtements dans leurs quartiers et qui ont décidé de se joindre au petit Parisien pour danser, en toute liberté, sans préjugés, juste pour le plaisir. Alors qu’un « battle » est sur le point de s’engager, une autre bataille, avec les poings, celle-là, menace. Une bande de jeunes black-blanc-beur, l’insulte au bout de chaque phrase, vient semer la zizanie. Les danseurs – tout comme eux black-blanc-beur – prennent le large. Ils ont l’habitude, ce n’est pas la première fois qu’on leur cherche des embrouilles. Mais en quoi ces adeptes de la tecktonik gênent-ils ? Ils n’écoutent pas de rap, soit. La musique serait elle devenue une « arme » discriminatoire de jeunes envers d’autres jeunes ?

Yoann Defaix

« Bonjour, je m’apelle Clément, je viens du 91 »


Tecktonik à Châtelet
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Chou Sin

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