Est-ce le visage en sang de Silvio Berlusconi, urgente info, qui, hier soir, a chassé des « 20 Heures » de TF1 et de France 2 le sujet sur la profanation de la mosquée de Castres, dans le Tarn ? Ou les deux grandes chaînes n’ont-elles tout simplement pas jugé nécessaire de relater cet acte raciste survenu dans la nuit de samedi à dimanche ? Le site Internet de TF1 en parle, pourtant. Mais point d’images de cela dans le journal de Claire Chazal. Or chacun le sait bien, la télévision valide le réel plus que toute autre source d’information.

Les téléspectateurs des deux journaux de la soirée n’ont donc pas vu, ni su peut-être, qu’une mosquée, à Castres, avait été recouverte des inscriptions suivantes : « White power », « Sieg heil », « La France aux Français », en plus de deux croix gammées, et que des pieds et des oreilles de cochon avaient également été retrouvés dans les parages.

La dégradation de ce lieu de culte musulman est une nouvelle forte qui méritait d’être traitée aux « 20 Heures » de TF1 et de France 2. S’il n’en a rien été, c’est sans doute parce que ce n’était pas le « moment ». Le débat sur l’identité nationale voulu par Nicolas Sarkozy et mis en musique par Eric Besson est devenu un boulet pour le pouvoir qui pensait en faire une locomotive électorale. L’islam et les Arabes nourrissent les conversations de bistrot et de bureau ; le président de la République, qui ne sait plus comment « rattraper le coup », rédige une tribune libre dans Le Monde, à la fois trop raide et trop subtile, qui cautionne l’idée selon laquelle l’islam et les Arabes sont le problème en France.

Alors voilà : si l’on ne peut jurer que les tags haineux de Castres sont une conséquence directe du climat poisseux créé par ce fumeux débat, on ne peut pas non plus l’exclure. Or ces choses-là, présentes à l’esprit des musulmans comme des non musulmans, auraient été dites à l’antenne si TF1 et France 2 avaient consacré un reportage à cette profanation. L’Elysée et l’UMP en auraient été embarrassés. Encore une fois, il aurait fallu expliquer et s’expliquer, condamner l’acte et se justifier malgré tout de la pertinence du débat, le chef de l’Etat aurait été invité à s’exprimer à la télévision, et non pas, comme quelques jours plus tôt, dans un journal certes prestigieux mais lu par peu de Français.

Bastons ! Pas d’images, pas d’ennuis. Si, ennuis : dans les chaumières musulmanes de France, certains penseront que si ces inscriptions nazies avaient été barbouillées sur une synagogue, TF1 et France 2 en auraient fait état dans leur « 20 heures ». C’est possible, même si ces dernières années, des actes similaires visant des lieux de culte ou tombes islamiques ont été rapportés par la télévision. Plus probablement donc, c’est le « moment », le mauvais moment du débat et des régionales de mars, qui a décidé de la non existence de cette profanation, hier soir, sur TF1 et France 2 – il serait intéressant de savoir si les deux chaînes ont envoyé des équipes à Castres pour y tourner des images.

Quelles que soient les raisons de ce choix, elles sont discutables en termes de hiérarchie de l’information : le mur souillé de la mosquée de Castres valait amplement la gueule cassée de Berlusconi.

Antoine Menusier

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