Si outre-Atlantique et ailleurs en Europe quelques stars se sont élevées contre les bombardements sur la bande de Gaza, dans l’Hexagone, un mutisme assourdissant résonne.

Vous avez vu ces images ? Et est-ce que vous avez vu ces corps ? Est-ce que vous avez vu ces enfants morts, dans des civières trop grandes pour eux ? Vous avez vu ces hommes et ces femmes, désorientés par l’horreur, qui cherchent des signes de vie sous les gravats ? Vous avez vu ces « civils », parfois déchiquetés ? Vous savez ce que ça veut dire, vous, qu’un « civil » ? Et un « enfant », vous savez ce que c’est ? Avec l’innocence, le rêve et la candeur que ce mot implique.

Vous avez vu, ces « corps » qui s’entassent dans des frigidaires à la morgue ? Et est-ce que vous avez entendu ces pleurs et ces cris ? Est-ce que vous avez ressenti ne serait-ce qu’une infime part de ce désarroi ? Sans doute pas. Est-ce que vous avez vu ces journalistes, à la télévision, avec des pincettes d’argent, qui disent que « les images peuvent heurter la sensibilités des plus fragiles » ? Ils disent ça parce que ces images ne heurtent pas, mais elles hantent.

Nous, on les a vus, parce qu’ils faut affronter l’horreur pour être conscient de son impuissance. On les a entendu, ces « civils » et ces « enfants ». On a écouté leurs larmes et on a regardé le sang qui se propage d’une rue à l’autre. On a vu les bombes qui percent le silence. Qui explosent d’un coup, au loin. On a allumé notre ordinateur et au bout de la connexion, on a vu la guerre avec honte sur Vice News.

Il y a quelques jours, à Hollywood, Penelope Cruz, Pedro Almodovar, Javier Bardem et d’autres signaient une lettre glaçante. Ils écrivaient « génocide ». Hier, Jean-Luc Godard signait une pétition aux côtés d’artistes suisses. Ils écrivaient : « Ensemble nous pouvons redessiner les rapports de notre pays avec l’État israélien et nous montrer efficaces dans notre solidarité avec le peuple palestinien ». Et puis, Selena Gomez, Kerry Washington, Massive Attack…

Et vous ? Vous squattez nos télés, à l’heure où on l’allume sans la regarder, pour vendre vos daubes. Vous dites parfois que vous êtes solidaires des « intermittents ». Alors, c’est vrai, vous n’êtes rien face à la guerre et à ses armes. Vous n’êtes rien face aux morts. Mais peut-être auriez-vous pu sortir de votre silence, crier ne serait-ce qu’à la paix, soutenir les manifestants qui bravent les vents et les gaz. Au mieux, vous auriez pu vous placer du côté « des victimes » comme Guy Bedos, lors d’une manifestation pro-palestinienne à Paris. Le seul.

Vous êtes des « célébrités » ou des « artistes ». Vous êtes populaire et vous pourriez apporter de la lumière à la terreur. Vous avez dédié votre Palme d’Or à « la jeunesse tunisienne », il y a quelques temps, à Cannes. Vous avez attiré vingt millions de Français au cinéma. Vous êtes une actrice minable. Vous êtes un cinéaste de « gauche » parce que vous avez voté pour « le changement ». Vous êtes un pitre de la télévision. Vous êtes une chanteuse qui n’a pas de voix, mais une foule de suiveurs. Vous avez rempli des salles parce que vous êtes drôles. Vous n’avez, pour l’instant, rien dit. Il n’est jamais trop tard.

Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah

Articles liés

  • À Paris, la Modest Fashion fait le show et s’engage

    Pour la première fois en France, un événement dédié à la mode pudique a vu le jour. Organisé par l’agence et média Modest Fashion France, l’événement « Modest Fashion Summer Session » s’est déroulé du 7 au 8 mai 2022. Étoffes chatoyantes, clientes enjouées, talks à thèmes et défilés étaient au rendez-vous. Retour sur un événement aussi stylé que politique.

    Par Sylsphée Bertili
    Le 16/05/2022
  • Aux Pavillons-sous-bois, des mois sans anglais ni histoire pour des troisièmes

    Au collège Anatole France, aux Pavillons-sous-Bois, pendant des mois certains élèves de troisième n'ont pas eu de professeur d'histoire-géographie, ni d'anglais. Alors même qu'ils et elles préparent le brevet. Une situation chaotique que beaucoup d'établissements dans le département de Seine-Saint-Denis ne connaissent que trop bien. Reportage.

    Par Hadrien Akanati-Urbanet
    Le 11/05/2022
  • Objections, des poèmes pour raconter les comparutions immédiates

    Le 15 avril est paru Objections, Scènes ordinaires de la justice, un livre de l’historien et poète, Marius Loris Rodionoff. Il y raconte en poèmes les comparutions immédiates auxquelles il a assisté entre 2015 et 2019, dans les Tribunaux de grande instance de Paris, Lille et Alençon. Un livre percutant dont les portraits qui s’enchaînent nous montre la misère sociale et la violence de cette justice ordinaire qui condamne et emprisonne chaque jour. Critique.

    Par Anissa Rami
    Le 10/05/2022