Le droit que les hommes me foutent la paix au travail !

J’ai toujours été consciente des discriminations qu’une femme pouvait subir sur son lieu de travail au quotidien. Qui n’a jamais vu dans un film ou une série télé, la serveuse qui se prend une main au cul par ses clients, la secrétaire harcelée sexuellement par son patron ? Pourtant, on ne s’en rend compte réellement que lorsque ça nous arrive. Mon expérience dans le milieu du journalisme m’a beaucoup ouvert les yeux. J’ai appris qu’être une femme peut être handicapant voire virer au cauchemar. Au-delà des remarques sur ta tenue ou sur ton physique, il y a des hommes qui glissent leurs mains sur tes hanches ou te suivent au bureau. Au-delà du malaise et de la colère, je me pose souvent cette question : comment le recadrer, le remettre à sa place, tout en restant pro, pour ne pas que ça me retombe dessus ? Lorsqu’un de mes collègues me coupe la parole, je dois hausser la voix pour me faire entendre. Pour éviter les remarques, je dois rester discrète, dans mon coin, rester ferme et froide. Tout ce que je ne suis pas !

Puis, il y a ces hommes que tu interroges dans le cadre d’un reportage et qui ne te prennent pas au sérieux. Échantillons : « T’es mignonne, dommage que t’es fiancée. Oui, j’ai vu que tu avais une bague » ; « si vous voulez, vous pouvez venir dormir chez moi, comme ça nous pouvons être plus tranquille pour l’interview  » ; « tu prends le RER E ? Apparemment, la ligne va s’agrandir. C’est cool, ça veut dire que tu vas pouvoir venir chez moi« . Je crois que mes pires situations de reportage, c’est quand un homme m’a raconté dans le détail tous ses problèmes conjugaux tout en tentant de me draguer. Ou quand un autre m’a envoyé ses photos et m’a harcelée car je ne répondais plus à ses messages. Enfin, il y a ces héros du piston à qui il ne faut absolument pas faire confiance. Les filles, les conditions de travail sont dures, mais battez-vous ! Les Weinstein dans le journalisme, il y en a à la pelle ! Au début, tu t’entends bien professionnellement avec eux. Puis, ils te proposent de bénéficier de leur réseau pour t’aider à trouver un contrat en alternance. La contrepartie c’est « d’en discuter à 22h00 à la maison ». Je veux avoir le droit que les hommes me foutent la paix au travail !

Sabrina ALVES

Le droit de circuler sans être agressée sexuellement à Paris

À 21 ans, ma décision a été de louer un appart à Paris pour mes études. Passer du 94 au 14ème arrondissement a été marquant mais pas toujours pour les bonnes raisons. C’est vrai que j’ai toujours eu une image idéale de Paris : la ville où on se balade, où on se pose avec des amis en terrasse, où on kiffe ! Mais Paris, c’est aussi la ville où j’ai subi mes premiers cas de harcèlement et agression sexuelle. Dans les transports en commun, dans la rue, tôt le matin, aux heures de pointe, le soir… il n’y a pas vraiment de règles. J’ai eu le droit à : « T’as des lèvres de pipeuse », « Purée je vais t’******* toi ! ». Station Dausmenil, un homme m’a montré ses parties intimes. Un jour, ligne 4 vers Vavin, écouteurs dans les oreilles et portable dans la main, j’étais dans ma bulle, un homme s’approche, me touche la partie l’entrejambe et s’en va. Je n’ai rien su dire, rien faire. Puis, la colère vient dégager la honte.

Cette colère, je l’ai également ressentie au vu d’une expérimentation lancée dans certains transports en commun et dévoilée par la présidente de la région Ile-de-France : des arrêts à la demande pour les passagers de sept lignes de bus en Seine-et-Marne et quatre en Seine-Saint-Denis. Objectif selon Valérie Pécresse : permettre aux « nombreuses femmes des quartiers populaires de rentrer en toute tranquillité après une journée de travail ». Et Paris dans tout ça ? J’ai vécu, voyagé et travaillé entre Créteil, Vitry et Maisons-Alfort, je n’y ai jamais vécu d’agressions ou de harcèlement. L’idée n’est pas de dire qu’en banlieue il n’y en a pas. Mais pourquoi viser la banlieue, une énième fois ? Le sexisme, la misogynie, l’humiliation, les agressions des femmes en place publique n’ont pas de frontières ni de périphérique. Les femmes en politique comme Valérie Pécresse en savent quelque chose même dans les espaces les plus élitistes de la capitale. Je veux donc avoir le droit de circuler sans être agressée sexuellement partout. Y compris à Paris.

Ferial LATRECHE

Le droit d’étudier ce que nous voulons

En 2011, j’étais en classe de seconde à Bondy. 32 élèves en tout pour moins de 10 garçons. Une classe de filles. Lorsqu’il a fallu choisir son orientation à la fin de l’année, Naoual a été la seule à choisir la voie scientifique. La seule sur 32 élèves. Pour Fatoumata, ancienne élève de la classe, cette orientation est… statistique. « Nous étions beaucoup de filles et une fille, ça ne fait pas de sciences… Mais si, c’est écrit dans les conditions générales, en tout petit, au verso du carnet de correspondance », ironise-t-elle. Diplômée d’un bac ES et d’un BTS en banque et assurance, Fatoumata travaille aujourd’hui dans le secteur financier. De mon côté, les maths et tout le package qui s’en suit, ça n’a jamais été pour moi. C’est comme ça. Sauf qu’en optant pour la filière économique et sociale, je savais qu’il fallait faire un effort en math. D’où un programme de révisions intensif pour cette matière. À l’approche du bac, mes notes n’augmentent pas assez à mon goût. J’alerte alors mon prof de maths, lui demande conseils. Réponse. « Les maths, ce n’est pas évident pour tout le monde. Les filles ont plus de mal avec les chiffres et… tu sais, on peut réussir dans la vie sans bac ». Résultat : j’ai eu 11/20 à l’examen (c’est peut-être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup).

Inès, elle, est ingénieure en aéronautique. Depuis toute petite, elle rêve de construire des avions. Excellente à l’école, elle suit des études dans ce domaine, fait des stages dans de grosses entreprises. À chaque fois, elle est l’une des seules filles de l’équipe. Son expertise est saluée par ses employeurs. Pourtant, à 25 ans, elle a déjà dû se reconvertir professionnellement : elle ne trouvait pas de travail dans sa branche. Pour Inès, le fait qu’elle soit une femme dans un secteur professionnel masculin y est pour beaucoup. Ces exemples-là ne sont pas isolés, les études sociologiques le prouvent : aujourd’hui encore, l’accès à certains métiers est moins évident pour ne pas dire impossible quand on est une fille, une jeune femme. Pourtant, l’orientation scolaire et professionnelle serait sûrement bien plus simple si tout le monde était sur le même pied d’égalité. On veut avoir le droit d’étudier ce que nous voulons !

Sarah ICHOU

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