Les reportages le montrent souvent bien, trouver un appartement à Paris c’est la galère, entre arnaques et exigences exagérées des propriétaires, Charlotte, provinciale, a testé pour nous.

Chercher un appartement, c’est un peu comme se chercher une paire de chaussures. On attend le côté pratique, on regarde l’esthétique mais aussi le prix ! Mais à Paris, tous ces critères deviennent presque secondaires au regard des conditions d’obtention d’un bail.

A la recherche d’un emploi dans la presse et avec tout mon optimisme, j’ai décidé de m’installer dans la capitale. Je savais que ce ne serait pas évident mais les surprises ont été grandes. Déjà, le prix des agences, même si bien commodes, m’a dissuadée de faire appel à leurs services. Je me suis donc tournée vers les petites annonces en ligne afin de traiter directement avec un propriétaire.

J’ai donc écumé les sites tels que leboncoin.fr jour après jour afin de trouver la perle rare. Un conseil, il ne sert à rien de répondre à une annonce qui date de quelques jours déjà, mieux vaut guetter les nouvelles annonces et se jeter sur son téléphone ou copier/coller son message préparé à l’avance dès la publication d’une nouvelle : « Je suis une jeune journaliste qui vient s’installer sur Paris, je recherche donc un appartement. Je suis éligible aux APL et je possède des garants sérieux. Cordialement. »

Critères : un studio, dans Paris, loyer maximum 650 euros

Difficile de ne pas se perdre dans toutes les annonces. Ma stratégie, ouvrir les annonces dans des onglets différents par rapport au critère du prix puis supprimer une à une celles qui ne vous conviennent pas : 8e étage sans ascenseur, colocation avec une seule chambre et un seul lit, 25 m2 près du Louvres pour 325 euros… Lorsqu’il ne reste que les annonces qui vous paraissent acceptables, envoyez votre mail en attendant, si vous avez de la chance, une réponse.

Vient alors la deuxième session d’écrémage. « Avant de programmer une visite, j’aimerai avoir en retour une copie des documents suivants : vos revenus, les revenus de vos garants, carte d’identité, feuille d’imposition… » Les réponses incongrues : « Bonjour, je vous rappelle au sujet de l’appartement. Il y a donc une kitchenette, les toilettes sont sur le palier… – Et pour la douche ? – Mais il n’y a pas de douche. Vous pouvez la prendre à votre salle de gym ! – Merci Madame, au revoir. »

Toutes ces étapes effectuées avec succès, peut-être aurez vous la chance d’obtenir un rendez-vous. Impossible d’échapper à l’incontournable visite groupée où vous êtes 50 dans le 11 m2. Vous déposez alors un dossier tout en sachant que ça ne sert à rien. Il y a aussi les appartements-taudis couverts de moisissures, sans compter les propriétaires à la tête et au comportement plus proche du proxénète que du bailleur honnête…

« Vos parents ne gagnent pas beaucoup ! »

Lors de la visite, il y a toujours la question rituelle : « Alors ? Vous en pensez quoi ? » « Trop petit, trop sombre, trop humide, mal aménagé », vous viennent immédiatement en tête mais vous répondez automatiquement, « je vais réfléchir », tout en sachant que vous ne le recontacterez pas. Et puis, parfois il y a des petits miracles : des appartements très petits certes, mais bien agencés, des petits studios où vous vous voyez bien déposer votre valise pour un moment. C’est alors que le plus difficile commence.

Il faut d’abord expliquer sa situation. « Je suis journaliste-pigiste. – C’est-à-dire ? – Et bien, je travaille à l’article, à la journée, à la commande… Oui, oui, donc des petits revenus et irréguliers exactement. » En règle générale, ça jette un froid. « Mais je viens habiter à Paris dans l’espoir de trouver rapidement un CDD… »

« Bon, et vos garants ? » Des fonctionnaires, propriétaires, je suis plutôt confiante. Une fois les fiches de paie sur la table, la deuxième douche froide : « Mais vos parents ne gagnent pas beaucoup ! » C’est le moment où l’on recommence à se justifier : « Mes parents vivent à la campagne, ce ne sont pas les mêmes frais qu’à Paris… » Enfin, la visite terminée, le : « je vous recontacte pour vous dire si c’est d’accord ». Une réponse qui en règle générale n’arrive jamais. Il m’a fallut presque deux mois pour trouver un logement convenable. Maintenant, j’y suis, j’y reste !

Charlotte Cosset

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