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Un visa étudiant, une broutille il y a un an et demi pour Trésor. Ce Congolais de 28 ans a étudié pendant cinq ans le droit à Kisangani, troisième ville de la République Démocratique du Congo et travaillé pendant plus d’un an pour une organisation locale des droits de l’Homme. Mais sa passion c’est « l’art d’informer ». Alors qu’il n’est encore qu’adolescent, la RDC est frappée par la guerre civile. « J’essayais de noter tout ce qu’il se passait jour après jour sur des petits carnets, l’avancée du conflit, les possibilités de négociation… », explique-t-il. Il dispose déjà des qualités d’un bon observateur.

Son truc ? Les nouveaux médias. Mais au Congo, une connexion Internet personnelle est encore un luxe. Il fréquente donc les cybercafés, puis bénéficie du haut débit sur son lieu travail. « Je restais souvent après la fin de mes horaires pour alimenter mon blog ». C’est ainsi que les observateurs de RFI et France 24 le repèrent, « je suis devenu une sorte de référent pour la région ».

« Congoblog » Les rêves de journalisme le poursuivent. Trésor apprend que l’Ecole supérieure de journalisme de Lille (ESJ) organise un programme, le « Congoblog ». Elle recherche huit jeunes afin de tenir un blog pour raconter le vécu quotidien des populations, les aspects plus politiques étant déjà couverts par les médias traditionnels. Il postule avec succès.

En 2010, après plus d’un an de blog, il tente sa chance au concours d’entrée de la grande école.  Il passe les épreuves de manière chaotique – après une panne de courant à son bureau, il se réfugie dans un hôtel pour réaliser les tests. Trois semaines plus tard, les résultats sont positifs. Destination, Lille. Les formalités sont raisonnables : attester de sa réussite au concours, papiers d’identités, de résidence et de bourse. Et voici un visa étudiant long séjour d’un an sans consignes de retour.

Le périple du visa. Une seule obligation : retourner à la préfecture trois mois avant l’expiration du visa pour demander son renouvellement. C’était sans compter la politique d’immigration de Claude Guéant et de sa très controversée circulaire du 31 mai. Tout se complique. Lorsqu’il se rend à la préfecture en mai on lui délivre uniquement un titre de séjour de trois mois. Jouant de malchance, un problème de bourse se greffe à la lenteur administrative. Le Congolais démarche l’ambassade de France à Kinshasa pour régler la question. Car c’est le ministère des Affaires étrangères qui lui délivre sa bourse d’étude. « Sans elle c’était juste impossible, dit-il en riant, les frais de scolarité représentent 300 années d’économies pour ma mère fonctionnaire d’Etat ».

En novembre, il ne possède toujours pas son nouveau titre de séjour. En attendant, on lui délivre une attestation de dépôt paraphé par l’ESJ faisant fois de la légalité de sa présence sur le territoire. Titre néanmoins précaire et la police de Lille est très active. En un mois, Trésor, un black aux chemises souvent bariolées, est contrôlé deux fois ! En décembre, son papier arrivant à expiration et étant toujours sans nouvelles de son visa, il retourne pour la quatrième fois à la préfecture. Cette fois, bonne nouvelle, les papiers valables un an sont en cours de fabrication. En attendant… voici un nouveau récépissé…

« La France ne veut pas de notre expertise. » Ce jeune homme souriant et aux yeux malins s’inquiète de l’après-école : « Je me disais qu’à la fin des études, je resterai en France si je trouvais du travail. Dans le cas contraire, je repartirai. Aujourd’hui, même avec du travail… » Cet étudiant brillant ne comprend pas cette politique. « C’est l’Etat français qui paie ma formation mais la France ne veut pas de mon expertise professionnelle », souligne-t-il toujours calmement. « Il y a des médias qui semblent prêts à nous laisser un espace particulier pour faire du décryptage. C’est un vrai problème de logique. »

Une logique qui semble en effet ébréchée malgré l’assouplissement de la circulaire. Le ministre de l’Intérieur se retrouve face à ses contradictions : la volonté d’une immigration choisie et le renvoi des étudiants formés. « Le retour au pays n’est pas un problème » pour Trésor jamais à court de projets. Son blog Un Africain au Nord se trouve sur la plateforme « mondoblog » de RFI. Il vient de lancer Congolol qui présente l’actualité congolaise de manière critique et originale. Les médias du Congo sont sclérosés, Trésor souhaiterait, plus tard, créer « un site participatif et faire de l’info autrement ».

Charlotte Cosset

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