Le 23 octobre 1982, à Nanterre (92), un jeune de 19 ans est atteint d’une balle tiré par un voisin de la cité de transit Gutenberg. Près de 31 ans plus tard, la ville a rendu hommage à la mémoire d’Abdendi, en décidant d’inscrire son nom dans l’Adn de la ville.

Le 25 juin 2013, les élus du conseil municipal de Nanterre ont rempli leur devoir de mémoire en votant à l’unanimité la délibération visant à dénommer un boulevard du nom d’Abdenbi Guemiah et une rue « rue de la cité blanche ». Abdenbi Guemiah, jeune homme de 19 ans au moment des faits a été atteint le 23 octobre 1982 par les balles du 22 long rifle d’un voisin de la cité Gutenberg où il résidait, surnommé par ses habitants « cité blanche ». Il meurt le 6 novembre 1982 parce qu’il « a commis le crime d’être jeune et arabe » comme l’a déclaré François Autain secrétait d’État d’alors, chargé des travailleurs immigrés

Ce 25 juin 2013, le conseil municipal n’a pas encore débuté qu’ils sont nombreux déjà à patienter devant l’hôtel de ville de Nanterre. Ils ont la cinquantaine, certains sont venus en famille, tous se souviennent de « la cité blanche », ils connaissent le Nanterre des bidonvilles, des cités de transit. Celui qui a vu grandir Abdenbi.

Parmi eux, il y a les frères Selmet, qui en avril 2012 ont décidé de créer le blog de la cité blanche-Gutenberg par devoir de mémoire, pour se rappeler les cinq bidonvilles qui existaient à Nanterre, mais aussi les cités de transit parmi lesquelles la cité blanche, où ils ont vécu. Ils ont connu Abdenbi, sont proches de sa famille et c’est naturellement que leur est venu la volonté de vouloir inscrire le nom d’Abdenbi « dans le temps et dans l’espace » comme le dit Mohamed Selmet.

Mais les choses n’ont pas été simples. La réponse du maire ne fut pas immédiate après le courrier qui lui fut adressé au lendemain de la commémoration du meurtre d’Abdenbi en novembre 2012 à laquelle certains élus ont participé à titre personnel. Les membres du blog ont su mobiliser, créer un consensus politique en rencontrant les responsables des différentes majorités qui constituent le conseil municipal avant d’être reçus par le maire le 15 février 2013. Conformément au souhait de la famille, ce n’est pas la rue qui l’a vu naître, mais également mourir, qui a été choisie, mais un nouveau boulevard au cœur de la ville que le maire inaugurera en mai 2014 en même temps que la « rue de la cité blanche », située non loin de là.

Deux artères seront donc dénommées en souvenir de ce tragique événement parce que le destin d’Abdenbi est intimement lié à la cité blanche et aux cités de transit. En effet, il militait pour la résorption de l’habitat précaire et pour le relogement décent des habitants. Ces zones laissées à l’abandon par la puissance publique à l’origine d’un climat de tension, de haine et de stigmatisation des jeunes issus de l’immigration en ce début des années 80. Ainsi, au lendemain de la mort d’Abdenbi, la société gestionnaire chargée de ces cités de transit a été dissoute par l’État et un an plus tard, tous ses habitants étaient relogés.

C’est pour ne pas oublier ce qu’était Nanterre, pour la «reconnaissance de pans de l’histoire qui ont été longtemps occultés» que Mohamed Selmet ainsi que les membres du blog se sont battus, parce que dit-il «quand on plonge dans l’oubli, on ne peut plus construire une société».

Ce soir-là, ils étaient nombreux dans la salle du conseil municipal à ne pas vouloir que la mémoire d’Abdenbi et que l’histoire des cités de transit, leur histoire, ne tombe pas dans l’oubli. Famille, amis, c’est dans un silence religieux que tous ont écouté les discours de plusieurs élus municipaux de tous bords dont certains ont connu Abdenbi. Parmi les élus, Nordine Iznasni pour qui ce vote est un « moment particulier ». Il a habité la cité blanche, pour lui, cette délibération est une « une marque de respect » parce qu’auparavant « tuer un jeune issu de l’immigration c’était rien du tout ». Mais le discours le plus émouvant reste celui de Laurent El Ghozi, élu qui se dit « fier que la ville honore Abdenbi », et ressent « une émotion particulière » lui qui en tant que chirurgien a vu arriver Abdenbi à l’hôpital ce jour d’octobre 1982.

C’est dans cette atmosphère que fut votée la délibération à l’unanimité dont le maire Patrick Jarry s’est félicité avant de suspendre la séance pour permettre au frère d’Abdenbi d’évoquer « la reconnaissance de l’histoire de nos parents immigrés » et à Mohamed Selmet de souligner qu’il s’agissait d’une « journée historique qui met en lumière la mémoire de nos parents qui ont construits de leurs mains le Nanterre d’après-guerre ».

C’est sous les applaudissements que s’est achevé ce moment, dans l’air il y avait comme un parfum de reconnaissance et dans tous les esprits, il devait y avoir cette phrase d’un élu « Abdenbi, nous pensons bien à toi ce soir ».

Latifa Oulkhouir

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