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Hier soir, j’ai invité Akim et Moustapha à manger – Kamel n’a malheureusement pas pu venir. Je voulais les remercier de l’accueil extraordinaire qu’ils m’ont réservé, de leurs coups de main, leur prévenance, et aussi de leur présence amicale malgré les 20 ou 25 ans qui nous séparent.

Nous sommes allés à Paris, de l’autre côté du fameux périphérique. Un très chouette petit bistrot italien, le Baraonda, rue René Boulanger, dans le 10e. On a mangé du poisson, je sirotais du vin et eux du Crodino.

A un moment, on a parlé de leur culture, du désir qu’ils ont de la transmettre à leurs enfants, de la crainte qu’elle ne se perde dans une ou deux générations et que les petits enfants ne comprennent plus leurs grands-parents. Ils m’ont demandé ce que j’en pensais. J’ai répondu que je respectais leur désir de transmettre une culture, mais qu’à terme, en effet, leurs enfants ou petits enfants auraient une identité différente de la leur, et que je ne pensais pas que ce soit un drame. Mais cette perspective les affecte, plus que je n’imaginais.

Nous avons parlé de la possibilité qu’ils retournent vivre dans leur pays d’origine. C’est un rêve, mais Moustapha ne semble pas y croire, alors que Akim paraît déterminé. Il ne minimise pourtant pas les problèmes qu’il aurait avec ce qu’il appelle « la mentalité algérienne ». Il a ces mots étranges: « Il y a quelques années je n’aurais pas dit cela, mais plus j’avance et plus j’ai l’impression que la France me pousse à faire le choix de retourner là-bas. »

A la sortie du restaurant, nous sommes montés dans la voiture de Akim, et ils m’ont fait voir Paris comme je ne l’avais jamais vue. On a roulé, les rues s’offraient à nous, c’était magique! Les grands boulevards, les Champs, la Tour Eiffel, la place de Clichy, Montmartre… On a fini devant le Sacré Cœur, à contempler l’immensité de la ville. Ils aiment venir là de nuit, m’ont-ils confié.

De là-haut, Paris est si proche et si lointaine. Le silence nous a gagnés. « Il commence à faire froid », a dit Akim, alors nous sommes montés en voiture et retournés à Bondy.

Par Alain Rebetez

Alain Rebetez –

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