Aux premières détonations à Oslo, le spectre du terrorisme envahit les esprits de toute la population sous le choc. J’ai la même réaction derrière mon écran d’ordinateur en découvrant les premières images enregistrées par les milliers de caméras qui se braquent sur la Norvège. C’est la stupéfaction et l’incompréhension qui m’envahissent. Mais quelques heures plus tard, l’assaut d’Anders Breivik sur l’île d’Utoya remet les choses à leur place. Une nouvelle douche froide.

Ce Norvégien, extrémiste, lance sa vendetta contre ceux qu’ils considèrent comme des déviants de la société, des envahisseurs de la Norvège. Il ne veut plus d’immigration, plus d’étrangers, un esprit plus patriotique, un retour à la souveraineté de son pays. Pour montrer l’exemple, il tue toute personne qui croise son chemin et tant pis si ce sont des compatriotes. Son regard vide, sa détermination et sa manière d’agir si méthodique m’ont glacé le sang. Que peut-il se passer dans la tête d’un homme pour arriver à cet extrême ?

Pourtant, il a tout de l’homme ordinaire. La trentaine, blond aux yeux clairs, travailleur. Mais ses idées sont si dangereuses et idéologiques qu’elles l’ont transformé en tueur. Son raisonnement l’a poussé à commettre l’irréparable : massacrer soixante dix-sept personnes.

Soudain, une autre pensée me traverse l’esprit. Et la peur m’envahie. Je viens de réaliser que l’un de mes amis vit toujours à Oslo. Mon réflexe a été de me connecter sur le réseau social Facebook pour tenter de le joindre et me rassurer. Par chance, il est connecté, sain et sauf et de passage en France. Son premier geste a été d’inscrire sur son profil « tout le monde va bien. Tous sains et saufs, ne vous inquiétez pas ». Je respire de nouveau mais les images de l’horreur sont toujours là et se multiplient.

Les images de cet homme tirant à bout portant sur des jeunes et les poursuivant jusqu’en dans l’eau pour être sûr de bien les abattre m’ont marquée et même hantée quelques jours. D’abord parce que parmi tous ces jeunes qui fuyaient le tueur, il y en avait de mon âge. Ensuite, parce qu’autant de froideur et de détermination étaient dignes d’une fiction. J’ai eu du mal à réaliser que la réalité avait dépassé tout scénario américain.

Ensuite, les informations qui suivirent détaillant sa cible, les musulmans, m’ont interpellée. Breivik  voulait s’élever contre « l’invasion musulmane » et le multiculturalisme européen. Encore un homme qui prend l’Islam comme excuse pour réaliser sa tuerie et justifier son carnage. Comme si cette religion résumait tous les fléaux de la Terre ! Cette fois l’horreur vient d’un non musulman qui a tué de sang froid des compatriotes simplement pour monter l’exemple. Cette fois, cet attentat a réveillé la communauté internationale qui ne voyait le terrorisme qu’à travers le prisme arabe. Ce 22 juillet 2011, l’occident découvrait le visage de l’horreur à travers un européen.

Najet Benrabaa

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