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Tout est prêt pour accueillir nos amis. « Ça vient de sonner ! Marine et Romain, allez ouvrir la porte à nos amis ! » Romain, six ans, et Laura, treize ans, attendent les commentaires de Marine : « Je suis pressée de retrouver Hina ! C’est ma copine, elle a huit ans, juste un an de plus que moi. Bilal et Abdul sont ses grands frères, ils ont quinze et dix-huit ans ». Les Nawaz, venus nous rendre visite depuis Islamabad, vont passer les fêtes de fin d’année avec nous pour la première fois. Tout est prêt : la table bien décorée est accueillante, en sourdine, des chants de Noël… pour une ambiance encore plus chaleureuse.

« Bonsoir ! Ça fait vraiment plaisir de vous voir !  D’habitude, notre famille partage notre repas mais elle est partie en Bretagne et aujourd’hui on a seulement Mamie avec nous. Installons-nous et commençons à manger. Nous, on préfère souper avant la messe de minuit. J’ai préparé un menu traditionnel. Cette fois-ci, j’ai trouvé du foie gras halal : vous allez pouvoir en goûter. » « Il est délicieux ». La conversation est très animée : chacun raconte les derniers épisodes de sa vie en détail… Les e-mails, le téléphone et Skype, ça rend bien service mais c’est tellement plus agréable de se réunir autour d’une table ! « On a de la chance que ton papa ait beaucoup de points kilométriques pour les billets d’avion… comme ça, vous avez pu venir ! », dit Marine.

« Votre sapin de Noël est vraiment bien décoré » « Merci. Cette année, on a même ajouté la crèche, on a mis Joseph, Marie, l’enfant Jésus, le bœuf et l’âne. Juste devant, il y a des moutons et les rois mages ».

« Je vous apporte de la dinde farcie aux marrons ». « C’est vraiment  très bon » « J’ai acheté des fromages de la région : du brie de Meaux et du Coulommiers  » « Et pour le dessert, une bûche au chocolat ». « Tu nous as gâtés ».

Marine, Romain et Hina, les plus jeunes, trouvent le souper un peu trop long à leur goût. « Vous pouvez quitter la table ». Tous les trois se réunissent discrètement derrière le sapin et se rapprochent de la cheminée,des chuchotements sont suivis d’une activité soutenue…

« Qu’est-ce que vous faites ?, demandent Bilal, Abdul et Laura, c’est une habitude française ? »

« Non. On prépare un repas pour Jésus. Nous, on a bien mangé et lui, il a rien eu. On a emprunté une  table, des couverts et des chaises aux poupées Barbie. Mamie, tu peux nous donner des bonnes choses à manger pour l’enfant Jésus ? » « Je vais voir. voilà : des restes de poulet, quelques morceaux de camembert et des clémentines, ça ira ? » « Merci, Mamie, tu es trop gentille ». Bilal et Abdul commencent à rigoler, à se moquer puis à interroger : « Mais on nous a dit que c’est le Père Noël qui passe par la cheminée, pas Jésus. Alors ? » « Oui, mais pour les chrétiens, le plus important c’est Jésus. Le père Noël, c’était autrefois saint Nicolas : il  protégeait les enfants et il était généreux », raconte Romain.

« Ça marchera pas, votre truc ! Ça sert à rien ! » « Jésus, il a bien le droit d’avoir un bon repas, quand même ! », insiste Marine.

Soudain Mamie se retourne pour que les trois enfants ne voient pas son visage, elle s’adresse aux adolescents et elle fronce les sourcils et met un doigt sur sa bouche « Chut ! » Les aînés retournent auprès des adultes. « C’est l’heure de mettre les chaussures sous le sapin avant  de partir à la messe de minuit. Sinon vous n’aurez pas de cadeaux demain matin ».

Hina et ses frères sont ravis de nous accompagner à l’église. « Toutes ces musiques et ces chants ! Toutes ces lumières ! » Hina admire le spectacle : « Je vois un grand Joseph vivant : Marine, je reconnais ton papa ! Marie marche à côté de lui. Et l’enfant Jésus pleure pour de vrai !  C’est mieux que dans un film. Ici aussi, il y a une crèche, mais bien plus grande que la vôtre ». Au retour de la messe, chacun va se coucher rapidement.

Le lendemain matin, tout le monde a hâte de découvrir ses cadeaux. Chaque paire de pantoufles ou de bottes contient deux paquets recouverts de papier multicolore et de rubans dorés. On ouvre les boîtes avec impatience, on déchire les papiers d’emballage. « J’ai des chocolats : des noirs, au lait et des blancs ! » « Moi aussi » « J’ai un jeu de société, il a l’air marrant » « Moi j’en ai un autre » « Et moi j’ai un livre ! » « Nous on est grands : on a une enveloppe avec un billet dedans ; on pourra acheter ce qu’on veut ».

Abdul explique : « Nous, notre fête avec des cadeaux, c’était  avant votre rentrée des classes cette année, à la fin du Ramadan : l’Aïd el Fitr… on remercie Allah d’avoir pu faire le Ramadan. Le matin, on se lave, on porte de nouveaux vêtements, les hommes se parfument. On ne va pas à l’église mais à la mosquée, pour une prière spéciale. Avant la prière de l’Aïd, les parents doivent donner une part de céréales, ou bien de l’argent, pour chaque personne de la famille, pour les invités de ces jours-là et aussi pour les domestiques s’il y en a, pour que tous puissent partager la fête même s’ils ont peu d’argent. Après la prière, on se souhaite bonne fête et on s’embrasse. » Abdul ajoute : « Nous aussi, on prépare des repas de fête ; il y a toujours un dessert : c’est pour ça qu’on l’appelle la fête sucrée. On rend visite aux parents, à la famille, on se retrouve tous, les familles se réunissent et on offre des cadeaux, souvent un peu d’argent pour les enfants ».

Romain remarque : « Alors vous aussi vous avez une fête qui ressemble un peu à la nôtre ».

Soudain Marine s’exclame : « Venez voir ! Regardez, les garçons, c’est génial : Jésus a mangé ! C’est forcément Lui, puisqu’on est tout le temps restés tous ensemble ! Il ne reste plus de poulet, pas de fromage non plus ! Mais il a pas aimé les clémentines… c’est bizarre, je me demande bien pourquoi ! Vous avez eu tort de pas y croire ! »

Bilal et Abdul constatent les faits et restent perplexes… Comme la veille, Mamie leur fait signe de se taire… elle se pince les lèvres pour éviter de rire. Les garçons protestent : « Qu’est-ce que c’est, ce truc ? Comment c’est possible ? » Laura ajoute : « Chelou ! Truc de ouf ! ». Mamie fait un petit geste de la main pour les encourager à la suivre dans la cuisine. Elle ferme la porte : « Vous avez trouvé la solution de l’énigme ? Non… Voilà, mais ne dites rien aux enfants. » Et Mamie montre du doigt la « coupable », Leila, la chatte des voisins, qui s’était elle aussi invitée à la fête…

Marie-Aimée Personne

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