Un hôtel parisien, à deux pas de la Place de la République. Dehors, c’est le tohu-bohu des grèves et manifs contre la réforme des retraites, désormais votée au parlement. J’y rencontre, au calme, Dave Tshiainiun, un jeune homme de 21 ans qui m’explique son aventure. Fervent amateur de football, il souhaitait intégrer un centre de formation mais très vite une autre passion a pris le dessus. Depuis l’âge de 10 ans, Dave se rend régulièrement à Epernay, capitale du Champagne, accompagné de ses parents pour y visiter les vignobles de la région. Il participe aux vendanges, un travail qui ne lui laisse pas de mauvais souvenirs.

Au fil de ses visites, c’est la rencontre avec un producteur de champagne qui va tout changer. Comme un père pour son fils, Monsieur Charlier-Billiard lui propose de créer son propre Champagne. Dave a tout juste 18 ans. Il sélectionne alors ses propres cépages avec tout ce qu’il a appris pendant les vendanges. En attendant le dégorgement de la cuvée, il intègre l’American Business School de Paris pour y poursuivre ses études. On le prend pour un fou, une curiosité, même son banquier ne prête pas attention au projet. Trop jeune. Peu de personnes croient en son ambition. Finalement deux de ses amis vont se lancer dans l’aventure, Dave détiendra alors 34% de la marque. Il n’en dira pas plus sur ces investisseurs.

C’est en observant les rayons d’un magasin de la grande distribution qu’il élabore sa première bouteille. Il remarque que toutes les bouteilles de champagne possèdent un design assez semblable. Il décide de monter un partenariat avec des artistes de la galerie du Studio 55 pour créer « des objets artistiques ». Son premier contact se fera avec le graffeur Yosh. Il envisage même de d’exposer ses cuvées dans des galeries d’art.

« J’aime le luxe, j’aime ce qui brille, je viens d’un milieu modeste et j’en suis fier, maintenant j’ai intégré un nouveau milieu qui m’a permis de créer un réseau et de m’ouvrir des portes. » Bien qu’il habite encore chez ses parents, dans un pavillon de Mitry-Mory, en Seine-et-Marne, c’est avec un peu plus de 10 000 euros que Dave décide d’inaugurer le lancement de sa marque de champagne dans la luxueuse rue du Faubourg-Saint-Honoré. Peoples (Tex, Lynshaa, Mickael Vendetta…), journalistes (NRJ12, M6…), amis et inconnus sont venus déguster ce vin pétillant. Le jeune chef d’entreprise est encore mal à l’aise face aux pailettes. La bouteille de couleur « Noir de Mars » n’est pas là pour rappeler ses origines congolaises mais tout simplement pour « évoquer la période noire dans laquelle on vit », le secteur traverse aussi une crise.

Le racisme, Dave l’a ressenti mais a toujours refusé de s’attarder sur ce sujet, pour lui, il n’y a pas de fatalité. « Le fait d’être noir, c’est peu même être un atout marketing mais ça ne fait pas tout. Ce qui m’a permis de réussir, ce sont les études, ce que j’ai dans la tête et mon envie. » Aujourd’hui, Dave suit sa dernière année d’étude et a l’ambition d’écouler cette année 10 000 bouteilles via Internet ainsi que dans les restaurants et boîtes de nuit de la région parisienne. Il se voit bien comme Jason, un conquérant des temps modernes à la conquête du champagne.

Anouar Boukra

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