Pendant qu’une manifestation était organisée sur le Vieux Port à l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la pauvreté le 16 octobre, la mairie a décidé de fêter ce jour à sa manière. Un an après la publication du premier arrêté « anti-mendicité agressive », la municipalité récidive. La zone de pénalisation est élargie. D’abord, limitée à l’hyper-centre, du Stade Vélodrome à la gare Saint-Charles en passant par le Vieux Port. Désormais l’interdiction est étendue à l’avenue du Prado, cossue et touristique.

L’adjointe au maire chargée de la sécurité, Caroline Pozmentier, justifie ces mesures par ses devoirs d’élus. Elle répondrait ainsi aux « doléances » de riverains et de commerçants. Un joli tour de passe-passe en tous cas à Marseille. Cette nouvelle version de l’arrêté anti-mendicité a bien failli passer inaperçue. Seule une partie de la presse locale et Le Parisien ont relayé l’information. Pourtant l’an passé, la nouvelle  avait fait du bruit. Cet arrêté anti-mendicité qui ne voulait pas se faire appeler ainsi est pourtant sans équivoque. Il interdit « toute forme de sollicitation ou appel à la quête de nature à entraver la libre circulation des personnes, la commodité du passage dans les voies et espaces publics, l’accès aux immeubles ou, de manière générale, à porter atteinte par ces comportements au bon ordre, à la tranquillité et à la sécurité publique. »

Une méthode qui a « fait ses preuves »

Selon Caroline Pozmentier, il n’est pas question de revenir sur cette méthode qui aurait « fait ses preuves ». Les chiffres et le bon sens invitent pourtant à penser le contraire. L’arrêté autorise les forces de police à verbaliser les mendiants à hauteur de 38 euros. Des mesures que dénoncent les associations qu’elles jugent inutiles. Et dans les faits, le bilan de  cette année semble le démontrer. En tout, la police est intervenue près de 900 fois. 10% de ces interventions ont abouti à une verbalisation, soit environ 90 amendes.

Une efficacité pécuniaire quasi nulle donc. Force est de constater que cet arrêté n’est donc pas à but lucratif mais bien à but répressif. Le seul avantage tiré par la mairie est de pouvoir déplacer la misère selon son bon vouloir. Publié quelques mois avant le coup d’envoi de l’événement tant attendu, Marseille capitale européenne de la culture, l’arrêté prend un sens particulier. Alors que Jean-Claude Gaudin s’échine à remettre à neuf l’hyper-centre, trop de pauvres feraient mauvais genre.

« La précarisation des conditions de vie »

Comme pour la question des Roms, la mairie marseillaise ne fait que « déplacer les problèmes », constate Jean-Paul Kopp, président des rencontres tziganes en PACA. Cette même semaine, Médecin du Monde rend un rapport annuel désastreux. Plus de 90% des 4 000 personnes suivies au Centre d’accueil de soin et d’orientation de Marseille sont des SDF. Cendrine Labaume coordinatrice générale de MDM à Marseille tire la sonnette d’alarme. Elle constate chez ses patients « la précarisation des conditions de vie et donc des déterminants de santé. Je pense entre autre à la dégradation de l’hébergement d’urgence par exemple ».

Beaucoup d’infrastructures basiques manquent à Marseille. Il n’est pas rare de voir des sans-abris faire leurs besoins primaires derrière les arches du Vieux Port. Une contrainte imposée par l’absence criante de toilettes publiques. Seules quelques sanisettes sont installées de manière éparse. Autre manque : les douches publiques. Malgré un tissu associatif dense, la vie des plus précaires reste compliquée. Pendant que Marseille dépense des millions pour l’accueil du gratin culturel européen, ses « clodos » peuvent rester dans la rue… mais pas dans le centre-ville.

Charlotte Cosset

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