Ce samedi 21 janvier, Aubervilliers accueillait le « Show Thaï 16 », un gala de boxe thaïlandaise qui rassemblait des combattants parmi les meilleurs du pays. A la manoeuvre, Totof, un ancien champion du monde originaire de la ville de Seine-Saint-Denis. Une soirée à l’ambiance survoltée réussie . Le Bondy Blog y était.

Le défilé de voitures et de personnes dans le centre-ville ne ment pas. Il se passait quelque chose à Aubervilliers samedi soir : la 16e édition du « Show Thai », du nom des galas de boxe thaïlandaise organisés par l’ancien champion du monde Totof. Et, malgré le froid glacial, ils étaient plusieurs centaines – au moins 500 ou 600, selon les organisateurs – à s’être rassemblés dans le gymnase municipal Guy Môquet pour cette soirée de muay thai.

Il y en avait pour tous les goûts. De la boxe, bien sûr, amatrice, professionnelle, masculine, féminine, mais aussi de la danse, de l’ambiance… L’idée était, pour Totof, « de rassembler tous les publics, des initiés, des familles, des curieux… ». A ce propos, celui qui n’avait jamais vu de muay-thaï a dû en avoir pour son argent.

Des spectateurs non initiés venus de toute l’Ile-de-France pour applaudir les champions

La boxe thaï se pratique avec les pieds et les poings offrant des combats spectaculaires comme ici entre Siquine Konte et Younousse Bathily.

La boxe thaï se pratique avec les pieds et les poings offrant des combats spectaculaires comme ici entre Siquine Konte et Younousse Bathily.

Il fallait voir, par exemple, s’agiter la vingtaine de supporters venus soutenir Lassana Coulibaly, un jeune boxeur de 19 ans. Il fallait aussi entendre la puissance des coups d’Ibrahim Kanouté, un combattant de Colombes, 19 ans lui aussi, face à Michaël Lozère, de 13 ans son aîné. Son palmarès, énoncé avant le combat, forçait déjà le respect : 20 combats dans sa jeune carrière, 20 victoires, dont 10 par KO. Ce samedi à Aubervilliers, il en a ajouté une 21e, là encore grâce à un abandon de son adversaire.

Il fallait apprécier, combat après combat, l’ambiance mise par les soutiens des différents boxeurs. Nombreux étaient ceux, en effet, venus de loin pour assister au gala albertivillarien. « On a fait 40 minutes pour venir depuis l’Essonne, racontent par exemple Nordine et Kévin. On s’est déplacés à vingt pour soutenir notre pote Sofiane (Bougossa, ndlr). On n’est pas spécialement fans de boxe à la base, mais ces galas sont plaisants, et puis c’est normal de supporter notre ami ». 

Hamza Merdi a nettement dominé Tony Xaylindam lors de leur combat "Classe A".

Hamza Merdi, boxeur marocain, a nettement dominé Tony Xaylindam lors de leur combat « Classe A ».

Comme eux, une large partie du public présent à Aubervilliers n’est pas franchement initiée au muay thai. Ce qui n’est pas pour déplaire à Totof, le maître de cérémonie du soir. « C’est magnifique, s’enthousiasme-t-il à la fin du gala. On a une mixité extraordinaire dans la salle, on a des hommes, des femmes, des enfants, des gens d’Aubervilliers mais aussi beaucoup de gens d’ailleurs… Quand je vois tous les sourires, les gens qui viennent nous remercier, je suis vraiment fier ». Même discours dans la bouche de Xavier Sevrin, l’entraîneur de Nora Cormolle, une des championnes du jour. « Ça fait plaisir de faire découvrir le muay thai à des non-initiés, explique-t-il. Si on réussit à les faire kiffer, à leur offrir du spectacle, c’est aussi qu’on a réussi notre mission ».

Standing ovation pour Totof, figure du muay thai et star d’Auber

La mission, pour Totof, c’est aussi de faire d’Aubervilliers une place forte de son sport en France. « Ici, on est à Auber, en banlieue, avec tout ce que ça véhicule comme images négatives, explique-t-il. Et pourtant, on organise un super gala, dans une super ambiance… Ce soir, on a vu énormément de respect, de fair-play, c’est ça qui fait le sport ». Xavier Sevrin, l’entraîneur, embraye : « Les Show Thai qu’organise Totof à Aubervilliers sont une référence. Beaucoup de boxeurs de renom se sont révélés à ce gala, c’est toujours un plaisir pour nous de venir ».

A l’heure de faire le bilan de la soirée, beaucoup saluent aussi le personnage de Totof. “C’est une soirée à son image, résume Toufik Belkhous, vice-président du club de football d’Aubervilliers, présent lui aussi. On a pris du plaisir, on a vu de la très belle boxe, le tout dans une ambiance de respect et dans une organisation parfaite. Totof est un acteur très important du sport à Aubervilliers, c’est naturel pour nous d’assister à ses galas ». La salle réserve même une standing ovation, en pleine soirée, à l’ancien boxeur. Le speaker s’offre le petit plaisir de rappeler, pour les non-initiés, son CV : 76 victoires en 81 combats, de multiples titres de champions de France, d’Europe et du monde et un talent qui lui a permis de boxer à de nombreuses reprises en Thaïlande, le temple du muay thai.

« On ne peut pas faire ça pour l’argent : c’est de la pure passion, avec beaucoup de sacrifices« 

Hamza Merdi, un boxeur marocain, reçoit les conseils de ses entraîneurs de la "Team Alamos".

Hamza Merdi reçoit les conseils de ses entraîneurs de la « Team Alamos ».

Lui est là, aujourd’hui, pour faire briller les plus jeunes. Les combattants qui s’avancent sur le ring ont, pour beaucoup, la vingtaine. Et tous répètent que le gain financier (à peine quelques centaines d’euros en cas de victoires) est loin d’être leur moteur comme l’explique par exemple Nora Cormolle, une boxeuse de 27 ans originaire d’Epinay-sur-Seine.

Elle boxe pourtant dans la catégorie des “professionnels”. Son combat face à Ielo Page était même le dernier de la soirée, le plus attendu aussi. Tout le monde voulait savoir si elle serait capable de rééditer son exploit, réalisé en mai dernier, déjà à Aubervilliers : battre la multiple championne d’Europe et du monde. Après quinze minutes d’un âpre combat, Nora Cormolle a finalement refait tomber la championne. Offrant un fin à suspense et en apothéose à la soirée albertivillarienne.

Quelques minutes après sa victoire, elle accepte de revenir sur sa condition de boxeuse “professionnelle”. “Moi, j’ai un métier, je travaille dans la communication, raconte-t-elle avec ce sourire dont elle ne se départit jamais, même sur le ring. Mais c’est la boxe qui me fait avancer. Ce combat, je le prépare depuis plusieurs mois. J’ai perdu du poids, ça a été très difficile, j’allais m’entraîner chaque soir après le travail, le week-end aussi…”

Siquine Konte l'emporte face à Younousse Bathily lors du 6ème combat de la soirée.

Siquine Konte l’emporte face à Younousse Bathily lors du 6ème combat de la soirée.

Des sacrifices qui ont payé : Nora Cormolle a gagné, remporté quelques centaines d’euros et une ceinture de championne. « Mais ce n’est pas ça qui va me faire vivre de la boxe, nuance-t-elle. C’est trop peu médiatisé pour espérer cela. Moi, je vais reprendre le travail… mais je ne compte pas arrêter mon sport !” Un peu plus loin, Hamza Merdi raconte la même histoire. Lui a dominé, un peu plus tôt, Tony Xaylindam dans un combat extrêmement serré et tendu. « J’ai été 5 fois champion national au Maroc, raconte-t-il. Mais ici, je travaille dans la restauration avec un ami. Heureusement qu’il m’aide à aménager mes horaires pour que je puisse m’entraîner tous les jours. Je ne peux pas vivre de la boxe, je le sais, mais je rêve de gagner un jour une ceinture mondiale ».

Il est un peu plus de minuit quand la soirée se termine au gymnase Guy Môquet. Pour Aubervilliers, le « Show Thai » a été un moment de vie intense. Une demi-douzaine d’élus municipaux s’est d’ailleurs déplacée pour l’événement, ainsi que plusieurs figures locales comme le rappeur Mac Tyer. La soirée était albertivillarienne aussi lorsque tout le public s’est levé pour rendre hommage à Farid Maachi, le président du club de football local décédé brutalement mi-décembre dernier. Mais, à voir d’où venaient les combattants et les spectateurs, elle dépassait aussi largement les frontières de la commune de Seine-Saint-Denis.

Ilyes RAMDANI

Crédit photo : June RODRIGO

Articles liés

  • Ici ou là-bas, des lignes meurtrières et des exilés toujours plus stigmatisés

    Alors que les responsables politiques français se font remarquer par un mutisme complice face aux dernières tragédies des exilés, Barbara Allix a décidé de parler de ceux qui se battent pour ces oubliés. Juriste, spécialiste du droit des étrangers, elle est installée à Briançon (Hautes-Alpes) où chaque jour de nombreux exilés traversent la frontière italienne dans les pires conditions. Elle raconte l’envers du décors de cet engagement pour l’humanité. Billet.

    Par Barbara Allix
    Le 30/11/2021
  • Guadeloupe : « On est obligé d’arriver à des extrêmes dramatiques »

    Depuis la mi-novembre, la Guadeloupe est traversée par un mouvement social profond, allumé par une grève des pompiers et soignants face à l'obligation vaccinale de ces derniers. Un mouvement de grève générale qui s'est suivi par des révoltes urbaines, et qui illustre un malaise profond de la société guadeloupéenne et de sa jeunesse face à l'État français. Témoignages.

    Par Fanny Chollet
    Le 26/11/2021
  • Exilés : « La France et l’U.E vous ont laissés vous noyer »

    27 exilés ont perdu la vie le 24 novembre dernier, alors qu'ils tentaient de traverser la Manche, pour rejoindre le Royaume-Uni depuis Calais. Une nouvelle hécatombe, qui devraient mettre la France et l'Union Européenne face à leurs responsabilités. C'est l’électrochoc que voudrait voir Félix Mubenga, devasté et en colère devant des drames qui se répètent. Comme nous tous. Edito.

    Par Félix Mubenga
    Le 25/11/2021