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 Je ne pose de question à personne, ne fais que sourire, Paolo travaille bien et je le ramène au RER, à Bondy sud. Il a plein de projets, Paolo, retourner en Irak, l’Asie centrale, un truc pétrolier en Afrique. Mais Bondy, ça le branche.

– C’est vachement bien votre idée de l’Hebdo de rester ici. Je suis sûr qu’en deux semaines, je sors des trucs super. De l’action et tout ce qu’il a y derrière. Essaie de rester jusqu’à mon retour. Ou de revenir !

On verra. A ma grande surprise et grand plaisir, il y a plein de volontaires dans la rédaction ! J’avale un kebab et pousse la porte d’une agence immobilière sur la place de la gare. Le gérant raccroche le téléphone.

– Bonjour Monsieur. Qu’est-ce que je peux faire pour vous? Ah, un studio? Pour trois mois vous dites? Et vous êtes journaliste?

Je ne trimballe jamais d’enregistreur, je préfère tout écrire, c’est trop long d’écouter les cassettes. Mais là, vraiment dommage. Je n’arrive pas à suivre et ce gérant est un sacré numéro. Tentative, de mémoire, en modifiant les noms propres:

– Bon vous les journalistes je ne veux pas dire mais vous cassez Bondy. Mon père est venu en 1953, Monsieur, pour travailler à l’usine. Je suis musulman et je vous respecte. Je sais lire, j’ai fait mon bac et des études de droit mais de ça vous ne parlez jamais. De mon pote Djamel qu’est médecin ou de Saïd prof à la fac. On n’existe pas alors si c’est pour cassez Bondy une fois de plus, Monsieur, j’aurais exactement ce que vous cherchez que je ne vais pas vous le louer. Mais vous voulez un café? Parce qu’on sait recevoir…

Le téléphone sonne.

– Comment ça va bien, Monsieur Cannet? Dites moi Monsieur Cannet on va le vendre votre pavillon. Pas besoin d’allumer un cierge pour ça Monsieur Cannet. Je vous ai envoyé le recommandé. Vous l’avez pas reçu Monsieur Cannet? C’est l’armistice et les jours fériés mais vous allez le recevoir et on se voit mardi pour signer tout ça, vous vous souvenez Monsieur Cannet? Et quand ce sera fait je vous enlève à votre femme pour aller manger rien que les deux Monsieur Cannet et on parlera de nos projets, d’accord Monsieur Cannet?

Le gérant raccroche le téléphone.

– Je vais vous dire. Vous avez vu ce Monsieur comment je lui parle? Il est du Front national. Il m’a dit qu’il n’avait jamais vu un Algérien comme moi mais qu’il allait me confier son pavillon à vendre parce que j’en ai vendu plein dans sa rue. Alors la dernière fois qu’il est venu je lui ai fait une leçon d’une heure, là, dans mon bureau. Il faut tous vivre ensemble et se respecter. Pourquoi dit-on que les mômes qui ont pété les plombs ne pas intégrés? Et moi, Monsieur Michel, je suis intégré? Ça veut dire quoi, intégré? Je suis moi-même et je me respecte comme je vous respecte, Monsieur Michel.

Entre la secrétaire, française de souche.

– Comment ça va bien, mademoiselle Aurélie? Vous voulez aller chercher un café pour Monsieur le journaliste qui cherche un studio pour trois mois? Ici, on sait recevoir. Des studios, j’en ai deux à vous proposer. Rue Vaillant et rue Blanqui. 405 euros avec les charges. C’est deux mois d’avance, le mois en cours et 388 euros la commission d’agence. Tout ça à la signature, parce que votre poignée de main, Monsieur Michel, je ne peux pas la déposer à la caisse d’épargne !

Serge Michel

Serge Michel

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