Le début de cette année 2012 rend illusoire tout atterrissage en douceur. Notre pays est au bord de la faillite, notre monnaie pourrait ne pas passer l’année, nos journalistes digèrent encore la mort de leur confrère, les implants mammaires implosent et James Cameron aurait annoncé la sortie d’un nouveau film au scénario recyclé : Concordia. Alors que les Français se souhaitent mutuellement santé, bonheur et réussite, l’interminable saison des vœux a commencé. Chaque cérémonie est traditionnellement l’occasion  pour tout responsable, national ou local, associatif ou politique, de  faire le bilan de l’année passée et de se projeter dans celle à venir.

Cependant, à trois mois de l’élection la plus structurante de la Ve République, ces tribunes sont aussi l’occasion de faire entendre un message aux Français. Dans cette « drôle de campagne »[1], toutes les excuses sont bonnes pour déguiser les messages politiques. Ce week-end, c’était au tour du président Sarkozy de se déplacer jusqu’en Guyane pour adresser ses vœux à la population locale. Ce n’était pas le premier exercice du genre pour le Président : il avait adressé ses vœux aux Français le 31 décembre, avait enchainé par des vœux aux Armées, au monde de la justice, au monde agricole, aux fonctionnaires, aux partenaires économiques et sociaux, le tout, au frais de la Présidence de la République.

Les candidats déclarés y sont tous allés de leur message personnel aux Français. Les styles diffèrent en fonction des objectifs : pour Bayrou et Hollande, les vœux étaient présidentiels, sur fond neutre ou dans une bibliothèque. Nicolas Dupont-Aignan et Corinne Lepage ont choisi des cadres symboliques, le premier une cour d’école symbole de l’excellence républicaine, la seconde un appartement rempli de plantes vertes. Les deux candidats de l’autre Gauche, Joly et Mélenchon, ont préféré un format beaucoup plus intimiste, plus direct, depuis son salon pour l’écologiste ou en répondant à des questions de français projetées sur sa tablette tactile pour l’ancien socialiste.

Dans la longue liste des vœux, une certaine catégorie retient l’attention des journalistes : les vœux à la presse. Ces cérémonies sont l’occasion pour les journalistes d’avoir un échange plus informel avec les personnalités politiques, économiques ou syndicales. A chaque fois, les journalistes y trouvent une bonne occasion de comparer les buffets, la longueur du discours les introduisant et les cuvées spéciales des différents organismes. Habitués depuis des décennies de ces fastueux salons, un journaliste se rappelle un épisode incongru : « En arrivant à Matignon, Raymond Barre réalisa que le buffet que ses services proposaient était plutôt chiche. Fin gourmet, il tapa une gueulante d’enfer et improvisa un véritable festin. Inutile de te dire que je le porte haut dans mon cœur depuis« .

Rémi Hattinguais

[1] En référence à la « drôle de guerre » de 1939 où les armés Française et Allemande se sont observées sans s’attaquer pendant plusieurs mois.

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