Si l’histoire plus ancienne peut inspirer des films (et des beaux) comme Indigènes, l’histoire plus récente peut en inspirer d’autres… pour faire des sketchs !

On a su que Jamel Debbouze n’a pas pu assurer la promo du film en Algérie pour cause de visa. Cette information a pu paraître étrange à certains. Chez moi nous sommes assez habitués, car c’est le quotidien de nos familles restées en Algérie…

Le visa de touriste peut-être le point de départ d’un fameux canular. Toute la jeunesse maghrébine le convoite et l’espère. Il y a encore une quinzaine d’années il était plus simple de l’obtenir. Mais les temps ont changé. A présent toutes les demandes ou presque sont refusées. Pour dissuader un peu plus les prétendants au départ il faut même dorénavant qu’ils s’acquittent lors du dépôt de la demande de frais de dossiers d’un montant exorbitant (la moitié d’un smic !). Jusqu’alors, on ne payait ces frais qu’en cas d’acceptation et en vue de la délivrance du précieux sésame, mais maintenant les droits payés sont perdus. Les chanceux sont donc moins nombreux, mais il reste une issue : on ne veut pas leur donner ? Qu’importe, ils l’achètent ! Le prix au marché noir est élevé mais il reste assez stable (quatre smics environs). Il reste à se cotiser pour le billet, tout aussi excessif, mais qu’importe ! Le rêve n’a pas de prix.

Quand les quelques élus s’envolent les autres attendent. Cette attente qui pour certains est infernale, est pour moi exquise puisqu’elle laisse place (et le temps) à toute une rêverie car pleine de naïveté et d’espérance. Il imagine un pays, la France, un eldorado qui représenterait la fin de la misère et le commencement d’une « vraie vie », qui voit se bousculer toute une série de fantasmes : avoir un peu d’argent en poche, rouler dans une belle voiture, rencontrer de jolies filles… En attendant, tous passent le temps à rêver, à un pays qu’ils ne verront peut-être jamais.

Ils attendent et cherchent d’autres perspectives que la seule opportunité de tenir un hanout (une boutique) ou d’être ouvrier du BTP. Un cousin qui travaille comme maçon m’a toujours fait sourire : à peine rentré du travail, il troque ses vêtements de travail contre un véritable 501, se fait une belle coupe au gel, se parfume pour les quelques kilomètres à la ronde, (eh oui malgré tout ils ont la classe !!!), et … trompe ensuite son ennui adossé au mur de sa maison, tentant d’oublier sa galère en écoutant une cassette raï sur un poste d’une autre époque. Il était tout entier à son plus beau rendez-vous : son rêve.

Soraya

Soraya

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