7h30 : le réveil sonne ! J’ai une heure chrono pour prendre ma douche, avaler mon petit-déjeuner (j’ai besoin de prendre des forces), m’habiller (un uniforme étant prêté par l’agence) et surtout bien me maquiller et me coiffer car une hôtesse se doit d’avoir une apparence soignée et irréprochable.

8h30 : me voilà dans le RER direction le parc des expositions, Porte de Versailles.

9h30 : j’arrive au point de rendez-vous des hôtesses : le commissariat général du salon. C’est l’endroit où est centralisée toute l’équipe de l’organisation du grand évènement qu’est le Mondial de l’Automobile. Je trouve un peu bizarre l’emploi du mot « commissariat », moi, ça me fait directement penser aux flics ! En bref, je dois aller pointer au « comico » pour bien montrer que je suis présente et que je suis à l’heure. Accompagnée de mes trois collègues, je me dirige vers mon « point info » où je vais, durant toute la durée du salon, renseigner les visiteurs qui me solliciteront.

9h45 : je suis à mon poste en tenue (une robe noire avec un ruban vert en-dessous de la poitrine et une veste noire cintrée aux contours verts). En face de moi : 3 bolides Lamborghini, à ma gauche, des voitures Porsche et derrière moi, des autos de la marque Audi. Autant dire que je suis luxueusement entourée.

10h00 : ouverture du salon, les gens commencent à pénétrer dans le hall et  se précipitent vers leur modèle favori pour le photographier et parfois même prendre place dans le joujou de leurs rêves…Nombreux sont équipés d’appareils photos dotés d’un objectif impressionnant ! Les photographes amateurs ne veulent rien louper en mettant tout dans la boîte. Les visiteurs, une fois le tour du pavillon réalisé, viennent nous demander des plans pour continuer à découvrir tous les bijoux du salon. Ils ont droit à un petit plan, un poster et un quotidien (journal récapitulant toutes les animations du jour et diverses autres informations). Un catalogue officiel du mondial est vendu 10 euros, il répertorie tous les exposants ainsi que leurs coordonnées.

11h13 : un jeune homme me demande de la documentation sur les voitures Audi, je lui précise que je fais partie de l’organisation générale et que ma fonction est de renseigner les gens de manière générale. Ne travaillant pas pour Audi, je l’invite à se rendre sur le stand pour obtenir les informations souhaitées. Il me fait part de sa passion pour les voitures : « j’adore les voitures de luxe, elles sont trop belles même si je sais que je n’en aurai jamais ! J’ai même pas le permis ! C’est trop cher le permis et c’est trop dur de l’avoir ». Je me dis alors qu’à défaut de posséder une voiture de luxe, il est accessible de les conduire avec les packages à la mode : « conduire une Ferrari »…mais lui, ne peut même pas effleurer son rêve ; il doit seulement se contenter d’admirer ces bolides…

13H00-14h00 : pause déjeuner au resto, c’est l’organisation qui offre.

14h33 : le jeune homme « sans permis » rencontré le matin revient me voir, tout content, pour me montrer ses sacs remplis de documentation : « j’ai pris toute la documentation de mes voitures préférées : BMW, Porsche, Audi, Volkswagen. J’adore tout savoir sur les voitures !» Il me débite des noms de voitures ainsi que leurs particularités : j’ai l’impression qu’il parle une langue étrangère ! Mais d’un coup, il change de sujet et me dit « les gens sont méchants, renfermés, on ne peut compter sur personne de nos jours. Je vis dans un foyer, tous les jours je fais « foyer/travail-travail/foyer. J’ai pas de petite amie, personne ne veut de moi, c’est frustrant ! Et c’est l’argent qui règne dans ce monde ! Ces voitures, c’est juste du rêve ! Jamais de ma vie je n’en aurai ! La vie, c’est dur ! » Je ne sais pas trop quoi lui répondre, ne m’étant pas du tout attendu à un tel discours. Je l’écoute et essaie ensuite de lui insuffler un peu d’optimisme. Ses paroles transpirent le désespoir du quotidien et ça sonne bizarrement dans ce décor onirique et luxueux. Du rêve est offert le temps d’un salon mais la réalité, trop pesante, ne peut s’empêcher de s’imposer.

14h45 : un homme est revenu nous voir juste pour nous remercier de l’information que nous lui avions donnée quelques minutes avant. Ca fait plaisir !

15h11 : deux garçons de 11-12 ans nous disent qu’ils ont perdu leur grand-père. Ils l’appellent sans arrêt mais il ne répond pas. Un des jeunes garçons me dit « il est sourd comme un pot, il ne risque pas de décrocher et en plus, il ne sait même pas lire les messages ! Ca fait 45 minutes qu’on le cherche ! » Je ne peux m’empêcher de sourire car ce jeune garçon parle et a une attitude de petit homme.

15h20 : Une fille arrive en pleur. Elle a oublié sa sacoche dans les toilettes et ne la retrouve pas. Malheureusement, personne ne nous a rapporté son bien.

15h30 : une dame s’est fait une entorse à la cheville, j’appelle les secours mais elle a disparu le temps que les secours arrivent…

16h10 : un petit a vomi sur le stand Porsche, nettoyage immédiat par les personnes du stand de la marque.

16h25 : un petit bonhomme s’est ouvert le bras, j’appelle les secours. Il est très courageux car la plaie est profonde mais pas une larme n’a coulé !

17h12 : un papa ayant perdu son fils et son neveu nous donne son numéro au cas où nous les retrouverions mais il n’a pas du tout l’air inquiet alors que les enfants n’ont qu’onze ans…

17h32 : un couple sympathique me demande un plan, et me dit « c’est du rêve ces voitures, même avec un crédit de 200 ans, on ne pourrait pas se payer ces merveilles ! On va donc aller faire un tour au pavillon des voitures d’occasion ! »

17h45 : je reviens de ma courte pause et ma collègue me dit qu’une dame, en panique, les a alertés de l’égarement de son fils. A la question de l’âge, elle répond qu’il a 25 ans !

18h-20h : c’est plus calme, pas d’évènements à signaler…ah si un défilé de mannequins en face de notre point info sur le stand Lamborghini. Les paparazzis sont nombreux !

Sachez que le fil conducteur  d’une journée d’hôtesse est une série de questions qui revient sans arrêt : où sont les toilettes ? Avez-vous un plan ? Comment fait-on pour aller au pavillon 1 ? 3 ? 7 ?… BMW, Mercedes, Jaguar,…c’est où ? Je n’ai pas trouvé Aston Martin, ils sont où ? En résumé, une hôtesse se doit d’être à l’écoute afin de renseigner au mieux les visiteurs

20h00 : fin de journée de travail. Bilan : j’ai vu tellement de gens mais peu de voitures ! Je profiterai de mes jours de repos pour venir faire ma paparazzi. En attendant, je m’engouffre dans la bouche de métro pour rentrer chez moi car une longue journée m’attend le lendemain.

Petits tuyaux : essayez de venir en semaine car le weekend, vous ne pourrez pas profiter pleinement. Venez plutôt le matin ou en fin de journée, il y a moins de monde, vous pourrez ainsi papillonner librement. Toute sortie est définitive, par conséquent, pour ceux qui y sont au moment du déjeuner, les prix des sandwichs sont plus chers qu’à la normale, pensez à prendre un sandwich !

Rajae Belamhawal

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