Orty Gym restera fermée. Le tribunal administratif de Montreuil (Seine-Saint-Denis) vient de rejeter la demande de réouverture de cette salle de sport réservée aux femmes du Raincy. Sa gérante avait accusé le maire de la ville, responsable de la fermeture, d’islamophobie. Nous l’avions rencontrée au mois d’octobre dernier.

Ouverte depuis le 9 septembre au Raincy, la salle de sport Orty Gym accueille exclusivement des femmes. Le maire UMP de la ville s’est élevé contre ce club de gym, invoquant des raisons de sécurité. Pour les gérants, c’est leur confession qui ne plaît pas à Eric Raoult.

IMG_0411IMG_0411Au 9 avenue du Thiers, à deux pas du tram-train, une devanture rose se présente à nous. Quelques caméras de télévision et journalistes sont présents. Ce jeudi, la commission de sécurité est venue faire les vérifications. Des pompiers, policiers, experts ainsi que le maire du Raincy Eric Raoult sont également de la partie. La tension est palpable, et ce, des deux côtés. Durant les vérifications, Nadia, à l’accueil, tout sourire, continue son travail habituel. Une cliente arrive. Elle a fait le chemin depuis Neuilly-Plaisance pour pratiquer une séance de sport. Elle vient « de loin » car ici, « je peux enlever mon foulard me mettre en short. » Elle ne pourra malheureusement pas s’adonner à une séance de gym ce jour-là, « je suis déçue j’étais très motivée. J’ai dépensé 40 euros pour faire garder mes deux enfants et je suis venue en transports. Mais je suis déterminée à avoir un jolie corps ! Les femmes ne doivent pas perdre cette salle. » Elle s’en va en prenant soin de faire un planning sur un post-it.

La tension est palpable. Les pompiers vérifient le reste des pièces ainsi que l’alarme qui retentit. A priori, tout semble aux normes. Visage rouge et chemise entrouverte, Eric Raoult semble tendu. Une journaliste de Radio Canada et son caméraman se dirigent vers le maire du Raincy. Mais ce dernier se terre dans un mutisme inhabituel. Il répète que la décision appartient désormais à la commission et que ce n’est plus de son ressort ou de son bon vouloir de fermer ce club de sport. La journaliste canadienne insiste en lui demandant à plusieurs reprises s’il est islamophobe. Excédé, il répond : « Non, je ne suis pas islamophobe mais canadophobe ».

Linda Ellabou, la gérante du lieu, nous montre avec beaucoup de fierté les photos de son mari, vice-champion de France de « force humaine » par le passé. La jeune maman parle de cette salle de sport comme du projet de toute une vie. « Créer cet endroit était logique puisqu’il y a une réelle demande. J’ai moi-même fréquenté une salle de sport réservée aux femmes à Aulnay-sous-Bois que je trouvais trop exiguë. J’en ai parlé à mon mari et on s’est dit que nous pouvions nous lancer dans cette aventure. »

IMG_0413Elle précise que « la salle est destinée à toutes les femmes, sans distinction. On a même un accès pour les personnes handicapées ». Elle regrette que l’on s’arrête sur son voile et précise qu’elle n’est qu’une « jeune trentenaire ayant décidé de créer son entreprise ». De son avis, le fait de porter le voile et de gérer une salle de sport pour femmes gêne. « Le lien entre l’islam, l’islamisme et tous les stéréotypes associés à la religion musulmane sont remontés à la surface dans une ville ancrée à droite, où la mixité sociale n’est pas de mise… »

La commission touche à sa fin. Elle ne relève aucun défaut de sécurité. Il est seulement demandé de relier un fil et de changer les portes qui donnent sur les poubelles. Des broutilles qui ne relèvent pas du ressort du gérant  mais du propriétaire. « On me demande de changer des choses à l’extérieur mais rien à l’intérieur. Je ne comprends pas cet acharnement. J’ai rêvé d’avoir une salle de sport. Oui c’est une salle réservée aux femmes mais c’est avant tout du business, il y a de la demande et pas assez d’offre, voilà tout… » regrette Rachif Belhadef, le mari de la gérante. Il fait part de sa déception quant aux propos qu’auraient tenus Eric Raoult : « un barbu et une voilée dans un moving, ce n’est plus un moving. »

Finalement joint par téléphone, Eric Raoult s’explique. « Je ne suis pas islamophobe, ce n’est pas parce qu’un musulman fait une bêtise que cela veut dire que tous les musulmans sont pareils. Dans ce cas précis, il y a un problème de sécurité : il y a deux ou trois marches vers l’issue de secours. Et en cas de problème, les gens risquent de tomber. » En attendant, la commission rendra une décision finale vendredi 4 octobre. « Ce n’est pas moi qui vais décider » conclut le maire du Raincy.

Iymen Mani

Article publié le 4 octobre 2013

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