« À la violence et à la bêtise, nous répondons courage et solidarité ». Ce sont les mots que l’on peut lire sur la grande banderole rouge accrochée à la façade de la médiathèque John Lennon. Ce mercredi soir, les habitants du quartier des 4 000 de la Courneuve en Seine-Saint-Denis, ont organisé ce rassemblement une semaine après l’attaque de la médiathèque dans la nuit du mardi 26 au mercredi 27 juin. Aux alentours d’1h du matin, une voiture-bélier a foncé dans l’établissement culturel public qui a ensuite pris feu. Ce n’est qu’au bout de deux heures que les pompiers ont maitrisé les flammes. Heureusement, aucune personne n’a été blessée mais la quasi totalité des fonds documentaires, livres, cd, magazines, revues, est partie en fumée.

Hommage et souvenirs place de la Fraternité

Une semaine plus tard, place à la convivialité et au réchauffement entre habitants du quartier. Ils sont une cinquantaine ce mercredi à être venu témoigner leur refus de la violence et leur attachement à la médiathèque. Sur la place de la Fraternité, qui porte aujourd’hui particulièrement bien son nom, toutes les générations ont répondu présentes. Car la médiathèque n’était pas qu’un lieu de connaissances et de savoir, c’était aussi un endroit de lien social, de rencontres et d’interactions.

Une cinquantaine d’habitants des 4 000 de la Courneuve s’est retrouvé autour d’un verre pour rendre hommage à la médiathèque John Lennon attaquée et incendiée il y a une semaine

« Cela nous rend tristes, on est écœuré car cette violence ne donne pas une belle image de notre quartier », dit Annie Viber, qui se définit comme militante associative. Cette femme de 71 ans vit dans le quartier depuis 1972. Elle a consacré l’essentiel de son temps au service de la jeunesse à travers les associations de la commune. Difficile pour elle de digérer ce qui est arrivé à ce lieu de culture. « Je ne comprends pas. Ça fait des dizaines d’années que je me bats contre toute forme de violence dans notre commune. J’essaye souvent d’instaurer le dialogue permanent et l’esprit du vivre ensemble ».

Peu à peu, en cette soirée chaude de juin, le nombre d’habitants augmente, des petits groupes se forment et les échanges se multiplient. Chacun amène un petit quelque chose comme participation au repas. Sur la table, des bouteilles de sodas, des jus de fruits, des cakes, des biscuits, des chips, du riz en sauce et un très grand gâteau avec l’inscription « Médiathèque John Lennon ».

Lorsque je devais passer mon CAP pour être secrétaire, je passais souvent mes journées ici à travailler. Et jusqu’à aujourd’hui je ne peux pas me passer d’ elle

Noue Houngdedji, mère de famille de 48 ans, est à l’initiative de ce rassemblement. Avec son boubou traditionnel et ses lunettes carrées, elle évoque de bons souvenirs liés à cette médiathèque : « Lorsque je devais passer mon CAP pour être secrétaire, je passais souvent mes journées ici à travailler. Et jusqu’à aujourd’hui je ne peux pas me passer d’ elle ». Elle rappelle les conséquences désastreuses pour les habitants du quartier. « On est presque en période de grandes vacances. La médiathèque était un moyen pour les gens, et surtout pour les enfants qui n’ont pas la chance de partir en vacances, de pouvoir passer leurs journées ici à jouer et participer aux activités culturelles. Voir aujourd’hui la médiathèque entourée par des grilles m’envahit de tristesse. Car j’ai avec elle un lien fort de vie ». 

Noue Houngdedji, mère de famille de 48 ans et habitante des 4 000, est à l’initiative de ce rassemblement.

On est déçu. Nous sommes en vacances et on ne sait pas quoi faire. Ici, c’était le seul lieu pour s’évader. Maintenant, on s’ennuie

Les quelques jeunes présents ne disent pas autre chose. Comme Siyaibou Konaté, 11 ans, Ahmed El Haconmo 12ans  et Amine Meliani 13 ans. Assis à l’autre bout de la table, tous les trois élèves au collège Jean Vilar à la Courneuve, partagent le même attachement à la médiathèque John Lennon. Leurs têtes sont remplies de belles images des activités auxquelles ils ont participé. « On est déçu. Nous sommes en vacances et on ne sait pas quoi faire. Ici, c’était le seul lieu pour s’évader. Maintenant, on s’ennuie ». 

Siyaibou Konaté, Ahmed El Haconmo et Amine Meliani, collégiens du à Jean Vilar à la Courneuve, témoignent par écrit de leur attachement à la médiathèque John Lennon

Vers 19h, enfants et parents s’assoient sur les bancs munis de feuilles et de stylos pour écrire quelques mots sur cette médiathèque avant de les lire à haute voix. Les souvenirs d’enfance restent parmi ceux qui reviennent avec le plus d’émotion. Dans le public, l’écoute est attentive. Amine*,  20 ans, jeune étudiant en licence de sciences politiques à l’université Villetaneuse, est lui venu manifester sa colère. « Quand tu t’attaques à la culture et à la connaissance, c’est grave. Ça veut tout dire. Et c’est terrible. Ce qui est grave c’est que cet acte est intentionnel ». 

Vincent Kulesza, 28 ans, responsable de la vie associative de la commune, voit dans ce rassemblement une très bonne chose malgré les circonstances. « On voit que la notion du vivre ensemble existe réellement ici aux 4 000. Je réitère mon soutien aux habitants ».

Quel avenir pour la médiathèque ? « Un comité de suivi a été mis en place et finalise en ce moment-même les solutions. Une réunion décisive aura lieu demain« , nous affirme Gilles Poux, maire de La Courneuve qui promet une communication à ce sujet en début de semaine prochaine.

Kab NIANG

Articles liés

  • La solidarité sur tous les champs à Villetaneuse

    #BestofBB À Villetaneuse, les générations se mêlent autour des potagers solidaires et du cinéma. L'association l'Autre champ et le collectif du Ver Galant organisent des distributions de fruits et légumes, des ateliers jardinages, des séances de cinéma pour faire éclore le lien social dans cette période de pandémie. Reportage.

    Par Eva Fontenelle
    Le 27/07/2021
  • Des jeunes surendettés à cause des amendes du couvre-feu dans les quartiers

    Des familles entières se retrouvent endettées à cause de salves de contraventions liées aux mesures sanitaires. Des associations dénoncent un « phénomène d’ampleur grandissante » et « une application disproportionnée et discriminatoire des mesures ». Une enquête en partenariat avec Mediapart.

    Par Anissa Rami
    Le 26/07/2021
  • La cantine des femmes battantes : solidarité féminine, ambition et cuisine

    #BestOfBB Lancée en fin 2019, l’association dionysienne La cantine des femmes battantes vise l’émancipation des femmes précaires grâce à la cuisine. Tous les weekends, Aminata, Mariame, Maïté et Fatou se réunissent pour cuisiner, vendre et livrer une cinquantaine de plats à Paris et en Seine Saint Denis. Issues de parcours compliqués, ces cuisinières ont décidé de monter l’association dont elles avaient besoin, afin d’aider, par la suite, les femmes qui leur ressemblent. Reportage.

    Par Sylsphée Bertili
    Le 26/07/2021