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Ça cogite sans arrêt dans la tête de Foued. Il y pense tout le temps. Il se lève avec, se couche avec. Il retourne ça dans tous les sens. Il élabore des plans. Les plans de sa future vie, celle dont il rêve. Il est toujours planté en bas de la cité, il tient les murs avec ses acolytes Momo et Fred. Momo, c’est le parrain du quartier. Son surnom : el padre. Tout le monde connaît son CV, et Dieu sait qu’il est long. Si long que lorsque les patrouilles de police le croisent, elles le saluent. Fred, il a toujours les yeux qui brillent, on l’appelle Lucky Strike : l’homme qui fume le « bédo » plus vite que son ombre. Pas de doute, Foued, il fait partie d’une bande de cas sociaux, des « cas soce » comme ils disent. C’est pas glorieux, mais c’est mieux que d’être seul.

Sauf que depuis quelque temps, Momo et Fred sentent bien que Foued se prend la tête. Il a changé. Il est soucieux, il a cet air inquiet qui ne quitte plus son visage. Parfois même quand ils lui parlent, Foued ne répond pas, il est dans ses rêves. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que chaque nuit Foued prend sa 206 vitres teintées et se pose devant la bijouterie du centre-ville. Il reste là, posté dans sa voiture pendant des heures. Et il observe.

Dans sa crâne, les idées fusent. Sa vie pourrait être si différente. Ça serait si simple. Un passage en force, certes, mais qui changera tout. Il se dit qu’on ne le verra plus pareil, et que de toute manière, il ne sera plus le même. Que rien, plus rien, ne sera plus jamais comme avant. Fini les galères, ces « trucs à faire » tard dans la nuit, ces heures à attendre le client. Foued, il en peut plus d’être un petit délinquant, il veut entrer dans la cour des grands. Ça le presse, c’est devenu son leitmotiv.

En un coup, il peut tirer le jackpot et devenir quelqu’un. C’est flippant, mais tellement tentant. Chaque fois qu’il passe devant la bijouterie, il a le cœur qui s’emballe. Il pense au jour J, celui qu’il prépare depuis des mois maintenant. Et puis il en connaît des mecs de « tess » pour qui tout a changé. Dans la cité il y a quelques têtes qui s’en sont plutôt mal sorties. C’était des petites frappes avec des petits casses au compteur. Des têtes brûlées qui ont sauté le pas.

Maintenant, elles mènent une vie tranquille, se font discrètes. Les petites frappes ont grandi, et elles se font respecter. Terminé la vie de « trimard », finie la no-life. Ces gars ont bâti un empire avec tout ce qu’il faut à la baraque. Plus rien ne leur manque. Foued, il n’attend que ça. Il pense à Idriss, le mec de la tour 7 avec qui il a fait quelques petits coups dans le passé. Mais depuis une semaine, Idriss a la belle vie. En ce moment il se la coule douce aux Maldives. D’ailleurs dans le quartier, quand tu changes de vie, vaut mieux se ranger quelque temps ou t’attises vite la jalousie.

En attendant, Foued, il continue de squatter avec Momo et Fred, il prépare le terrain. De toute façon, comme tous les casses du siècle, ça sera un coup de poker. Mais c’est sûr, un jour, il l’épousera, Chérazade.

Joanna Yakin

Joanna Yakin

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