La plupart d’entre nous (les filles) n’aspirent qu’à l’invisibilité. Etre considérées comme des êtres humains, un point c’est tout. Avec ni plus, ni moins de devoirs que les hommes. Bien sûr, des différences, de constitution physique notamment, subsisteront toujours. Monsieur se coltinera encore longtemps le montage de l’armoire Ikéa en 367 pièces ou gravira les cinq étages, le frigo sur les bras lors du déménagement.

Pour autant, il ne faut pas hurler au loup et clouer au pilori la moitié de l’humanité en voyant du sexisme à tous les coins de rues. Des militantes issues d’Osez le féminisme ont même pris le parti d’en rire. Une dizaine d’entre elles a lancé l’année dernière un blog au ton humoristique, catharsis du machisme ordinaire. Sur le modèle du célèbre viedemerde.fr, viedemeuf.fr répertorie les contrariétés ressenties au quotidien par les femmes. Le succès est tel, 1,2 million de visiteurs sont revendiqués, que les meilleures anecdotes sont compilées dans un ouvrage agrémentées de conseils pratiques et étayées de chiffres, disponible en librairie le 19 mai.

Au Bondy Blog, nous aussi souhaitons apporter notre pierre à l’édifice contre la misogynie. D’ailleurs, même les hommes ont quelque chose à dire sur le sujet, la misandrie pour ce qui les concerne. Premier pas vers l’égalité, voici notre propre florilège, où les meufs et les keums prennent la parole.

Les serveurs, tous complices…

Un après-midi, l’été dernier, je suis avec un ami à une terrasse de café. Vient le moment redouté de régler l’addition. A cause d’un vieux reliquat de galanterie un peu surannée, cet ami refuse à chaque fois de me laisser payer, ne serait-ce que ma part. Je proteste à de multiples reprises, cela devient gênant de se faire inviter sans cesse. Ce jour-là, je me dis que je vais rompre avec cette tradition entretenue contre mon gré. Le serveur arrive, tend la note. Je dégaine immédiatement et tend mon billet. Le serveur me regarde et ne répond pas à mon geste. Le bras suspendu, je le prie de prendre mon argent. Il reste posté là, à attendre que mon ami paye. Suis-je bête, j’avais oublié qu’il fallait avoir un chromosome Y pour pouvoir payer une addition.
Faïza Zerouala

Le pigeon ?

A 17 ans, je suis tombé amoureux de Sarah. Elle avait un petit copain. Pourtant, elle était très ambiguë avec moi, laissant planer un doute raisonnable de sentiments partagés. Alors, inconsciemment (et consciemment aussi, je le confesse), je souhaitais que le vent tourne en ma faveur. Un soir, elle m’appelle : « Tout est fini, je l’ai largué. » Une joie intérieure m’envahit, tandis que je m’efforce de rester le confident modèle, à grands coups de « ça va s’arranger » ou « je suis là ».

J’ai ensuite commencé à lui faire la cour. Ses textos m’encourageaient dans mes desseins. Je sortais donc le grand jeu : Mc Do et cinéma. Régulièrement, elle me proposait de l’emmener ici et là. De l’emmener, c’est-à-dire, à mes frais. La maligne. Un jour, je décide de lui offrir un parfum. Je lui donne rendez-vous sur la grande place, où, après le cadeau,  je lui déclarerai ma flamme. Petite coupe au gel et pantalon en lin, je suis fin prêt, sûr de mon coup. Là, je reçois un texto : « Je ne pourrai pas venir. » Je lui réponds évidemment que ce n’est pas grave (je n’en pense pas un mot) tout en lui demandant pourquoi. « Je viens de recoller les morceaux avec Thomas. » Thomas, c’est son ex.

A quelques mètres, j’aperçois des pigeons. Je me dis, finalement, que je pourrais me joindre à eux.
Ramsès Kefi

Achète-moi une glace, s’te plaît…

Rencontre au Forum des Halles, à Paris, avec quelqu’un qu’on m’a présenté. Soleil de plomb, j’ai envie d’une glace. Alors que je suis en train de choisir le parfum, je demande à mon « prétendant » s’il en veut une. Il me répond non. Au moment de payer je sors ma monnaie, tandis que le vendeur regarde mon accompagnateur d’un air inquisiteur. A peine ai-je réglé le vendeur que mon « ami » me dit : « Hé, finalement j’en veux bien une, de glace ! » Je lui réponds « ok » et nous retournons faire la queue. Mais là, comme qui dirait un peu gêné, il finit par se payer une boisson dans une caisse éloignée de celle du glacier. Il s’était habillement esquivé de peur de devoir payer la glace, sa glace, plus chère que sa boisson. Il n’en fut que plus gêné…
Chahira Bakhtaoui

Tu fais pitié avec ta ferraille

Lors d’un moment de détente entre deux cours, un ami et moi décidons d’aller nous requinquer pour tenir jusqu’à la fin de journée. Nous tombons sur un café bio et sans hésiter entrons à l’intérieur. Une fois arrivés a la caisse, nous regardons la carte bien garnie des différents cafés et il me dit d’un air très fier : « Prends ce que tu veux c’est moi qui offre », en me sortant de sa poche son énorme billet de… 10 euros. WOUAH !

Comptant ma monnaie, je me rends compte que j’ai de quoi m’offrir mon café moi-même et je lui dis : « Non, laisse tomber, t’inquiète, ça ira. » Une fois notre choix fait, il me prend de court et donne au caissier son fameux billet rouge. Celui-ci le regarde et lui dit : « Je n’ai pas assez de monnaie dans ma caisse, à vrai dire la monnaie de la jeune femme m’aurait bien arrangé. » Moi, garnie d’un sourire, fière de payer mon café si cher et si dégueu au final, lui tends ma monnaie. Mon ami m’a chuchoté en sortant : « C’est con, je comptais t’impressionner en t’offrant un café. Tu me faisais pitié avec ta ferraille, et puis c’est aux mecs de payer ce genre de choses. » Ok, les filles, plus la peine de ramener d’argent à la maison, les hommes sont là pour PAYER ! Le rêve ou pas ?
Jessica Fiscal

Et toc !

Une fille m’avait plaquée après que je lui ai remis les idées au clair. Dans son monde de Bisounours, elle pensait que les femmes ne touchaient jamais à leur porte-monnaie et que c’était le rôle de l’homme, depuis toujours, de tout payer.
Ferhat Dikmetas

J’ai fait le test

Un homme qui aimait tester les femmes. A sa manière. Un verre dans un endroit chic, des ballades près des boutiques à la mode avant de traverser, à pied, la place chiquissime Place Vendôme. A la fin de l’après midi, j’apprends, surprise, que j’ai réussi le test. Moi : « Ah bon, tu m’as fait passer un test ? » Lui : « Ben oui, bien obligé avec toutes ces féministes qui courent les rues. Tu ne m as rien demandé, ni sac ni bijoux, et tu as proposé de régler une partie de l’addition. »
Mona Choule

La galanterie… Tu veux bien répéter, s’il te plaît ?

Ma copine est une jeune femme qui aime affirmer son indépendance spirituelle, économique et surtout, son indépendance vis-à-vis des hommes. En soi, c’est admirable. Donc, un jour, au fil d’une conversation sur le sexisme et le combat des femmes dans une société d’hommes tous très machos, je lui ai malicieusement lancé : « Mais si aujourd’hui la femme est l’égale de l’homme, pourquoi tu veux toujours que je te tienne la porte et que je te paye le menu ? Car vous les femmes, vous voulez l’égalité QUE QUAND ÇA VOUS ARRANGE ! Donc autant aller jusqu’au bout quand on a des convictions. » Elle : « Oui mais c’est de la galanterie, ça, c’est différent. » Moi : « Mais si tu es mon égale, pourquoi tu n’es pas galante comme ça avec moi, alors ? »
Prosith Kong

Voulez-vous vraiment supprimer Jules ?

Printemps, fin d’après midi ensoleillée, température idéale, légère brise, j’enfile un petit top pour rejoindre mon Jules. On se retrouve, on se ballade, on est bien. Le soleil se couche, l’air se rafraîchit. Avec mon top, j’étais au top à 17 heures mais maintenant j’ai froid. Je résiste tant bien que mal. La nuit tombe, je grelotte, je n’en peux plus, toute tremblante j’ose demander : « Gla gla gla, STP, tu peux me prêter ta veste… – Non, si je te la passe, c’est moi qui vais avoir froid. »

Vlan ! Prends ça dans les dents. Sur le coup, je le déteste. Je fonce me réfugier dans la voiture. Ouf. Quel goujat ! C’est décidé, dès que je rentre, je le supprime de mon répertoire. Arrivée à la maison, je prends mon portable, clic clic contact, clic Jules, clic supprimé. Voulez-vous vraiment supprimer Jules ? J’hésite, je suis bien avec lui. Après tout, n’a-t-il pas raison ?  Pourquoi devrait-il avoir froid à ma place ? Je suis une grande fille. J’aurais dû prendre une veste. Ça me servira de leçon, s’il me rappelle, je lui laisse une chance.

Il m’a rappelé, et on est marié maintenant. Il fait la vaisselle, la lessive, les courses, à manger, il m’écoute, il est doux, attentif, il me masse même les pieds, l’homme idéal ! Même s’il ne donne pas sa veste quand il a froid.
Loulou

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