Reconstruire ce qui a été brisé est leur quotidien. Dans toute la France, des associations et organismes de solidarité accompagnent et soutiennent les femmes victimes de violences. A l’occasion de la Journée Internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des Femmes, le Bondy Blog revient sur le travail impressionnant de ces structures.

Chaque année, 216 000 femmes sont victimes de violences en France. Contrairement aux idées reçues, la violence endurée par une femme, n’est pas forcément physique. Elle peut prendre plusieurs formes. Viol conjugal, mutilations génitales… Au rang des agressions recensées, on compte les violences sexuelles et physiques, mais aussi psychologiques.

« On parle souvent de femmes battues pour définir la violence faite aux femmes. Mais ce que les gens ignorent c’est qu’il existe d’autres formes de violences : les violences psychologiques, sexuelles, économiques, ou encore administratives. Comme les femmes victimes de ces violences ont du mal à s’identifier à la violence physique, beaucoup ignorent la gravité de leur situation », explique Bérénice Sylvain, salariée et ancienne vice-présidente de l’Association Elle’s Imagine’nt.

Un accompagnement thérapeutique sous différentes formes

La Fédération nationale Solidarité Femmes de Dijon (FNSF 21) accompagne les femmes vers la sortie des violences exercées par leur partenaire. Pour mener à bien cette mission délicate, l’association dispose de bénévoles issus du milieu de la psychologie, du droit, de la  santé, ou encore du social. Avant de mettre son savoir en pratique, le bénévole suit une formation sur les violences faite aux femmes. “Il est nécessaire que chacun d’entre eux sache affronter chaque situation.” explique Anne Joseleau, directrice de la FNSF 21.

Première étape pour la victime : la rencontre avec un psychologue qui va accueillir, écouter et donner des conseils. Puis en fonction de ce que la femme veut faire, l’association va lui proposer une équipe qui va lui apporter un soutien psychologique, social, ou juridique. « Ce qui est important, c’est le suivi de la femme, rapporte Carole Keruzore, directrice du pôle social de l’Association Libres Terres des Femmes. Certaines femmes vont vouloir prendre rapidement des initiatives  alors que d’autres auront besoin de beaucoup plus de temps. C’est très important de respecter leur décision et de ne les obliger à rien. Il faut se rappeler que beaucoup d’entre elles sont contrôlées par leur conjoint ».

A chaque association, son accompagnement thérapeutique. Chez Libres Terres des Femmes par exemple, “on propose des ateliers de reprise de confiance en soi, des ateliers de bien-être, un suivi psychologique, et des permanences juridiques, confie Carole Keruzore. Nous prévoyons aussi de mettre en place des activités sportives ». L’association Elle’s imagine’nt propose quant à elle des groupes de paroles. Selon Bérénice Sylvain, « la première chose que l’homme violent fait, c’est d’isoler sa compagne. La femme se retrouve alors  dans le déni et la banalisation. Le fait de se retrouver dans un groupe de parole va lui permettre d’avancer rapidement car elle va dans un premier temps rompre avec la solitude, puis prendre conscience, par effet miroir de la gravité de sa situation ».

« L’État fuit les choses »

Le grand frein dans la lutte contre les violences, c’est la société, selon la directrice du pôle social de Libres Terres des Femmes. « La société est encore très patriarcale. Il y a toujours ce rôle qui est attribué aux deux sexes et ce problème d’inégalités au niveau des salaires. En conséquence, des relations asymétriques se mettent en place : les possessions, les dominations”. Ces propos se traduisent notamment à travers la violence économique. Selon les chiffres de l’association Elle’s Imagine’nt, « 87% des femmes victimes de violences conjugales travaillent et touchent un salaire. Seules 50% d’entre elles y ont accès ».

Du côté des pouvoirs publics, l’État manque de moyens dans le recensement des données. Il y a un réel fossé entre les chiffres et la réalité. Pour commencer, à l’échelle nationale, il n’existe pas d’observatoire des violences faites aux femmes. “C’est difficile de donner des chiffres nationaux, car à ce jour personne ne les référencie », explique Anne Joseleau, directrice de la FNSF 21. En conséquence, nous devons nous fier aux chiffres locaux ». En effet, les seuls observatoires qui existent sont départementaux ou régionaux. L’Observatoire des violences envers les femmes de Seine-Saint-Denis en est le parfait exemple.

Pour la directrice de la FNSF de Dijon, « l’Etat fuit les choses. Figurez-vous qu’il existe un observatoire national pour l’enfant en danger, l’INED (Institut National de l’Enfant en Danger) mais pour la femme victime de violence il n’y en a pas. A ce jour, la dernière enquête établie sur les violences faites aux femmes date de l’an 2000, il s’agit de l’enquête ENVEFF. Elle stipule qu’une femme sur 10 est touchée par la violence conjugale. Pour Céline Mas, la vice-présidente du comité ONU Femmes France et auteure du livre Femmes et Politique, cette situation est scandaleuse. « Il ne faut plus qu’on utilise pendant 50 ans les mêmes chiffres ».

Sur le plan judiciaire, les lois ne sont pas toujours respectées selon Anne Joseleau. “Il est difficile de déconstruire l’imaginaire des tribunaux qui est majoritairement stéréotypé ». D’un côté, l’article 515-11 du code civil stipule que l’on peut évincer le conjoint violent du domicile. Or ce n’est pas forcément appliqué étant donné, certaines femmes quittant encore aujourd’hui leur domicile pour s’installer avec leurs enfants dans des hébergements d’urgence. De l’autre côté, la mise en œuvre de l’ordonnance de protection en 2010 est  parfois rejetée par les parquet. « Chaque parquet met un peu en place sa propre politique. On a constaté que ça dépendait de la zone géographique », remarque Carole Keruzore. Pour Céline Mas, « on constate qu’il y a quelques imprécisions dans la jurisprudence et les lois autour du harcèlement sexuel ». Ces exemples se confirment par l’enquête OND (2009) qui révèle que 91% des violences conjugales restent impunies par la justice. De plus, les décisions de justice sont souvent très longues, et n’ont plus de sens pour la victime.

La couleur orange pour soutenir le combat

La Journée Internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des Femmes vient marquer le combat symbolique contre les violences faites aux femmes. La date du 25 novembre n’a pas été choisi au hasard. En 1960, trois sœurs, résistantes dominicaines, Patria, Minerva et Maria Teresa Mirabal, sont assassinées à la demande du dictateur Rafael Léonidas Trujillo Molina. Depuis, cette date symbolise les violences faites aux femmes.

Pendant la semaine du 25 novembre, la FNSF organise avec son réseau d’associations des campagnes dans toute la France. « Un nouveau spot publicitaire est d’ailleurs prévu pour l’occasion”, révèle Françoise Brie. L’ONU de son côté organise comme chaque année les 16 journées d’activisme de l’Orange Day. Il y a trois mouvements pendant période : des conférences partout en France,  l’illumination de plusieurs monuments en orange en France et dans le monde. Et enfin, une mobilisation sur les réseaux sociaux “On invite le grand public à porter l’orange et à le partager sur les réseaux, raconte Céline Mas. C’est une couleur positive qui incarne le renouveau. C’est une façon de dire non. La route est longue mais on peut se relever des violences ».

Sabrina ALVES

Articles liés

  • Le blues des petites mains du monde de la nuit

    Après 16 mois de fermeture administrative, les discothèques ont rouvert leurs portes le 9 juillet dernier. Mais alors que l’épidémie repart, l'étau se ressert déjà pour bon nombre de professionnels partagés entre la colère des derniers mois sans activité, et le doute concernant le futur. Nous avons rencontré quelques petites mains du milieu, qui racontent la précarité des derniers mois.

    Par Lucas Dru
    Le 22/07/2021
  • « On avait envie de ramener les vacances en bas de leurs bâtiments »

    Avec la crise sanitaire, pour de nombreux jeunes des quartiers populaires, l’été se passe souvent à la maison. Pour faire face à un été compliqué, des associations proposent (heureusement) des alternatives pour les plus jeunes. Reportage.

    Par Kamelia Ouaissa
    Le 16/07/2021
  • Le fast food social de l’Après M, 13 organisé à Marseille

    Dans les quartiers Nord marseillais, l’Après-M est en pleine phase de transition : de la débrouille à la structuration, mais toujours dans une quête d'indépendance. En pleine discussion avec la mairie phocéenne qui a annoncé son rachat, le 9 juillet prochain l’Après-M connaîtra la nature de sa propriété et de ses propriétaires. En attendant, l’auto-organisation locale reste toujours la marque de fabrique de la structure qui continue de fournir de l’aide alimentaire. Reportage.

    Par Amina Lahmar
    Le 08/07/2021