En cette journée ensoleillée de novembre à 14 h 30, nous voilà à Montreuil-sous-Bois, à l’adresse que nous a transmise la présidente de l’association Voyage au bout de la 11. On se joint à un groupe de jeunes gens pour nous assurer que nous sommes bien à la bonne adresse. Après quoi, nous sommes accueillies par une jeune fille qui n’est autre que la présidente de l’association, Maïwelle Mezi. Une fois installée, Maïwelle propose un café puis nous demande de patienter. Le décor lumineux de la salle est accompagné de visages souriants et de rires. Plusieurs personnes nous saluent dans la précipitation. Les bénévoles courant un peu partout pour accueillir les réfugiées, certains les appellent au téléphone, on prépare un petit buffet pour eux. Après quelques secondes, Maiwelle s’installe auprès nous.
Étudiante en double licence Droit et Relations internationales, elle a 19 ans. Tout commence l’été dernier au collège Guillaume Budé dans le 19e arrondissement parisien où s’est installé un squat autogéré de réfugiés. Maiwelle et certains amis s’y rendent régulièrement pour venir en aide aux habitants du camp avec d’autres personnes. Au cours de ses nombreuses visites, elle et d’autres bénévoles se rendent compte de la volonté de plusieurs réfugiés d’apprendre le français. Un jour, alors qu’elle apprenait quelques notions de français à un des réfugiés, plusieurs d’entre eux se sont rassemblés autour d’elle et ont manifesté leur envie d’apprendre. C’est alors que plusieurs personnes commencent à organiser des cours de français. Malheureusement cette aide prend fin avec l’évacuation du camp.
La description de la vie menée par les réfugiés au camp Guillaume Budé par Maiwelle laisse deviner des conditions rudimentaires. Les réfugiés, venus pour la plupart d’Erythrée, du Soudan ou d’Afghanistan, partageaient seulement 10 w.c. pour 700, nul besoin de préciser les conditions d’hygiènes. La question sur le traitement politique sur l’affaire des réfugiés était inévitable. De ce qu’elle a vu, la présidente de l’association déplore le manque d’organisation de la mairie de Paris lors de l’évacuation du 23 octobre. Elle raconte : « Ce jour-là, c’était horrible. Le maire du XIXe avait fait installer des w.c. autonomes et un grand buffet pour faire croire aux médias présents sur place que les migrants étaient pris en charge. Il avait aussi promis de reloger tous les migrants alors les forces de l’ordre ont fait des groupes qu’ils faisaient monter dans les cars. J’essayais d’avoir des informations sur le lieu d’arrivée mais personne ne pouvait me renseigner et quand j’avais les migrants au téléphone ils étaient incapables de me dire où ils étaient et n’avaient pas le droit de me dire comment ça se passait ».
C’est à l’aide de prospectus écrits en français et traduits en arabe et en anglais, distribués lors de l’évacuation que les bénévoles ont pu garder contact. Quant aux messages qui circulaient sur les réseaux sociaux demandant au gouvernement de s’occuper d’abord des SDF, elle estime que c’est une instrumentalisation du sujet et évoque même une grande solidarité entre ces derniers et les réfugiés.
Remplir un formulaire, à lire une carte de métro
Dès lors, se développe l’idée de créer l’association Voyage au bout de la 11. L’association a été fondée officiellement en octobre par Maiwelle et ses camarades présentes depuis cet été à Guillaume Budé, mais également grâce au bouche-à-oreille notamment à l’université. Après la rédaction des statuts et le côté administratif de sa création, les membres se mettent à la recherche de local et démarchent plusieurs établissements sans grand succès. C’est finalement dans une école de Montreuil que se réuniront bénévoles et réfugiés tous les dimanches. L’association n’est pas reconnue des autorités publiques et ne bénéficie d’aucune subvention. Elle s’appuie sur le bénévolat et les dons.
Voyage au bout de la 11 travaille en premier lieu sur l’alphabétisation. En effet, nombreux sont les réfugiés qui ne pratiquent pas la langue nationale et qui sont pourtant confrontés à son usage au quotidien et dans leurs démarches administratives. Ainsi, tous les dimanches les réfugiés viennent avec leurs cahiers et stylos pour poser des questions et apprendre. Cet apprentissage est axé sur des éléments essentiels que les réfugiés ont jugé eux même primordiaux. Les bénévoles apprennent aux réfugiés à remplir un formulaire, à lire une carte de métro, à écouter et à comprendre les annonces qui peuvent être faites dans les lieux publics, à se repérer seuls ou encore à lire un menu dans un restaurant.
Afin d’améliorer la qualité de leurs cours, les jeunes professeurs en herbe s’appuient sur les conseils d’une professeure de FLE (français langue étrangère) présente sur place. Le deuxième axe sur lequel l’association travaille est la sensibilisation de l’opinion publique. Pour cela, les membres de l’association utilisent le premier moyen de communication qui est les réseaux sociaux. Ils sont également présents dans les universités et commencent à organiser des collectes de vêtements, dont une qui s’est tenue il y a quelques semaines à Châtelet.
Pour clôturer l’échange, Maiwelle nous a fait part de certaines craintes qu’elle a pu ressentir tout au long de son combat, mais elle et ses camardes se disent fières de l’action qu’ils mènent, preuve de l’éveil de la jeune génération.
Wassila Belkadi et Fatma Torkhani

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