Après deux années d’absence, les Y’a Bon Awards sont revenus en grande forme vendredi soir au Cabaret Sauvage (Paris). Sept « grands » vainqueurs récompensés par une peau de banane dorée, devant 500 convives pour leurs dérapages racistes, islamophobes, antisémites.

C’est avec une minute de silence en hommage à Zyed et Bouna que le président des indivisibles, Amadou Ka, ouvre la cérémonie. Comme pour donner le ton de la soirée, qui malgré son humour décalé et ses prises de positions caustiques, reste un rassemblement engagé dans la lutte contre le racisme et pour l’avancée des droits civiques.

Un combat antiraciste fort pour lequel se sont réunies de nombreuses personnalités, qu’elles soient membres du jury ( Yassine Bellatar, Ovidie, Medine ou encore Christine and the Queen), spectateurs ou bénévoles, toutes avaient en commun cette volonté de dire non au racisme. A commencer par le maître de cérémonie, un certain Mathieu Longatte, auteur interprète de « bonjour tristesse ». Incroyable chef d’orchestre à l’humour tantôt trash tantôt subtil, mais toujours drôle.

image5Tour à tour des citations de journalistes, représentants politiques, éditorialistes sont diffusées. Des citations qu’on aurait presque oublié tant elles avaient été enterrées. Et pourtant, difficile de départager leurs propos plus nauséabonds les uns que les autres. Lourde tâche qu’a dû remplir le jury dont faisait parti le rappeur Médine : « En tant que jury c’est soulageant c’est comme une espèce de soupape qui permet de lâcher la pression accumulée » nous confie-t-il. Premier grand gagnant du soir, un certain Philippe Tesson dans la catégorie « est-ce qu’on peut encore le dire » pour sa fameuse : « C’est pas les musulmans qui amènent la merde en France ?! » Nathasha Polony, Jean-Marie Le Pen, Philippe Val, Caroline Fourest et Alain Finkielkraut ont également été récompensés pour leurs poésies éhontées. Saluons également la venue d’un petit nouveau dans la catégorie  « la faute à la promo voltaire » un certain Michel Sapin qui lâchait, en 2013 lors d’une remise de cartes professionnelles aux nouveaux inspecteurs au ministère, sur le ton de la plaisanterie, à l’un d’entre eux qui avait la chance de porter un nom d’origine maghrébine : « ça fait un peu racaille ». Evidemment, aucun d’entre eux n’était présent pour venir récupérer son trophée peau de banane qui leur aurait pourtant permis de déraper plus facilement…

Une soirée bon enfant sur le ton de l’humour mais néanmoins très sérieuse quand il s’agit d’atteinte à la dignité. Les indivisibles ont été à plusieurs reprises injustement attaqués « Leur audience augmente donc forcément leurs combats et les arguments qui le portent le rapport de force s’accentue pour ces faussaires. Quand on veut tuer son chien on dit qu’il a la rage » explique le rappeur Médine. Ainsi, Les indivisibles par la voix d’Amadou Ka et de leur avocat maître Hosni Maati annoncent en fin de soirée le dépôt d’une plainte contre Eric Zemmour « nous ne faisons pas que de nous foutre de la gueule de ceux qui se foutent de la nôtre. Nous agissons concrètement. Nous utilisons notamment l’outil juridique. Une plainte a été déposée contre Eric Zemmour. Il nous faut fédérer, nous organiser, ne plus rien laisser passer et soutenir les associations qui luttent. »

Pour voir les lauréats des catégories choisis par le jury : http://www.lesindivisibles.fr/ya-awards-2015-meilleur-pire/

Widad Ketfi

Articles liés

  • Thérapie de conversion : du discours religieux à la psychanalyse

    Alors que le Parlement se penche depuis ce mois d'octobre sur l'interdiction des thérapies de conversion, Miguel Shema s'est penché sur le documentaire 'Pray Away'. Film documentaire qui fait la lumière sur l'entreprise américaine Exodus, qui pendant des années à promis à des milliers de membres de la communauté LGBTQI+ de changer d'orientation sexuelle. Des pratiques qui passent par l'usage d'une sémantique psychologique et non religieuse. Analyse.

    Par Miguel Shema
    Le 26/10/2021
  • La Brigade des mamans contre les amendes abusives de leurs enfants

    Dans de nombreux quartiers, les jeunes sont victimes d'une nouvelle arme sur-utilisée par les agents de police : les amendes. Parfois lancées sans même avoir rencontré les jeunes. Un phénomène à l'origine du surendettement de nombreuses familles. Pour se prémunir de ce fléau, à Belleville (Paris), des mamans veillent et sortent dans la rue jusque tard pour protéger leurs enfants. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 22/10/2021
  • À la petite boutique de Stains, le handicap a toute sa place

    Pour son premier reportage sur le terrain, Kadidiatou Fofana, en classe de seconde, s'est rendue à La Petite Boutique de Stains (Seine-Saint-Denis) qui agit pour l'emploi des personnes en situation de handicap. L'occasion pour elle de rencontrer Ophelie Esteve, qui gère les activités du lieu. Reportage.

    Par Kadidiatou Fofana
    Le 21/10/2021