Un dernier hommage a été rendu à Zacharie, 10 ans, décédé dans le 3 août dernier à l’hôpital de Saint-Denis (93). Les parents pointent du doigt les défaillances des services d’urgences qui n’ont pas voulu se déplacer dans leur quartier à Epinay-sur-Seine (93). Une marche y était organisée samedi 6 septembre.

Les habitants sont arrivés sur la place vers 15h pour ce dernier hommage à Zacharie, décédé le 3 août dernier aux urgences de l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis. Parmi les habitants, beaucoup d’enfants, parfois venus sans leurs parents. Dans la foule, beaucoup de personnes portent un T-shirt noir et blanc à l’effigie de Zacharie. En bas du t-shirt, une phrase : « Martyr de l’indifférence ». La famille souhaitait que les habitants portent ce t-shirt à l’occasion de la marche. Plus l’heure approche, plus les habitants arrivent en masse.

Des représentants de la mairie d’Épinay-sur-Seine ont tenu également à témoigner de leur solidarité. Les institutrices de l’école primaire Alexandre Dumas ont fait également le déplacement. L’enfant avait fait l’ensemble de sa scolarité dans cet établissement. La place se remplit très rapidement. La maman de Zacharie arrive à son tour. Les camarades de classe de son fils se dirigent vers elle pour l’embrasser. Les mères de famille font de même pour réconforter cette mère courage en deuil depuis le 3 août dernier. Son fils souffrait depuis 24 heures de douleurs au niveau de ventre. Il est décédé à l’hôpital Delafontaine à St-Denis. Selon les parents, les services publics d’urgences (Pompier et Samu) n’ont pas voulu se déplacer et encore moins les compagnies de services de taxi contactés par la famille.

L’enquête demandée par Marisol Touraine, ministre de la Santé, à l’agence Régionale de Santé (ARS) Île-de-France, révèle que les Pompiers estimaient que ce cas n’étaient pas de leur ressort, ils ont basculé l’appel vers le 15. Le médecin du 15 a conseillé à la famille de se rendre eux-mêmes aux urgences pour une consultation pédiatrie. L’objectif de cette enquête administrative était de savoir, si les modalités de prises en charge ont été effectuées depuis son domicile jusqu’aux urgences. Selon les conclusions de l’enquête, il n’y a aucun dysfonctionnement dans la prise en charge de l’enfant.

Malgré tout, une habitante ne décolère pas, elle estime que les secours auraient dû se déplacer quand même dans le quartier. Dans la foule, Sabine informe les habitants qu’ elle a mis en place une pétition. L’intérêt de cette action :« On demande que les services publics médicaux soient maintenus dans notre quartier » explique-t-elle.

IMG_20140906_154911IMG_20140906_154911Raphaël Goma, dirigeant de l’association AIRS demande aux habitants et enfants de se mettre en place pour débuter la marche. Les camarades de l’enfant sont placés en première ligne. La maman de Zacharie est avec eux et ses 4 enfants, 2 filles, 2 garçons. La marche débute à 15h30, le respect du silence est donné pour consigne. Mohamed 12 ans, était le meilleur ami de Zacharie, ils étaient ensemble en CM2, à Alexandre Dumas. Ils s’appelaient pratiquement tous les soirs.

Durant la marche, il porte entre ses mains une pancarte sur laquelle apparaît le portrait de Zacharie, dit «Dialla ». Il se trouve que son premier prénom n’est pas Zacharie, mais Dialla. Zacharie est son deuxième prénom. Mohamed s’exprime sur son meilleur copain : « Zacharie était garçon honnête et gentil. Ce n’était pas un radin et ni une balance ». Il se souvient du moment où il a appris son décès : « C’est un de mes copains qui m’appris la mort de Dialla (Zacharie), je me suis donc rendu directement chez lui. Et quand, j’ai vu la mère de Zacharie pleurer, c’est là que j’ai compris qu’il était mort. J’avais envie de pleurer, mais mes larmes ne sortaient pas, car j’étais choqué ».

IMG_20140906_162900Autre témoignage, celui de Magaly, présente au rassemblement. Elle est venue accompagnée de sa fille et de son compagnon. Magaly travaille depuis 10 ans à l’école primaire d’Alexandre Dumas en tant qu’assistante d’éducation. Cette dernière travaillait notamment avec la classe CM2 de Zacharie l’an passé. Elle se souvient de lui, d’un enfant joyeux et souriant qui lui racontait tout. Toujours prêt à blaguer et gentil avec tout le monde. « J’étais en vacances quand j’ai appris la mort de Zacharie en regardant le journal télévisé. J’étais vraiment anéantie et je ne voulais pas y croire » explique-t-elle. Le dernier souvenir qu’elle gardera en mémoire de Zacharie est : « le jour de la fête de fin d’année de l’école, c’était un enfant plein de vie » confie-t-elle. Elle ajoute : « je lui disais souvent de faire attention au bavardage, car l’année prochaine tu rentreras en classe de 6ème. Zacharie lui répondait : « Ne t’inquiètes pas Magaly, je vais m’y faire ». Hélas, la vie en a décidé autrement.

Pour cette rentrée, Zacharie devait entrer en 6ème au collège Jean Vigo à Epinay-sur-Seine. Durant cette marche, le circuit choisi par la famille et l’organisateur, Raphaël, est de passer devant les différents établissements scolaires de Zacharie pour lui rendre un dernier hommage. Nous commençons d’abord par le collège Jean Vigo ensuite l’école primaire Alexandre Dumas. À chaque arrêts devant ces établissements une minuit de silence est demandée.

Il y avait 200 à 250 personnes selon la police. Raphaël Goma, l’un des organisateurs de cette marche, estime plutôt le chiffre entre 450 à 500 personnes. Durant la marche, la maman de Zacharie est restée digne, malgré la douleur. Par moment, elle a laissé apparaître sa tristesse sur son visage. Les marcheurs sont arrivés, en fin de marche, à Orgemont, quartier où la famille réside. Tout le monde s’est arrêté devant le bâtiment où vit la famille, sur l’air de « Formidable » de Stromae, le titre préféré de Zacharie. Sa mère se met face aux habitants pour prendre la parole.

Autour d’elle, ses enfants et son mari ainsi que d’autres membres de sa famille la soutienne. « Je me réjouis que vous soyez là aujourd’hui, je suis tellement contente que j’ai décidé de ne pas pleurer aujourd’hui, car quand je vois ces petits anges devant moi et je me dis franchement que Zacharie est un ange. Et de la haut, Zaharie est en train de dire, ‘Ça c’est les blacks, ils veulent danser ou bien c’est quoi, mais ce n’est pas le jour de mon anniversaire’ . Franchement, je vous remercie tous d’être venus aujourd’hui. Surtout, vous les mamans, les mères de famille qui souffrent tellement. Nous portons nos enfants durant neuf mois et vous savez quoi à la fin, ces enfants ressemblent à qui, aux hommes et pas à nous. Merci d’avoir participé aux t-shirts, car cela veut dire que vous m’avez aidé pour financer les  obsèques de Zacharie ». Beaucoup de ses camarades étaient en pleurs et cherchaient du réconfort auprès de leurs institutrices ou de leurs parents.

Pendant ce temps, l’un de ses camarades regarde au ciel, comme s’il cherchait un signe de la part de Zacharie. Une cérémonie très émouvante. Durant le discours, beaucoup d’habitants n’ont pu contenir leurs larmes. D’autres ont essuyé leurs visages avec un mouchoir. De nombreuses personnes enregistraient avec leur téléphone portable ce moment afin d’en garder le souvenir. D’autres membres de la famille se sont exprimés notamment celle de la petite sœur de Zacharie. Voici les quelques mots de Fanny âgée entre 8 et 12 ans : « Merci d’être ici. Je suis la sœur de Zacharie. Dieu a pris Zacharie pour le protéger, prions pour lui afin que Dieu le protège bien. Je l’aime et je l’adore ». « Je l’aimerai pour toujours, n’oubliez jamais ça ! » ajoute -elle avec émotion en se jetant dans les bras de sa mère. À la fin de la cérémonie, les habitants se sont dirigés vers la famille pour leur dire quelques mots.

Les conclusions de l’autopsie ont été données ce vendredi, la cause du décès de Zaharie est confirmée et serait due à une malformation cardiaque non détectée.

Hana Ferroudj

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