Après avoir touché à la faim, le mois du ramadan touche à sa fin, l’occasion pour tous les musulmans de reprendre une activité culino-gastronomique normale. Enfin, pour tout ceux qui en ont les moyens, cela va sans dire. Bien loin des privations et tortures cultuelles et divines que d’aucuns s’accorde à penser, ce mois de jeûne a surtout été l’occasion de partager une même sensation, un même repas, une même prière, une même foi. C’était également le moyen de se mettre dans la peau de millions de personnes qui n’attendent pas ce mois de jeûne pour éprouver la sensation de faim. Ces démunis sont en réalité le cœur de considération des jeûneurs.

C’est aussi pourquoi tous les musulmans doivent s’acquitter d’un « impôt spécial » appelé « Zakat el-fitr » pour que leur mois de jeûne soit validé. Il s’agit d’une somme fixée en fonction des membres d’une maison (5€ par organe du foyer) ou de denrées alimentaires. C’est ainsi près de 20 à 30 millions d’euros qui pourraient être récoltés par les différentes associations humanitaires et ONG.

En pratique, cette Zakat doit être versée à partir du vingt-septième jour du ramadan et avant la prière de l’Aïd en début de matinée. Mahieddine Khelladi, directeur du Secours Islamique de France explique qu’ « en donnant aux pauvres cet impôt avant le début des cérémonies, on évite aux mendiants de se montrer ce jour-là dans la rue, préservant ainsi leur dignité, selon une recommandation du prophète de l’islam ».

Ainsi, l’argent est redistribué aux plus nécessiteux, comme l’explique Nabil, l’islam recommande de commencer par les plus proches « tu commences par toi si tu es toi même dans le besoin, puis d’abord par ta famille proche, puis ta famille éloignée, puis ceux que tu connais, etc. » En France, se sont en général les mosquées (équipées d’urnes à cet effet) et les associations humanitaires qui semblent recevoir la part la plus importante.

Le Secours Islamique récolte ainsi près de 500 000 € en moyenne par an. Cette somme est redistribuée soit sous forme d’argent, soit sous forme de colis alimentaires en France et à l’étranger. Selon les responsables de l’association, cette année les dons iront aux Territoires Palestiniens ainsi qu’au Pakistan où les inondations ont fait des ravages. C’est d’ailleurs celui pour lequel de nombreux musulmans s’acquittent de leur aumône cette année. Près de douze millions de Pakistanais sont désormais sans abris.

« Face à cette crise humanitaire, le Pakistan recevra en priorité les sommes récoltées par la section française de l’association Muslim Hands », explique Djamal Misraoui, l’un de ses responsables qui prévoit de rassembler prochainement dans une même fête les donateurs et les démunis afin de mieux percevoir ce « sens du partage contenu par la Zakat el Fitr ». D’ici là, la situation au Pakistan sera peut-être résorbée, enfin on peut toujours rêver. En attendant, l’ONU n’a de cesse de lancer des appels aux dons qui peinent à prendre « par manque de confiance ». Cette Zakat arrive donc à point nommé. Espérons qu’elle sera redistribuée équitablement, aux plus nécessiteux.

D’autres causes sont également soutenues par cette Zakat. Le comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens par exemple, le croissant rouge ou encore la Chorba pour tous récolent également quelques fruits lors de cet « impôt ». En parlant de fruits, certains musulmans estiment que cette Zakat doit être donnée uniquement sous forme de denrée alimentaire. Selon la tradition prophétique, le montant en denrée est équivalant à quatre fois la quantité que peuvent contenir deux mains en denrées alimentaires, soit aux alentours de 2 kilos de nourriture.

Traduite par « Aumône de la rupture » la Zakat Al Fitr est selon la tradition prophétique « une nourriture pour les pauvres », elle peut donc être donnée à toute personne démunie, quelle que soit son origine ou sa religion.

Widad Kefti

Widad Kefti

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