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« On est devenus chrétiens sous Clovis, on va devenir musulmans sous Macron. » Pendant de longues et pénibles minutes, les injures griffent. « Bougnoules », « singe », « bicot », « nègre »… Dans l’habitacle de son véhicule, le policier municipal César R. éructe en toute quiétude aux oreilles complaisantes de ses collègues.

La vidéo de six heures a été enregistrée le 6 novembre 2025 par la caméra-piéton dudit policier alors qu’il la croyait éteinte. La vidéo a fuité à la faveur de conflits internes au sein de la brigade de la police municipale de Carcassonne (Aude), et le quotidien Midi Libre a révélé l’affaire et des extraits vidéo le 8 septembre.

Un troupeau de brebis galeuses

En l’espace de quelques heures, le brigadier-chef principal César R. devient infréquentable. Le maire RN de la ville, Christophe Barthès, renvoie la balle à la précédente majorité et condamne des propos « à vomir et inexcusables ». Le parti de Marine Le Pen, qui comptait César R. dans son service d’ordre, s’est empressé de procéder à sa radiation et à son exclusion du parti. Louis Aliot, maire de Perpignan et vice-président du RN, a évoqué « un cas isolé ». Encore un.

C’est pourtant ce « cas isolé » qu’on voit aux côtés de Jordan Bardella, en février dernier, alors que le président du parti se rend à Carcassonne pour soutenir Christophe Barthès. D’autres photos émergent, sur lesquelles le policier municipal apparaît aux côtés de figures frontistes, notamment lors d’un déplacement de Marine Le Pen à Narbonne durant la campagne présidentielle de 2022.

D’autres « cas isolés » sont aujourd’hui sur le devant de l’actualité. Loïk Le Priol et Romain Bouvier sont jugés devant la cour d’assises de Paris pour le meurtre du rugbyman argentin Federico Martín Aramburú. Ces deux militants du GUD (Groupe union défense, un groupuscule d’extrême droite connu pour ses méthodes violentes) ont vu leur lien avec le Rassemblement national décortiqué dans la presse.

La mythe de la dédiabolisation

Il n’y a pas de dédiabolisation qui tienne face à l’épreuve des faits. Ces longues minutes de dégueulis verbal racontent crûment l’histoire d’une ville dans laquelle un candidat d’extrême droite a conquis le poste de premier magistrat. Le Rassemblement national au pouvoir, nous y voilà. Cette affaire est plus instructive qu’un énième scandale raciste au parti à la flamme : elle offre un aperçu, à l’échelle municipale, de ce que produit l’extrême droite quand elle exerce le pouvoir.

Le sujet n’est pas seulement ce que disent les responsables du RN ou leurs ouailles. C’est ce que leurs idées autorisent lorsqu’elles deviennent des politiques publiques, et ce que leur accession au pouvoir libère chez ceux qui les attendaient.

Une violence déjà politique

Les violences racistes au sein des forces de l’ordre n’ont évidemment pas attendu l’arrivée du RN au pouvoir. Elles sont anciennes, documentées et structurelles. L’an dernier, nous documentions avec Bastamag la hausse des homicides policiers depuis la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré en 2005. Il en ressort qu’en vingt ans, le nombre annuel de décès imputables directement ou indirectement aux forces de l’ordre a plus que doublé.

Les violences policières naissent quelque part : les politiques publiques peuvent les contenir, les sanctionner ou, au contraire, créer les conditions de leur aggravation. Dans le cas des décès à la suite d’un refus d’obtempérer, les chiffres sont édifiants. Après la loi de 2017 élargissant l’usage des armes des policiers, notamment face à un véhicule en fuite, une multiplication par six du nombre de tirs mortels sur des véhicules a été observée.

L’extrême droite n’a pas encore conquis l’Élysée, mais ses idées ont déjà largement pénétré le débat public et certaines politiques publiques. Marine Le Pen promet d’interdire le voile dans l’espace public si elle accède au pouvoir. Aujourd’hui déjà, les femmes musulmanes voilées figurent parmi les premières victimes de la recrudescence des discriminations et des agressions liées à la religion. L’enjeu d’une arrivée du RN au pouvoir n’est donc pas seulement de savoir ce qui apparaîtrait alors, mais ce qui changerait d’échelle.

À l’approche de la présidentielle, la question revient en boucle : à quoi ressemblerait une France avec le RN au pouvoir ? À Carcassonne, la question n’est déjà plus tout à fait théorique.

Héléna Berkaoui

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