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Le pape ne passera pas à Bondy ce week-end dans le cadre de son déplacement en France. L’histoire aurait pu s’arrêter là. Cet article aussi. Ici, personne n’était étonné, au départ. Ce n’est pas comme si on s’attendait à le croiser au Harry’s café. Seulement, certains de nos confrères ont du temps, a priori, et des préjugés à entretenir, surtout.

Tenons-nous-en aux faits, d’abord. Cela n’a pu échapper à personne, le pape Léon XIV est en France. Plusieurs étapes sont prévues, à Paris, en Seine-Saint-Denis, à Lourdes et à Metz. En Seine-Saint-Denis, il s’est rendu vendredi soir au Stade de France, à Saint-Denis.

Au cours des préparatifs de cette visite, l’idée d’une étape en banlieue avait été envisagée, notamment pour aller à la rencontre de personnes « en situation de précarité ». Parmi les itinéraires étudiés, Bondy a été évoquée, mais l’option n’a finalement pas été retenue. Le Grand Paris porte bien son nom : il faut faire des choix. Jusque-là, rien de très croustillant.

Mais, lundi 14 septembre, La Croix publie un article consacré à la préparation de cette visite. On peut y lire : « À Bondy, deux points de deal étaient installés à l’endroit exact où le pape devait se rendre. Les services ont freiné ».

Bondy, drogue, insécurité : le récit est tout trouvé

Et là, changement d’ambiance. La boule de neige prend malgré le réchauffement climatique. Plusieurs médias nationaux reprennent l’information. Certains prennent des précautions avec du conditionnel ou des points d’interrogation, mais le raccourci est installé : Bondy / le pape / sécurité / drogue.

À ce stade, Bondy n’est plus une étape envisagée puis écartée. Bondy est devenue l’endroit où le pape n’est pas allé à cause de la drogue.

Jean-Marc Morandini titre sur « l’incroyable décision des autorités » qui auraient modifié le parcours du pape pour lui faire éviter les points de deal de Bondy. Le Midi Libre demande de son côté : « Le pape Louis XIV (sic) effrayé par les points de deal ? ». Un sujet également traité par France info, BFM, Frontières, Le Parisien, le JDD, Valeurs actuelles, France 3, Europe 1, RMC, Cnews, entre autres.

Paris Match publie un carrousel sur Instagram avec cette formule surprenante : « Le maire de Bondy, Stephen Hervé, a tenu à régler ça à la source : “C’est faux !” a-t-il indiqué à BFMTV, en précisant qu’il avait téléphoné au Pape lui-même pour s’en assurer ». Une information évidemment fausse, le maire de Bondy, Stephen Hervé, n’a évidemment pas de ligne directe avec le Vatican.

Il a par contre affirmé que l’étape n’a pas été retenue pour des raisons logistiques et de contraintes de temps, dans une journée déjà particulièrement chargée pour Léon XIV. La Conférence des évêques de France a confirmé cette version.

Pendant ce temps-là, dans la vraie vie

Soyons clairs, des points de deal existent à Bondy, comme dans beaucoup de villes. Des contraintes de sécurité sont importantes lors d’un déplacement pareil. Mais entre « il y a des points de deal » et « le pape ne vient pas à cause des points de deal », il y a une différence. Établir un lien de causalité entre ces deux informations est un choix éditorial dangereux. Une nuance s’est perdue en route, comme souvent quand on parle de quartiers populaires.

Pourtant, si on décide de raconter Bondy par la logistique, il y a des choses à dire. Depuis mi-août, le carrefour de Bondy-Nord est fermé à la circulation après la casse d’une canalisation d’eau, avec des travaux de voirie qui ont prolongé les difficultés de circulation. Depuis le printemps dernier, les travaux du Grand Paris Express sur la RN3 et le pont de Bondy rendent la circulation très difficile.

On ne saura donc jamais ce qu’aurait pensé Léon XIV de Bondy. De ses habitants, de ses commerces, de ses églises, de ses bouchons ou même de ses points de deal. Ce qu’on ne sait que trop bien, c’est que certains confrères n’ont pas eu besoin d’y venir pour savoir exactement ce qu’ils voulaient y trouver.

Sarah Ichou

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