Samedi 21 avril, alors que la campagne officielle est terminée, des tentes sont érigées sur le marché de Suresnes, dans les Hauts-de-Seine. Des tentes pas comme les autres puisqu’un groupe de militant UMP y est logé, avec des affiches de Nicolas Sarkozy plantées comme décor. Pourtant la règle veut que la campagne s’arrête la veille à minuit. Xavier Iacovelli, le chef de l’opposition socialiste à Suresnes est prévenu par des habitants de la ville. Habitant le haut de Suresnes, il contacte un photographe amateur qui habite non loin des lieux pour constater au plus vite la violation du code électoral. Najib Slassi, jeune sympathisant PS, vient donc prendre quelques clichés. Ces images viendraient appuyer le dossier des pouvoirs publics pour prouver leur illégalité.

Le marché est situé juste en bas du domicile de jeune photographe. Il se rend sur place, « prends des photos et commence à me diriger vers mon domicile », raconte-t-il. Il quitte la place du marché quand il s’aperçoit qu’il est suivi par deux hommes de corpulences différentes. L’un est âgé d’une cinquantaine d’années, l’autre plus jeune, d’après ses dires. Il s’agit de Louis Michel Bonne, élu municipal délégué au  protocole, et de Yohan Corvis, président des Jeunes UMP de Suresnes. Les deux hommes lui demandent pour quelle raison il prend ces clichés. Le photographe leur dit la vérité, « qu’ils sont dans l’illégalité » et que ce sont ces images qui le prouveront. Ils se défendent de ne pas distribuer de tracts et que par conséquent ils ne sont pas en infraction. Ils invoquent ensuite le droit à l’image et menacent le jeune homme d’alerter la police. Celui-ci se disant dans son bon droit, les incite à le faire. Continuant son chemin, il se retrouve de nouveau face à eux.

N’ayant pas obtenu les clichés par le calme, Najib Slassi raconte que c’est par la violence que les deux hommes cherchent à les récupérer. Louis Michel Bonne, qu’il décrit comme «  un homme de forte corpulence », l’attrape par le col et le bras puis le plaque au sol pour tenter de récupérer l’appareil. « Ils m’ont demandé qui j’étais et m’ont empêché de rentrer chez moi. Ils m’ont jeté au sol. Louis-Michel Bonne m’a insulté, molesté tandis que Yohann Corvis m’immobilisait et prenait des photos avec son portable. Je protégeais mon appareil photo, qu’ils voulaient récupérer » raconte-t-il. Il raconte avoir réussi à se dégager et à se lever une première fois. L’instant d’après, ils se seraient mis à deux pour s’emparer du Reflex. Najib Slassi leur lance « ne me retouchez pas », tandis que des personnes autour commencent à lui crier « sauve-toi, ne reste pas là ! » Pourtant personne ne cherche à venir à son aide, précise-t-il. Najib Slassi, ce boxeur qui pratique depuis trois ans, aurait pu très bien se défendre mais a préféré garder son calme : « je ne souhaite pas répondre à la violence par la violence ».

Najib Slassi raconte qu’il finit par se dégager et se diriger directement vers le commissariat situé à quelques pas. On lui indique qu’il faudrait faire constater les coups avant de porter plainte. Il se rend donc à l’hôpital Foch accompagné de la Police Nationale afin de faire constater les coups. Le certificat médical établi indique une « contusion cervicale » ainsi qu’une « ecchymose » au bras gauche « dont l’aspect est compatible avec des empreintes de doigts ». Résultat des courses : trois jours d’interruption temporaire de travail. Il porte donc plainte pour agression aggravée, coups et blessures, et tentative de vol.

« Suite à cet incident, tous les militants ont retiré les tentes », raconte Najib Slassi. Entre temps, la mairie de Suresnes envoie à la presse un communiqué pour donner sa version des faits. Dans le même temps, je reçois un communiqué de presse de Loïc Degny, délégué UMP de Suresnes, qui donne une toute autre version. L’UMP y accuse le PS de « calomnie et manipulation au détriment du débat d’idées » et dénonce cette agression comme « un coup monté ». Les militants UMP dont il est question ont  par ailleurs porté plainte pour diffamation, toujours d’après ce communiqué. De plus il est donné une description tout autre de L. Michel Bonne qui est dépeint comme « un sexagénaire, amoindri par la maladie et un traitement quotidien en milieu hospitalier depuis de longs mois ».

Malgré le démenti des élus sur une quelconque propagande, Najib Slassi affirme qu’il s’agissait de « militantisme pure ». Le parti majoritaire quant à lui risque une amende de 3 750 euros en cas d’actes de propagande électorale. L’élu nie aussi avoir porté toute violence au jeune homme. Celui-ci détient pourtant un certificat médical délivré par l’hôpital de Garches attestant de coups portés à son encontre. Ce sont des témoins qui ont identifiés les dits agresseurs dont le photographe ne connaissait pas le nom. Dans cette histoire, ce sympathisant exprime surtout sa surprise face à « cet accès de violence de la part d’élus ». Il dénonce une « violence aberrante » avec un « manque d’esprit républicain » dont il faut dénoncer « un tel agissement ».

L’affaire est actuellement en cours. A quelques jours du deuxième tour, la « guerre » des deux camps a localement fait rage.

Chahira Bakhtaoui

Photos : Najib Slassi

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