Elsa Faucillon n’est pas née avec une cuillère d’argent dans la bouche, mais avec des tracts syndicaux dans les mains. Issue de ce qu’elle appelle « la petite classe moyenne », elle voit le jour à Amiens en 1981, puis y passe la première partie de sa vie, avec ses parents et son grand-frère – de cinq ans son aîné.

Son père était technicien en mairie, et sa mère agente de la Sécurité sociale. Mais pour Elsa Faucillon, « c’était avant tout des syndicalistes ». Alors chez les Faucillon, à table, on parle politique ! Ses parents, engagés au Parti Communiste et à la CGT, ont cherché à lui transmettre la fibre militante : « Les manifs du 1er mai ou les Fêtes de l’Huma, je ne pense pas en avoir loupé beaucoup depuis ma naissance. Parfois, avant d’aller à l’école, mes parents m’emmenaient même distribuer des tracts dans les usines amiénoises. Mais bon, ce n’était pas trop mon truc. »

Quand on est enfant de communistes, la politique finit toujours par nous rattraper.

À l’âge de huit ans, ses parents se séparent : Elsa Faucillon déménage alors à Colombes dans les Hauts-de-Seine, avec sa mère et son frère. Elle grandit au quartier des Quatre-chemins, et s’éloigne de plus en plus du militantisme : « Je ne voulais surtout pas vivre comme mes parents, parce que je trouvais que leur engagement demandait un temps fou. »

Après son baccalauréat littéraire, elle fait des études d’art à l’Université Paris-I Panthéon-Sorbonne, où elle se spécialise dans l’organisation d’expositions sur l’art contemporain. Son objectif ? Bosser dans le milieu culturel. On est alors loin, très loin du militantisme. Mais quand on est enfant de communistes, la politique finit toujours par nous rattraper.

L’entrée dans l’arène politique

Début 2006, la droite est au pouvoir. Dirigé par Dominique de Villepin, le gouvernement souhaite mettre en place un contrat d’embauche spécifique pour les jeunes de moins de 26 ans, avec une période d’essai de deux ans – contre huit mois pour les CDI classiques. Selon la rhétorique chiraquienne, le CPE – le « contrat première embauche » – doit permettre de favoriser l’emploi des jeunes. La gauche est très critique vis-à-vis de celui-ci, dénonçant un contrat qui permet à l’employeur de licencier son jeune salarié à tout moment et sans motif pendant deux ans.

Dans les universités, la jeunesse s’embrase. Parmi les insurgés, on retrouve Elsa Faucillon : « J’ai participé activement à la lutte contre le CPE dans ma fac. Avec mes camarades, on l’a occupée jours et nuits, pendant plusieurs semaines. Cette bataille victorieuse a été le déclic. Peu de temps après, j’ai adhéré au Parti communiste. J’avais vraiment l’intuition que c’était dans ce parti qu’était ma place, notamment parce qu’il avait beaucoup soutenu les étudiants, et puis aussi du fait de mon contexte familial. Mais à cette époque, je ne pense pas du tout à me présenter à quelques élections que ce soit, je me dis juste que je vais militer pour défendre les causes qui me tiennent à cœur. »

De fil en aiguille, je suis devenue responsable de la communication de la « Fédé » en 2010, puis j’ai été nommée en 2013 secrétaire départementale du PCF.

Après l’obtention de son master de médiation culturelle en 2006, Elsa Faucillon s’installe à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), dans le quartier des Grésillons. Elle continue de militer pour le PCF, tout en enchaînant les CDD et les stages dans le monde de la culture. Elle a du mal à joindre les deux bouts, et connaît alors « beaucoup de précarité ». Jusqu’au jour où un membre de la Fédération des Hauts-de-Seine du Parti Communiste lui propose un poste de communicante : « Tout se passe ensuite à une vitesse folle. De fil en aiguille, je suis devenue responsable de la communication de la « Fédé » en 2010, puis j’ai été nommée, en 2013, secrétaire départementale du PCF. Un an après, j’ai été élue conseillère municipale à Gennevilliers, et une année plus tard, conseillère départementale. »

Du terrain, du terrain et encore du terrain. Elsa Faucillon s’est « éclatée » dans son rôle de conseillère municipale : « Les gens venaient me voir pour des préoccupations très concrètes. Au fur et à mesure, j’ai noué des liens de grande proximité avec les Gennevillois. » C’est en tant qu’élue municipale qu’elle a fait ses premiers pas en politique. Un mandat « particulièrement formateur », qui lui a « beaucoup servi » pour préparer la « reconquête ».

Législatives en 2017 : faire campagne dans une gauche divisée

« Longue, ardue, mais surtout passionnante » : c’est ainsi qu’Elsa Faucillon qualifie sa campagne législative de 2017. Investie par le Parti communiste dans la première circonscription des Hauts-de-Seine, elle a été confrontée à un enjeu de taille : reconquérir un bastion historique du parti. Cette circonscription, historiquement communiste, avait été emportée en 2012, par le socialiste Alexis Bachelay.

Il était hors de question que je réapparaisse comme une fleur, cinq ans après mon élection, en leur demandant de me réaccorder leur confiance.

Ayant débuté sa campagne très tôt, la candidate avait dû la mener en parallèle de celle de la présidentielle. En 2017, « insoumis » et communistes ne faisaient qu’un, unis autour de la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Pour les législatives, les deux forces politiques n’avaient néanmoins pas prolongé leur union. Elsa Faucillon s’était donc retrouvée face à ceux avec lesquels elle avait longuement milité quelques semaines auparavant dans les rues de Colombes, de Gennevilliers et de Villeneuve-la-Garenne. « L’après-présidentielle a été très douloureuse pour moi parce que j’étais parmi ceux, chez les communistes, qui étaient pour l’union avec les « insoumis ». Les habitants de la circo ont eu du mal à comprendre cette division, qui a renforcé la difficulté de cette grande bataille. »

Elsa Faucillon, députée de la circonscription est présente en mai 2018 à un rassemblement devant la Préfecture des Hauts-de-Seine, en soutien aux familles du 115 sorties de l’hébergement d’urgence.

Malgré cela, les rouges ont vaincu : Elsa Faucillon a été propulsée au palais Bourbon. Non seulement comme représentante d’une circonscription historiquement communiste, mais aussi comme seule députée de gauche du département le plus riche de France : « Quand j’ai appris que j’avais gagné le second tour face au candidat macroniste, j’étais évidemment très heureuse que les citoyens m’aient fait confiance. Mais j’étais aussi consciente de l’immense responsabilité qui m’incombait. »

Une fois le Graal obtenu, pas question de chômer. La jeune députée s’active pour porter les revendications des habitants des villes populaires qu’elle représente à l’Assemblée nationale. Elle tient des permanences d’élue, fait des réunions publiques, se rend chaque vendredi matin dans une école de la circonscription, va à la rencontre des habitants dans les marchés, participe aux fêtes de quartiers… Le tout, pour « garder un lien très fort » avec celles et ceux qu’elle représente : « J’estime qu’un mandat n’a aucun intérêt si on ne rend pas régulièrement des comptes à nos électeurs. Il était hors de question que je réapparaisse comme une fleur, cinq ans après mon élection, en leur demandant de me réaccorder leur confiance. »

Vers un second mandat ?

Cinq ans de vie parlementaire, ça change une personne. La communiste estime avoir beaucoup appris au cours de son mandat de députée. L’expérience accumulée, elle en est certaine, lui permettra de représenter au mieux les intérêts des habitants et habitantes de sa circonscription dans l’hémicycle. Alors, dès janvier, elle s’est mise à faire campagne pour sa réélection.

Une réélection dans le cadre de la NUPES cette fois-ci. « Ce combat pour l’union, je le mène depuis très longtemps, parce que c’est à mes yeux une véritable source d’espoir. C’était pourtant inespéré, après cette élection présidentielle où chacun a fait cavalier seul. Aujourd’hui, on se sert tous les coudes pour mobiliser les électeurs de gauche et espérer faire de ces élections législatives un troisième tour gagnant. » Un troisième tour dans lequel elle se positionne en tête avec 54,26 % des voix. Elle affrontera dimanche prochain la candidate de l’opposition présidentielle, Marie-Ange Badin (LREM) qui a obtenu 20,17% des voix.

« Mais après cela, tout l’enjeu sera de réussir à faire perdurer cette NUPES dans le temps, car il ne faut surtout pas qu’elle soit réduite à un simple accord électoral », conclue-t-elle.

Face à elle, il n’y aura donc ni socialistes, ni « insoumis », ni écolos : les ennemis d’hier sont les alliés d’aujourd’hui.

Ayoub Simour.

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