« On vise le strike » lance sur les coups de midi, à la sortie de la préfecture de Bobigny, Raquel Garrido, candidate NUPES dans la 5ème circonscription de Seine-Saint-Denis (qui rassemble Bobigny, Drancy et Le Bourget). Un « strike » pour gagner les 12 circonscriptions sur 12 de Seine-Saint-Denis dans lesquelles la NUPES (Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale) présente un·e candidat·e.

Dans ce département où Jean-Luc Mélenchon a atteint des scores historiques, en arrivant en tête dans 37 villes sur 40 au premier tour de l’élection présidentielle, la confiance se ressent dans les rangs de la NUPES (Nouvelle Union Populaire Ecologiste et Sociale) qui déposaient ce 18 mai leurs 12 candidatures aux élections législatives en préfecture de Seine-Saint-Denis.

Sur le parvis de la préfecture, les 12 candidat·e·s se prêtent au jeu des photographes, avec les mots d’Alexis Corbière, député la France Insoumise, qui les présente en même temps que les circonscriptions dans lesquelles ils et elles sont investi·e·s. Pochette jaune sous le bras, sourire aux lèvres, Raquel Garrido (avocate et conseillère municipale de Bagnolet) commente : « Le troisième tour prend beaucoup de sens ici, et le fait qu’aujourd’hui on soit ensemble c’est fort. On veut afficher un visage conquérant », affirme-t-elle. « En Seine-Saint-Denis tout le monde a voté Mélenchon. Les gens ne comprennent pas pourquoi il n’est pas président ! »

Raquel Garrido, candidate NUPES dans la 5ème circonscription de Seine-Saint-Denis, qui vient de déposer les 12 candidatures à la préfecture de Bobigny.

Pas d’effervescence pour la NUPES mais toujours un espoir dans la personne de Jean-Luc Mélenchon

Assis à l’ombre des arbres, chemise bleu et pantalon chino à carreaux, Samir* attend, un peu stressé, l’heure de son entretien de naturalisation à la préfecture de Bobigny. Il regarde de loin cet évènement ou il a reconnu le député de la 7e circonscription de Seine-Saint-Denis, Alexis Corbière, qu’il a « déjà vu à la télé ». Venu d’Algérie, en France depuis 6 ans, il vit à Noisy-le-sec : « J’aurais aimé voter Mélenchon. J’aime bien sa politique parce qu’il aide les plus démunis. L’augmentation du SMIC, la retraite à 60 ans, sa politique internationale aussi. »

Bien qu’il s’intéresse à la politique et espère qu’une cohabitation sera possible avec Jean-Luc Mélenchon, c’est « une deuxième chance » dit-il, l’acronyme NUPES ne lui dit rien. « J’ai entendu parler que la gauche voulait se rassembler. Je pense que cette fois si les gens vont voter ». 

Samir*, algérien de 34 ans qui attend son rendez-vous de naturalisation à la préfecture de Bobigny, à quelques mètres du rassemblement de la NUPES.

Des candidat·e·s qui revendiquent l’implantation locale, face à la méfiance de la politique des habitant·e·s du 93

Quelques mètres plus loin, impossible de louper la baraque à crêpes et beignets devant laquelle tout le monde passe pour aller à la préfecture. Mehdi, 19 ans, balbynien, y sert les cafés et les granitas sous un soleil de plomb. Il a voté pour la première fois à l’élection présidentielle il y a quelques semaines, pour le candidat de la France Insoumise, qu’il espère voir devenir premier ministre. « J’aurais aimé qu’il passe. Mais c’est aussi parce que ma mère et ma sœur m’ont dit que c’était obligé de voter. Ça compte pour avoir un appartement » argumente-t-il. « Depuis que Mélenchon a parlé à la présidentielle, les gens sont plus intéressés. Il a promis d’augmenter les paies. »

Moi je ne suis pas arrivée en parachute, je suis arrivée en avion à 14 ans. 

Malgré tout son attachement à Jean-Luc Mélenchon, le jeune votant confie ne pas connaître la candidate Raquel Garrido, élue à Bagnolet, qui se présente sur sa circonscription à Bobigny (qui inclut Drancy et le Bourget). Un constat qui met en relief le mécontentement de plus en plus de militants politiques issus de quartiers, notamment en Seine-Saint-Denis, face à une NUPES critiquée pour son absence de représentativité et son manque d’ancrage local. Et le mot parachutage n’est plus un tabou.

Pendant que tous et toutes lèvent les doigts en V en signe de victoire pour les dernières photos de presse et vidéos Tik Tok, Clémentine Autain lance timidement un slogan : « On est là, même si Macron ne veut pas nous on est là ». Ce signe devant la préfecture de Bobigny, un passage obligé pour beaucoup d’habitant·e·s du 93 a une portée symbolique pour ces candidat·e·s qui revendiquent une implantation locale.

Si on parle des Noirs et des Arabes, je suis d’accord. Je pense qu’il faut plus de Noirs et d’Arabes à l’Assemblée.

Face aux critiques de parachutage, la candidate de la 5ème circonscription (Bobigny, Drancy et Le Bourget), Raquel Garrido conseillère municipale à Bagnolet, a la formule : « Moi je ne suis pas arrivée en parachute, je suis arrivée en avion à 14 ans. Et je suis devenue française à 35 ans. C’est à l’image des parcours de Seine-Saint-Denis, dit la candidate, nos enfants sont à l’école en Seine Saint Denis. On habite tous ici. Quand on en parle, on parle de chez nous. »


Cécile Gintrac, géographe engagée à Saint-Denis, confie son désarroi face à la photo officielle de la NUPES en Seine-Saint-Denis. 

Au-delà de la photographie des candidats qui fait réagir, la question de la représentativité des candidats à leur réélection ainsi que des nouveaux investis pose question dans un département où plus de 60 % de la population est immigrée ou descendante d’immigrés.

Interrogée sur l’accusation de manque de représentation de personnes issues des quartiers populaires au sein des listes NUPES, elle répond : « Quand on parle de quartiers populaires, de quoi parle-t-on ? Est ce qu’on parle de l’ethnie ? Si on parle des Noirs et des Arabes, je suis d’accord. Je pense qu’il faut plus de Noirs et d’Arabes à l’Assemblée. L’injustice se voit à l’œil nu ». 

Ce 17 mai, les 12 candidat·e·s de la NUPES se sont réunis devant la préfecture de Bobigny pour montrer un visage uni et déterminé à l’approche des élections législatives.

À Bobigny Pablo Picasso, une artère du 93 où se croisent le Tram 1, la ligne de métro 5 et des bus qui traversent les villes de banlieues, Lila, 30 ans, attend le bus avec son amie Soumia et sa fille. « A l’élection présidentielle on était obligés de voter. Mais sinon je ne vote pas, je n’ai plus confiance dans la politique. Pour moi c’est tous les mêmes », commence Lila, en télétravail depuis le Covid et menacée de licenciement.

Les listes dissidentes face à la NUPES

Assise sur un banc avec deux collègues pour déjeuner au soleil, Laetitia Rigaudière, suppléante du candidat Aly Diouara, qui se présente sous la bannière citoyenne La Seine-Saint-Denis au Cœur, une liste sans étiquette, dans la 4e circonscription – La Courneuve, Stains, Dugny et Le Blanc-Mesnil – regarde la scène de loin : « Avec Aly Diouara on est allés déposer notre candidature lundi, discrètement. Je trouve que c’est bizarre de mettre en place ce comité », dit-elle.

J’en avais marre des communistes, marre de la droite.

« Ils s’intéressent à nous seulement pendant les élections, ils ont besoin des votes des quartiers populaires. Tout au long de l’année qu’est ce qu’ils font ? Mais on est des acteurs de nos quartiers ! Peu importe le résultat je ferai toujours partie des quartiers populaires et de mon quartier », rétorque cette habitante née au Blanc-Mesnil. Employée dans les finances publiques et militante associative, elle s’implique politiquement dans sa ville depuis plusieurs années, comme assistante du maire Didier Mignot. « J’en avais marre des communistes, marre de la droite », justifie celle qui compte bien faire jouer la carte de la dissidence avec Aly Diouara.

Un choix fort, dans une circonscription où le maire communiste de Stains, Azzedine Taïbi, vice-président du Parlement de l’Union Populaire, a lui aussi annoncé se présenter face à la communiste Soumya Bourouaha investie par le parti communiste, dans le cadre des accords nationaux de la NUPES.

A Bobigny comme ailleurs en Seine-Saint-Denis, certains gardent espoir dans cette gauche qui s’unit et iront voter, d’autres assumeront le choix de la dissidence le 12 et 19 juin prochain. L’effervescence autour de la personne et du programme de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de l’élection présidentielle résistera-t-elle aux critiques et à l’abstention ? C’est encore un long chemin qui attend la NUPES pour convaincre ces citoyen·ne·s de rejoindre les urnes.

Anissa Rami

Articles liés

  • Le problème Roussel des élus des quartiers populaires

    Dans l’ancienne banlieue rouge, les élus locaux du PCF sont légion à serrer les dents face aux sorties réactionnaires de leur secrétaire national. L’omniprésence médiatique de Fabien Roussel et son éloignement manifeste des fondamentaux du parti commencent à être ouvertement critiqués. (Un article d'abord publié chez Mediapart, dans le cadre de notre partenariat).

    Par Héléna Berkaoui, Olorin Maquindus
    Le 04/10/2022
  • Gérald Darmanin à Mayotte : face à la détresse sociale, la répression comme seule réponse

    Lors d’une visite à Mayotte, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur et des Outre-mer, a annoncé la couleur du quinquennat à venir. Restriction du droit du sol, enfermement d’enfants encadrés par des militaires et armement de la police comme seules réponses face à la montée de la violence dans le département le plus pauvre de France. Joao Gabriel, doctorant en histoire, et Bastua Soimadoune, militante mahoraise, analysent, pour le Bondy Blog, ces annonces.

    Par Anissa Rami
    Le 05/09/2022
  • Alter-votants : remettre le droit de vote des étrangers au cœur du débat public

    #BestofBB En France, les droits des étrangers s’arrêtent à la porte des bureaux de vote. Pour lutter contre ce péril démocratique, la plateforme Alter-votants a vu le jour en 2016, pour mettre en relation des votant·e·s français·e·s avec des personnes étrangères. L'idée : faire entendre la voix de tous les résident·e·s en France et remettre au cœur du débat le droit de vote des étrangers, promis depuis bientôt 50 ans sans jamais être acté.

    Par Margaux Dzuilka, Emilie Duhamel
    Le 01/09/2022