Pourquoi Hervé Morin s’est-il rendu jeudi 27 mai en Seine-Saint-Denis, plus précisément à Bondy ? Il a dit ce jour-là qu’il venait en qualité de président du Nouveau Centre. Les présidentielles de 2012, c’est après-demain, il est donc temps pour lui de prendre le pouls de la France, et en particulier celui des banlieues made in 93. Précédé par le Service de protection des hautes personnalités (SPHP) incarné par un homme en costume cravate, style Men in Black, Hervé Morin est arrivé un peu avant 20 heures dans les locaux du Bondy Blog, costume gris, chemise bleue, cravate claire, montre Chanel J12 au poignet, Blackberry en poche. Visiblement à l’aise, il a commencé par serrer la main de tout le monde puis s’est fait expliquer le déroulement des « festivités ».

Censée rompre avec les clichés sur la jeunesse, une slameuse, Sophia Malou, a accueilli le ministre par un slam intitulé « La fierté des miens ». Ensuite les journalistes alors présents pour la conférence de presse ont pu poser les questions qu’ils ont voulu au ministre. Puis Hervé Morin s’est éclipsé une dizaine de minutes avec deux Bondy-bloggeurs pour une interview exclusive. C’est seulement après cette interview que le ministre a rejoint les participants de la table ronde qui l’attendaient patiemment.

Hervé Morin a enfilé ses lunettes en écailles et le tour de table a commencé. Deux boxeurs, Enoch Effah, triple champion de boxe française, et Florent Le Gaonachont ont détaillé le projet de leur collectif, 13e round, une association basée dans le 13e arrondissement de Paris. Ils ont mis en évidence l’importance, à leurs yeux, pour les jeunes gens à la recherche d’un emploi, de développer un réseau (l’activité de Networking). Leur collectif vise à favoriser cette activité en organisant des rendez-vous réguliers entre des jeunes gens à la recherche d’un emploi et des « recruteurs » (DRH, chef d’entreprises, etc.) à l’occasion de la pratique sportive.

Ensuite Aïssatou, qui est titulaire d’un master en commerce international et actuellement en recherche d’emploi, a présentée son projet. Fraîchement revenue des Etats-Unis et convaincue de l’importance de découvrir d’autres cultures de travail, elle souhaite mettre en œuvre un dispositif permettant de développer une expérience à l’étranger. Son projet est moins avancé que celui d’Enoch et de Florent mais la volonté est présente. Le président du Nouveau Centre, menton placé dans la paume de sa main, semble très à l’écoute, pose des questions pour obtenir plus de précisions.

Hamza, doctorant, spécialiste en finance islamique, monopolise la parole pendant un bon moment au cours duquel il évoque son parcours : il habitait à Villetaneuse et pour lui se rendre à Epinay était déjà une aventure en soi. Etudiant en économie, il a effectué un nombre impressionnant de stages aussi bien dans des établissements de crédit qu’à la Banque de France et même au FMI. Hervé Morin glisse alors qu’il est camarade de promo à Sciences-po Paris du président de la Société Générale. Hamza, lui, cherche des financements pour achever sa thèse. En parallèle, il s’investit dans une association : Association Génération Lumière (AGL) qui délivre un enseignement d’arabe littéraire et d’anglais après les heures d’école. Pour lui, la réussite professionnelle passe par la réussite scolaire.

Le tour de table continue et c’est maintenant Linda qui prend la parole. En master 2 de psychologie, elle se spécialise sur les questions de l’autisme. Elle annonce d’emblée qu’elle n’a pas de projet ou d’action à décrire mais elle n’en souhaite pas moins attirer l’attention du ministre sur la situation des autistes en France et « le manque de moyens » pour leur prise en charge, ce qui, déplore-t-elle, n’aide pas à leur acceptation par le grand public. Elle a d’ailleurs eu du mal à trouver une structure pour réaliser son stage. Hervé Morin lui propose de le réaliser dans sa ville, Epaignes, dans l’Eure. Mais trop tard, Linda en a trouvé un à Aulnay-sous-Bois (93) !

Hayette vient du 62, le Noooord, comme dans « Bienvenue chez les Ch’tis ». Originaire de Grande-Synthe, près de Dunkerque, elle effectue un master de recherche en sociologie à Paris et réalise une étude sur la scolarité en milieu populaire et urbain et sur la carte scolaire. Elle souligne que la réforme de la carte scolaire semble avoir en réalité exacerbé la distinction entre bons et mauvais établissements.

Le ministre réagit. Il demande à l’assemblée ce qu’elle pense du bussing, cette pratique tirée d’une expérience de sociologues américains, explique-t-il, qui consiste à sortir les élèves en difficulté pour les emmener, en bus, dans de meilleurs établissements. Les réactions sont partagées. Pourquoi pas, mais peut-on mettre cela en œuvre pour tous les « mauvais établissements » ?

Le dernier intervenant est d’origine turque. Sélami, doctorant en philosophie (une étude comparative de la Bible et du Coran). Un peu pressé par le temps, il est presque 23 heures, il demande une interview au ministre car il travaille également pour un journal d’information religieuse.

Que retiendra le président du Nouveau Centre de cette rencontre ? A quels dispositifs songera-t-il pour remédier aux carences observées ? Suspense… La réponse en 2012 peut-être.

Juliette Joachim

Lire ou relire l’interview accordée par Hervé Morin au Bondy Blog : Il-n-y-a-pas-de-diversite-chez-les-officiers-de-l-armee

Juliette Joachim

Articles liés

  • Au NPA : « on n’est pas idéalistes, on est révolutionnaires »

    Pour son premier meeting de campagne présidentielle, Philippe Poutou, le candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste, avait donné rendez-vous à ses soutiens dans le 20ème arrondissement de Paris, jeudi 21 octobre 2021. Enflammés par des slogans de manifestation, les jeunes militants du parti prônent l'utilité des "petites luttes" du quotidien, plutôt que le vote utile, déjà dans toutes les têtes.

    Par Meline Escrihuela
    Le 22/10/2021
  • A la recherche des 500 signatures pour Anasse Kazib

    La course à la présidentielle passe nécessairement par l'étape des 500 signatures de parrainage d'élus pour pouvoir concourir au premier tour. Si pour certains candidats, ce n'est pas une question, pour d'autres comme Anasse Kazib, c'est déjà un premier combat à mener. Anissa Rami a suivi ses militants sur le terrain pour comprendre cette autre lutte d'influence. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 06/10/2021
  • Zemmour : qu’importe le racisme pourvu qu’on ait l’audience

    Une nouvelle étape a été franchie dans la légitimation des propos racistes d'Eric Zemmour. Elle est venue d'un candidat de gauche, et d'une chaine d'information en continu, lors du face à face entre Zemmour et Melenchon sur BFM, jeudi 23 septembre dernier. Personne n'attendait de débat sur des propositions de fond concernant la précarité, la santé, ou encore la justice. Il n'a pas eu lieu. À la place, l'insulte, l'humiliation et la xénophobie devenus programme validé dans la course à la présidentielle. Édito.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 24/09/2021