Il est à peine 14 heures et une file interminable entoure déjà le Parc des expositions du Bourget. Des voitures klaxonnent, des centaines de drapeaux français sont brandis et les sympathisants patientent devant l’immense salle où doit se tenir le meeting de Jean-Luc Mélenchon.
« Je suis venu parce que j’en ai marre de la situation en France. Je sais que Mélenchon a de beaux arguments pour changer les choses. » Pour son premier meeting, Amine, 26 ans, originaire du Val-d’Oise, a bravé les perturbations ferroviaires pour venir « apporter sa pierre à l’édifice ».
À l’intérieur, les morceaux de Tiakola, d’Aya Nakamura ou encore du Triangle des Bermudes résonnent dans les enceintes. Dans la foule, particulièrement jeune, on chante et on danse en attendant le début des prises de parole. Une ambiance festive pour ce rassemblement qui réunit quelque 20 000 personnes, selon les organisateurs.
Le choix du Bourget n’est pas anodin. Quatre mois après avoir lancé sa campagne présidentielle devant la basilique de Saint-Denis, Jean-Luc Mélenchon revient en Seine-Saint-Denis, l’un de ses principaux bastions électoraux. Au premier tour de la présidentielle de 2022, il y avait recueilli 49,09 % des suffrages exprimés. Pourtant, cet ancrage électoral précède son investissement personnel dans les quartiers populaires.
En 2017, alors qu’il réalisait déjà des scores importants dans les villes de banlieue, le candidat n’y avait guère fait campagne. C’est autour de 2018 que le rapprochement se structure : lors des premières rencontres nationales des quartiers populaires organisées à Épinay-sur-Seine, il évoquait déjà cette « nouvelle France » qu’il entend aujourd’hui incarner. Huit ans plus tard, après Saint-Denis en juin, c’est au Bourget qu’il vient présenter son programme pour 2027.
Un programme pour répondre aux urgences sociales
Les lumières se tamisent, plongeant la salle dans une lumière violette. Pendant plus de deux heures, Clémence Guetté, David Guiraud, Manon Aubry et plusieurs autres figures de La France insoumise se succèdent sur scène pour présenter les principales mesures de L’Avenir en commun.
Pour accompagner ces interventions, le mouvement a imaginé une scénographie immersive autour de Justine, une mère de famille fictive, enceinte, confrontée à des difficultés économiques et sociales. À travers plusieurs vidéos, son quotidien sert de fil conducteur aux propositions défendues par les élus insoumis, qu’il s’agisse de santé, d’éducation, de logement ou encore d’écologie.
Composé de 1 069 propositions, dont 238 nouvelles, le programme reprend plusieurs mesures emblématiques des précédentes campagnes présidentielles de Jean-Luc Mélenchon : un SMIC porté à 1 700 euros nets, le retour de la retraite à 60 ans ou encore le renforcement des services publics. Sur le volet éducatif, les Insoumis défendent notamment la cantine à un euro et le droit de vote dès 16 ans.
Dans les roues de la mobilisation lycéenne
Deux propositions présentées sur scène par Bally Bagayoko et Louis Boyard, deux figures insoumises qui se sont particulièrement affichées aux côtés des lycéens et lycéennes lors des dernières mobilisations. Leur arrivée déclenche une ovation. « Bally ! Bally ! Bally ! », scande la foule, témoignant de la popularité du maire de Saint-Denis auprès des sympathisants présents.
La jeunesse occupe une place importante dans ce meeting, aussi bien dans la salle que dans les discours. À travers ses propositions sur l’éducation et son soutien aux mobilisations lycéennes, La France insoumise entend faire de cette génération l’un des moteurs de son projet politique.
Au fil des interventions, les slogans fusent : « Ça suffit », « Taxer les riches » ou encore « Nous sommes tous des enfants de Gaza ». Autant de revendications qui illustrent la volonté du mouvement d’articuler les questions sociales aux combats antiracistes et internationaux.
« Ce programme, c’est celui de tous les exploités, de tous les opprimés, des collectivistes, des anticapitalistes », déclare Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise et député des Bouches-du-Rhône.
Une vision collective qui trouve un écho chez Hawa, 21 ans, étudiante : « On soutient le mouvement, je pense qu’on est arrivé dans un temps où on a vraiment besoin d’être solidaires et de ne plus seulement penser en tant qu’individu, mais vraiment en groupe. »
L’antiracisme au cœur du rassemblement
Les prises de parole ne se limitent pas à la scène. Plusieurs figures insoumises sillonnent les allées, micro à la main, au plus près du public. Parmi elles, Danièle Obono, qui dénonce le climat raciste et islamophobe en France.
La députée égrène les noms de plusieurs victimes de violences racistes, parmi lesquelles Pengo Bossio Wangi, mort dans l’attentat raciste de Trappes, Aboubakar Cissé ou encore Djamel Bendjaballah. En avançant dans la foule, elle interpelle les participants : « Combien d’autres ? », avant de dénoncer les idéologies racistes à l’origine de ces violences.
Un discours qui résonne chez Hawa. « Ce ne sont pas des choses isolées, les attentats racistes. On en a eu un tas qui n’ont jamais été pris au sérieux par les médias. En France, il y a des personnes qui sont constamment en danger. »
La Palestine occupe également une place importante dans le rassemblement. À son tour, Rima Hassan traverse la salle pour rappeler la mobilisation internationale contre les crimes commis dans les territoires palestiniens. « Nous continuerons, sans relâche, comme des millions de personnes à travers le monde, à protester contre les crimes commis en Palestine. » Dans la salle, les applaudissements laissent place à des moments de silence et d’émotion.
L’antiracisme constitue aussi l’un des premiers thèmes abordés par Jean-Luc Mélenchon lorsqu’il monte sur scène, sous les acclamations. « N’oubliez jamais que l’antiracisme est une culture, une façon, avant toute chose, d’être humain », affirme-t-il. « Nous combattrons le racisme par tous les moyens légaux », poursuit-il.
Le candidat invite ensuite les milliers de participants à observer une minute de silence en mémoire de Pengo Bossio Wangi, mort dans l’attentat raciste de Trappes. Un hommage particulièrement symbolique, alors que les obsèques de la victime se déroulent le même jour.
Pour 2027, Mélenchon refuse de s’assouplir
« Il faut tout changer ! » À six mois de l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon affiche sa détermination. Pour convaincre ses sympathisants qu’un changement politique est possible, il convoque plusieurs exemples internationaux : « Orbán a été battu en Hongrie ! Vučić a été battu en Serbie ! Trump a été battu aux États-Unis d’Amérique. Bolsonaro a été battu au Brésil ! Vive Lula ! À notre tour de changer l’Histoire ! »
Le leader insoumis cherche ainsi à inscrire sa campagne dans une dynamique internationale de contestation des droites et des extrêmes droites.
« Le premier message de notre rassemblement, c’est notre nombre. Ça devient évident : nous sommes en train d’ouvrir le chemin d’un grand changement politique en France », lance-t-il devant la foule. Avant d’ajouter : « Amis, ici, c’est la force : aucune énergie ne peut rivaliser avec la nôtre. »
Cette démonstration de force s’accompagne d’un refus de modifier sa ligne politique. Alors que certains lui reprochent un discours trop clivant et l’appellent à davantage de compromis, Jean-Luc Mélenchon assume sa stratégie. À ceux qui lui conseillent de modérer ses positions pour convaincre au-delà de son électorat, il répond : « Je ne le ferai pas. Ce serait une attitude politicienne qui ne convaincrait personne mais qui dégoûterait tout le monde, et moi le premier. »
« Depuis hier, je savais que ça allait être historique »
À la sortie du meeting, l’enthousiasme ne retombe pas. Nadia, retraitée, retient particulièrement les prises de parole consacrées à l’antiracisme. « Le meeting s’est très bien passé, beaucoup d’émotions, beaucoup de choses bien ont été dites pour la paix sociale, pour l’unité, contre le racisme, et ça, ça me tient à cœur. »
À ses côtés, son fils Bilal, 25 ans, partage son enthousiasme. Tous deux sont habitués aux manifestations et aux rassemblements politiques, mais ce meeting les a particulièrement marqués. « C’est toujours hyper impressionnant d’être réunis tous ensemble comme ça pour une seule cause », raconte le jeune homme. « Depuis hier je savais que ça allait être historique, et je pense que j’avais raison. »
Valérie, 66 ans, ressort elle aussi convaincue. « C’est même le seul qui est convaincant. C’est le seul qui apporte des véritables réponses aux questions et aux problèmes auxquels on est confrontés », affirme-t-elle.
Dans les allées du Parc des expositions, les chants reprennent. « J’ai deux passions, la fanfare, la révolution », scandent des sympathisants en se dirigeant vers la sortie. La foule avance lentement, entre drapeaux, sourires et slogans. « On va gagner ! », répètent plusieurs participants.
Quatre mois après Saint-Denis, le rassemblement du Bourget aura permis à Jean-Luc Mélenchon de mobiliser une nouvelle fois ses sympathisants en Seine-Saint-Denis. Reste désormais, pour le candidat insoumis, à transformer cette ferveur militante en adhésion électorale au-delà des rangs des convaincus.
Salma Moutaouakil et Fatoumata Koulibaly