19 heures. Le rendez-vous est donné à l’association Quatre Chemins Evolution, à Pantin. C’est ici que les jeunes de l’association ont invité les différents candidats à la députation pour la 6e circonscription de Seine-Saint-Denis.  Elisabeth Guigou (PS), Nathalie Arthaud (LO), Patrick Le Hyaric (FG), Geoffrey Carvalhinho (UMP), Patrice Vuidel (EELV) et Claire Vigeant (Centre pour la France) ont tous répondu présent.

Une demie-heure plus tard, candidats et citoyens sont invités à entrer dans la petite salle. Tellement petite que des personnes sont obligées de rester debout.. Quelques petits réglages techniques avec le micro et une brève présentation de l’association, et le débat peut commencer. Cela ressemble à un speed dating politique : d’un côté les questions du public et de l’autre deux minutes trente sont accordées à chaque candidat pour y répondre. Une petite sonnerie est là pour leur rappeler que leur temps de parole est terminé. Un vrai défi quand on doit aborder des questions aussi importantes telles que le droit de vote des étrangers, le chômage, la régularisation des étrangers, l’éducation, le logement ou encore les traités européens.

Le débat commence ainsi par la problématique de l’acquisition de la nationalité française et le vote. Une mère de famille, Hafida, ouvre le bal des questions. Mère de trois enfants, elle raconte qu’elle vit en France depuis vingt ans, et est très investie dans son quartier et dans le milieu associatif. Elle sait lire et s’exprime très bien en français. Elle souhaite ainsi acquérir la nationalité française pour pouvoir voter. Pourtant, « cela fait quatre ans que je poursuis des démarches afin d’acquérir la nationalité française ». Tous les candidats ou presque s’accordent à dire qu’il faut permettre le droit de vote aux étrangers.

Chacun a sa position propre sur le sujet. Claire Vigeant par exemple souligne qu’il y a une problématique d’accueil des étrangers, « surtout en Seine-Saint-Denis ». Elle en profite pour parler du CV anonyme auquel elle ne croit pas. La position de Nathalie Arthaud est d’accorder « le droit de vote rapidement aux étrangers travailleurs » et souhaite même qu’il soit élargi à toutes les élections. Patrick Le Hyaric propose de régulariser les sans-papiers sans exception et de supprimer la circulaire Guéant à propos des étudiants étrangers. Il préconise ainsi de mettre en place un système qui sécurise le droit à la formation et aux études supérieurs. Le gong retentit et on passe à Elisabeth Guigou qui dénonce un « système hypocrite qui interdit aux étrangers de venir travailler en France ». Au gong suivant, Patrice Viudet évoque l’élargissement des programmes Erasmus et la mise en place d’un revenu d’autonomie pour les étudiants. Le dernier gong passe la main à Geoffroy Carvalinho, qui accuse le PS de vouloir se servir du droit de vote des étrangers.

Autre thème central abordé : le logement. Debout au milieu de l’assistance, une femme, mère de six enfants, raconte qu’elle vit dans un logement insalubre de 27 mètres carrés dont le plafond de la plupart des pièces s’est effondré. Face à ce délabrement, « la seule pièce qui reste décente est la cuisine où tout le monde se retrouve pour dormir ». Parmi ses enfants, quatre ont fini par tomber malade. Son dossier a été refusé à plusieurs reprises par le maire. « Que vais-je faire maintenant, je reste dans la rue ? » En guise de réponse, Patrick Vuidet demande à bloquer le prix des loyers, à étudier un plan de rénovation des logements. Nathalie Arthaud quant à elle pointe du doigt le phénomène de ghettoïsation et accuse « le grand patronat privé de décider de nos vies ». Elisabeth Guigou poursuit en insistant sur le fait qu’il faut appliquer la loi SRU sur les 25% de logements sociaux. Alors que Claire Vigeant explique « quil faut mettre la pression tous les jours » pour obtenir gain de cause. La mère de six enfants se lève, sa fille dans les bras, et laisse s’échapper des larmes. Elle tente à nouveau de rallier ces candidats à sa cause, dans un ultime élan de d’espoir. Mais pas de solution préconisée pour l’instant pour cette femme. Les dernières paroles reviennent à Geoffroy Carvalhinho qui souligne que « depuis 30 ans c’est la droite qui en a fait le plus pour les quartiers avec un budget de près de 18 milliards à la rénovation urbaine ». La salle s’esclaffe.

Une nouvelle question du public est abordée sur un thème qui préoccupe grandement en ces temps de crise : l’emploi. Mohamed, chef d’entreprise, prend la parole : « Parfois, je paie des trucs mais je ne sais même pas pourquoi…Moi je m’en fous de l’Europe. Que fait-on pour l’emploi ? ». Le public s’agite, une femme hausse le ton, «  tout est lié ! » s’exclame-t-elle. Les organisateurs essaient de calmer la salle pour laisser les candidats répondre. Pour Geoffrey Carvalhinho, « il faut bien orienter vers les emplois porteurs », il faut supprimer des postes enseignants et mieux les rémunérer… » Un homme commence à s’insurger dans la salle contre la suppression de l’IUFM. Les gens commencent à parler entre eux. Geoffrey Carvalhinho poursuit : « Sous Nicolas Sarkozy, les logements sociaux ont doublé… » Un autre homme s’exprime « On l’écoute par politesse, mais au bout d’un moment… » L’ère Sarkozy a laissé des traces, les convives n’ont pas l’air de vouloir écouter ce que ce dernier a à dire. Les autres candidats proposent leur solution. Patrice Vuidel, rejoint par Elisabeth Guigou et Claire Vigeant, propose de favoriser les petites et moyennes entreprises. Patrick Le Hyaric demande à modifier le système de cotisations sociales.

Fakhredine un lycéen de 17 ans et membre de l’association Quatre Chemins Evolution trouve que « c’est bien d’avoir eu différents représentants de plusieurs partis. Mais tout le monde n’a pas répondu à certaines questions. Certains thèmes ont été traités comme le logement. Mais la question n’a pas été traitée en profondeur… Grâce à ce débat certaines personnes ont pu développer leur réflexion. Je pense que ça va changer le vote de beaucoup de personnes. Moi par exemple je n’avais pas d’opinion personnelle et grâce à ce débat j’ai pu me faire une idée. Et je sais par exemple qui conseiller à mes parents pour qu’ils aillent voter ». Pour François, professeur d’anglais, le débat a été intéressant et lui a permis d’écouter les différentes propositions des candidats, mais surtout « d’écouter les attentes des citoyens ». La soirée se termine avec une représentation chorégraphique de danse hip-hop. La tension retombe.

Chahira Bakhtaoui

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