La jeunesse doit immédiatement se rassurer. En bons reporters, nous avons trouvé les sauveteurs d’une tranche d’âge désespérée. A la sortie de la station Miromesnil, nous avons fait quelques pas dans la rue de la Boétie, au cœur du Paris chic. Irruptions capillaires fixation souple ou béton, polos Lacoste et ton halé par le soleil, ils étaient tous un peu pareils. Ce jeudi matin, au siège de l’UMP, les jeunes populaires se font les porte-voix de « la jeunesse de France ».

Ils rendent public leur « Livre blanc » – voilà huit mois qu’ils rédigent et affinent leur copie. Quelques pages imprimées, reliées et présentées à Laurent Wauquiez (secrétaire d’Etat à l’Emploi), Martin Hirsch (Haut Commissaire à la jeunesse) et Xavier Bertrand (secrétaire général de l’UMP, ex-ministre du travail). Les 57 spots donnent à la salle une lumière naturelle. Les militants UMP grouillent de partout. Ils sont 60 au total. A 9 heures, telle une meute, ils débarquent, se saluent. Ça sent la « choré », comme ils disent à la Star’Ac. Les baisers claquent sur les joues rougies par le froid matinal. Certains nous saluent religieusement, d’autres nous serrent la poire en souriant.

Thibault Masson, écharpe nouée, se présente. Le grand gaillard appartient au mouvement, il est l’un des rédacteurs du « Livre blanc ». Il s’échauffe tranquillement la voix : « Sarkozy gère très, très bien la jeunesse en France. » Perché sur ses immenses gambettes, il se fait justicier. « C’est de notre responsabilité d’agir, sinon il y aura encore plus de suicidaires, de déprimés », lance-t-il. Pour ce qui est des « quartiers sensibles » (si vous avez une autre expression, on est preneur), il évoque « le plan de Fadela Amara » et propose de « supprimer les ZEP, pour lutter contre les discriminations ». Masson semble vouloir ignorer les problèmes rencontrés par beaucoup d’étudiants, qui manifestent contre les réformes Pécresse-Darcos, tous les jeudis, depuis le mois de janvier. Il paraît très loin des réalités urbaines et d’émeutes toujours prêtes à éclater.

Benjamin Lancar entre en piste. Le président des Jeunes Pop’ se vante de visiter « quelques lycées ». Il s’est par exemple rendu à Mantes-la-Jolie, pour inciter des lycéens à tenter Sciences-Po. « On est plutôt bien accueillis chez les jeunes, même quand on dit Sarkozy », balance-t-il franchement. « Les jeunes ne pensent qu’à leur avenir, que ce soit la gauche, ou la droite, peu importe », ajoute-t-il. Mais il s’empresse de préciser que contrairement au Mouvement des jeunes socialistes (MJS), « nous suscitons de l’intérêt ». Et boum ! Lancar s’agite, se lève, sourit pour le photographe officiel du parti et remet son travail en trois exemplaires, aux trois personnalités présentes.

Bertrand est fier de ses petits, du travail accompli par ses jeunes poulains. Jugeant les 24 propositions « originales et réalistes ». De l’emploi au logement, en passant par l’engagement civique et l’autonomie financière, ils ont tenté de tout passer en revue.

Concrètement, les neufs rédacteurs du « Livre blanc » – aux noms peu épicés, mais bon, ça viendra un jour –, proposent par exemple aux lycéens « d’essayer au moins deux métiers avant la terminale ». Quant à l’allocation autonomie demandée par les mouvements étudiants en grève, le niet reste de rigueur. L’on préfère se cantonner à un « contrat d’autonomie » du même acabit que celui lancé par Amara et Wauquiez auparavant. Et puis, nos Jeunes Pop’ prétendent avoir l’« arme face à la crise » : un service civique volontaire et rémunéré, à développer « à grande échelle ».

Sylvette, crinière orangée et yeux maquillés, est postée à côté d’une affiche. « Ils ont choisi l’assistanat, nous avons fait le RSA (Revenue de solidarité active) ». Elle pense aussi que « le président s’occupe bien de la jeunesse ». Sylvette se félicite d’une autre proposition des minots du « mouvement populaire », celle des stages longs rémunérés à 40% du Smic et des stages courts rémunérés à 20% du Smic. Sylvette vient de la banlieue, elle est peut-être la seule dans l’assistance, avec sa fille qu’elle accompagne. « J’habite Sarcelles depuis 1980 et depuis qu’on a un député-maire de gauche, c’est la catastrophe », raconte-t-elle. Cette secrétaire de médecin a l’air de ne plus trop apprécier cette banlieue désaffectée, « où lorsqu’on veut chercher un magasin de fringues, il faut aller à Paris ».

Derrière, en poster, Sarkozy veille. Surveille. La matinée s’achève, le jus de fruit ingurgité. Il est l’heure de partir propager la bonne nouvelle. Les Jeunes populaires prennent la situation en main. Martin Hirsch, le Haut Commissaire à la jeunesse, toujours aussi sûr de lui, se dit « prêt à présenter les propositions (au chef de l’Etat, comprend-on, ndlr), même s’il manque un brin de culture ». Avec Hirsch, Wauquiez et Bertrand pour parrains, Benjamin et ses acolytes peuvent espérer que les idées remonteront aux oreilles de Sarkozy. Ils auront peut-être même le droit d’être reçu à l’Elysée. Alléluia !

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

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