Il est presque 8 heures, ce dimanche 15 mars, jour de vote. Il fait beau à Rosny-sous-Bois. On pourrait presque croire que c’est une journée électorale comme les autres… La crise sanitaire que traverse le pays rend pourtant ce scrutin éminemment singulier. A l’entrée du bureau de vote situé en mairie, Emma vote pour la première fois. A 18 ans, l’étudiante en BTS est impatiente de se retrouver dans l’isoloir. « C’est une fierté pour moi, je suis contente, sourit-elle. Je n’ai pas peur de l’épidémie. Je fais attention mais il fallait que je vienne accomplir mon devoir. »

La jeune femme ne risque pas d’oublier son premier vote. Ici, tout ou presque rappelle que la France fait face à une pandémie. A l’entrée, des affiches sont placardées pour rappeler les bons gestes à adopter. Au sol, des marquages rappellent la distance d’un mètre à respecter entre chaque personne. Les quelques personnes qui entrent sont invités à se laver les mains grâce aux flacons de gel hydroalcoolique mis à disposition. Et chacun est amené à utiliser son propre stylo, bleu ou noir. Dans le cas contraire, les assesseurs lui donnent un stylo et l’invitent à repartir avec.

Vers 10 heures, l’ambiance est encore assez feutrée. Il y a peu de monde dans les bureaux de vote. Pas besoin de faire la queue pour mettre son bulletin dans l’urne. Les chiffres de la participation à midi confirment ce ressenti : 13,8% des électeurs de la région, environ, sont venues voter, contre 16,9% au même moment en 2014.

Maintenant, j’ai peur qu’il n’y ait pas de 2e tour

Celles et ceux qui sont là sont souvent des anciens. Laurent a 55 ans et il travaille à la RATP. L’allocution du Premier ministre, samedi soir, ne l’a pas empêché de venir voter. « J’avoue que j’ai hésité, ce matin, pour me protéger. Mais il suffit de respecter les consignes, assure-t-il. Nous vivons un moment exceptionnel, essayons d’être à la hauteur. Il faut le vivre. Comme les commerces alimentaires sont ouverts, je pense que tout le monde peut venir remplir son devoir. »

Comme beaucoup d’électeurs, Laurent s’interroge tout de même sur le bien-fondé de ce premier tour. « On aurait pu annuler les élections, regrette-t-il. Maintenant, j’ai peur qu’il n’y ait pas de 2e tour. »

Sur les coups de midi, les électeurs arrivent en nombre. Cette fois, beaucoup de jeunes se présentent. Les bureaux de vote commencent à se remplir, les files s’allongent un peu. « Les gens sont calmes et comprennent », explique l’homme qui se tient à l’entrée de la mairie pour assurer la sécurité.

Fatouma, son masque et ses gants

À la sortie de son bureau de vote installé à l’Hôtel de Ville, Manon, 18 ans, se dit « fière ». Accompagnée par son ami et par sa mère, elle dit avoir longtemps hésité : « Je n’étais pas sûr des candidats et de leur programme… savoir s’ils sont à la hauteur ou pas. J’ai senti le stress, franchement c’était bizarre. Mais bon, je ne pouvais pas rater cette occasion. Je suis maintenant dans la vie active et adulte. C’est le rêve de tout jeune. Aujourd’hui, c’est une liberté d’expression et une prise de conscience. Maintenant, on peut faire un choix consciemment, même si ça a été difficile de choisir tout à l’heure dans l’isoloir ».

Manon est venue voter avec un ami / (C) KN

Dans le flot réduit d’électeurs, une silhouette interpelle. Une femme est venue avec un masque et des gants en latex bleus. On s’approche et on l’interroge. « J’ai peur, j’ai un problème respiratoire, explique Fatouma, 32 ans. Je suis venue en prenant toutes les précautions nécessaires, c’est mon médecin qui me l’a conseillé. » Malgré son souci de santé, la jeune femme n’a pas envisagé une seconde de ne pas venir : « Depuis mes 18 ans, je n’ai jamais manqué une élection. C’est important de venir, on ne peut pas rater cette occasion. »

Kab NIANG

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