Saint-Denis s’offre un remake. Six ans après un deuxième tour qui s’est joué à 181 voix, les socialistes et les communistes devraient de nouveau s’affronter en duel, dimanche ou plus tard, selon ce qu’annoncera ce lundi soir le président de la République à la télévision. Avec 35,31% des voix, le socialiste Mathieu Hanotin arrive largement en tête du premier tour, loin devant le maire sortant, Laurent Russier, qui recueille 24% des suffrages.

Un troisième candidat est qualifié pour le second tour. Bally Bagayoko a été plébiscité par 18,04% des votants, fort de son mouvement citoyen « Saint-Denis en commun », soutenu par la France insoumise. Mais l’actuel adjoint de Russier devrait le rallier dans les jours à venir, seule condition pour la majorité en place de conserver la ville.

Dans un scrutin marqué par la crise sanitaire que traverse le pays, le chiffre de l’abstention est peut-être le plus frappant : 69,20% des électeurs inscrits ne se sont pas déplacés. Dans une ville de plus de 100 000 habitants, ce sont donc 15 000 d’entre eux qui ont décidé pour tout le monde ce dimanche. Et, à l’heure où l’on écrit ces lignes, on ne sait toujours pas si ce premier tour sera comptabilisé ou pas dans l’hypothèse probable d’un report du deuxième.

Le 2e tour, une histoire de calculs

Toujours est-il que le résultat d’hier est instructif. Il dit, par exemple, la faiblesse du score du maire, qui n’a pas réussi à fédérer un élan autour de lui. Il dit, aussi, l’échec relatif de son adjoint, Bally Bagayoko, qui n’en a pas profité pour devancer le PCF. Il dit un autre échec, celui de LREM et de son candidat Alexandre Aïdara, qui espérait capitaliser sur sa première place aux européennes de mai dernier. L’élimination dès le premier tour est un revers sérieux pour le parti présidentiel.

Alexandre Aidara lors de son meeting le 27 février / (C) IR

Face à cela, Mathieu Hanotin semble être le seul à pouvoir se satisfaire des résultats de ce premier tour. L’ancien député profite de la division à sa gauche pour arriver en tête. Mais, à y regarder de plus près, il fait sensiblement le même score qu’en 2014 (35,3% contre 34,3%) et perd même des électeurs en valeur absolue.

Autre donnée qui pousse à l’humilité : la majorité municipale, qui devrait se retrouver et sceller un accord avant le deuxième tour, vaut 42%. Soit plus que le score du maire Didier Paillard en 2014 (40%). Hanotin, lui, devrait bénéficier d’un bon report des voix du centre et de la droite, qui représentent 14%… soit peu ou prou ce qui lui manque pour atteindre les 50%.

Bien malin, donc, celui qui peut prédire l’issue du deuxième tour à Saint-Denis. Pour la première fois de son histoire, la cité des rois de France va-t-elle quitter le giron communiste ? Le scrutin d’hier envoie, en tout cas, un sérieux signal d’alarme à ce sujet.

Ilyes RAMDANI

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