Le parti Europe Ecologie les Verts finissait son tour de l’hexagone par l’Ile-de-France, une tournée pour lancer la campagne des élections européennes. Le temps de visiter l’association « Une Chorba pour tous » dans le 19eme arrondissement parisien pour échanger autour d’une Europe des solidarités.

Pluie persistante, chaussettes mouillées, batterie déchargée, la baraqua est quand même là devant les petits locaux de la « Chorba pour tous » près de la station Corentin Cariou. La chance de combler le besoin neo geek de brancher le smartphone, le temps de patienter avant l’arrivée imminente des candidats EELV. Pendant que quelques photographes patientent devant l’entrée, une poignée de membre de l’association s’active à préparer les colis pour les bénéficiaires de l’aide alimentaire. La Chorba pour tous est une association humanitaire d’aide aux démunis qui existe depuis plus de 20 ans. Maraude, soupe populaire, accès au droit, à la culture, à la santé, l’alphabétisation et l’accompagnement scolaire sont les aides proposées dans ce local ouvert tous les jours sauf le dimanche.

Une dame qui attend son colis alimentaire se lève pour me montrer une prise disponible pendant qu’un petit garçon joue au milieu des mères de famille qui attendent leur tour munis d’une carte verte de rationnement. Le marmot met l’ambiance au milieu des gros sacs vides prêts à être remplis par des produits de première nécessité. À peine le temps d’écouter une dame parler en arabe d’un atelier qui a eu lieu pour la journée de la femme, que les visiteurs du jour arrivent. Sourires et remerciements, Sandrine Bellier, et Mohammed Mechmache étaient en fait déjà arrivés mais pas dans la même pièce, ils sont rejoints par Pascal Durand, Eva Joly et Clarisse Heusquin. La visite peut commencer.

« Ne vous inquietez pas il n’y a pas de photos prises sans autorisations ». Le crépitement des appareils n’interpelle pas vraiment les anonymes qui patientent, on salue les visiteurs politiques avec une curiosité limitée par l’attente d’un sac rempli. Eva Joly échange avec Chafia Azouni, directrice de l’association qui lui explique que les locaux appartiennent aux Réseaux Ferrés de France, la Chorba pour tous ne bénéficie d’aucune aide européenne. Mohamed Mechmache fondateur d’AC le Feu se présente aux cotés des Verts sans être vraiment encarté. Candidat tout droit venu de l’associatif, il croque dans une carotte du stock de légumes sous les regards amusés des bénévoles et discute de l’électorat écolo, qu’on qualifie facilement de « bobos ».

« Quand la banlieue agit, l’Europe réagit  »

849952463849952463Pour le 3eme candidat sur la liste IDF, les intentions d’EELV parlent aux banlieusards : « cette éducation écolo, on l’a sans nous en rendre compte, la bouffe sans gaspillage, les vêtements qu’on se passait, on a perdu certains réflexes parce qu’on vit dans un monde de consommation, mais la malbouffe, la pollution, la pénibilité du travail, ces problèmes sont rencontrés par les banlieusards. Ils sont quotidiennement concernés par les questions écolos, nous on s’intéresse aux quartiers populaires parce qu’ils subissent les premiers ces problèmes ». On évoque ensemble le décalage des citoyens avec les institutions supranationales lointaines : « Je me dis qu’il faut faire ce travail d’éducation populaire, de transmission et d’expliquer à l’ensemble de ces habitants que l’Europe joue un rôle essentiel sur notre quotidien c’est quand la banlieue agit que l’Europe réagit, on ne peut pas rester spectateur ».

Un bénévole de longue date raconte son expérience : « il y a eu des vagues liées aux guerres, on a eu les Afghans, les Tunisiens, on va surement aider les Syriens, ça commence à peine, mais en tout cas on est de plus en plus débordé, parfois on ne peut pas aider tout le monde ». La visite se fait dans le calme, on explique aux invités le fonctionnement de l’association, une petite salle est réservée pour la conférence de presse, « il n’y a pas trop de place ici, mais il y en a plus dans le cœur » s’exclame un bénévole.

La tête de liste en Ile-de-France, Pascal Durand, commence le tour de table en revenant sur ce tour de France qui prend fin : « chaque région avait choisi une thématique, on a souhaité terminer par une Europe des solidarités, une Europe des quartiers, l’Europe et les quartiers sont les boucs émissaires faciles. Ils sont toujours accusés d’être responsable des problèmes du pays, nous on veut montrer que c’est faux et pour l’un et pour l’autre ». Eva Joly prend la parole en revenant sur le manque de cohérence dans les stratégies industrielles avec l’actualité immédiate : « une partie du secteur de l’automobile française s’installe en Chine, très mauvais élève dans le domaine écolo et démocratique ».

« On a les moyens de nourrir tous les Européens ! »

L’aide alimentaire un thème inévitable dans ce lieu : « le combat de sauvegarde des budgets d’aides alimentaires, était un combat du camp écolo ». La dénonciation de la mauvaise Europe est faite quand Eva Joly revient sur « l’appropriation des richesses par les banques ». Le sujet de l’immigration est traité non sans émois notamment lorsque l’ex-candidate à l’Elysée évoque la gestion des réfugiés syriens. Eva Joly dénonce la gestion française des réfugiés qui manque de dignité comparée à d’autres pays européens comme la Suède. L’émotion se ressent dans la salle quand elle revient sur le drame aux circonstances troublantes du naufrage en mer Égée des bateaux qui transportaient des réfugiés afghans et syriens cet hiver.

« On a les moyens de nourrir tous les Européens ! 50 % de la production alimentaire est gaspillée, c’est scandaleux et les gens ne le savent pas ! ». Sandrine Bellier, candidate pour le Grand Est revient sur l’anomalie du gaspillage alimentaire dans une salle qui fait face à des pénuries. Chafia Azouni interpellée, ne manque pas de réagir en évoquant la responsabilité et le décalage d’une classe politique : « est ce qu’ils connaissent cette France des quartiers populaires ? C’est grave ce qu’il se passe nous ne pouvons ne pas répondre à toutes les demandes ».

A la recherche d’un électorat populaire, EELV empreinte symboliquement le sentier des quartiers pour parler d’Europe à des personnes qui se sentent peu ou pas concernés par l’horizon politique français. L’orage de l’abstention n’est pas occulté, Pascal Durand prend en compte le contexte de l’après municipale : « Nous on est là, on agit, on essaye de montrer autre chose » . Pour le secrétaire national du parti, « on voit bien qu’il y a toute une classe politique qui essaye d’exclure de discriminer et d’isoler et de montrer qu’il y a une France face à une autre. On veut montrer que ce n’est pas ça, la vraie vie c’est la Chorba pour tous et Le Secours populaire et quand quelqu’un demande de l’aide on ne demande pas d’où il vient. »

Parler d’Europe aux quartiers populaires, réanimer la fibre citoyenne dans des lieux d’abstention et de déception, le grand écart est tenté par un parti qui choisit de multiplier les évènements de proximités avant le passage à l’urne. Comme ce mercredi 7 mai dans le 18e arrondissement, où les candidats ont tenté une nouvelle fois de convaincre les moins convaincus. En sortant du local associatif Pascal Durand résume la méthode de conquête : « Il n’y a pas d’exclusion possible pour parler d’Europe »

En sortant des locaux, une longue discussion démarre avec Clarisse Heusquin 26 ans qui se présente sur la liste EELV pour la région Centre, elle découvre les turpitudes d’une ambiance de campagne, raconte ses premières craintes de novice et ses multiples rencontres humainement enrichissantes qu’elle fait depuis qu’elle a démarré une campagne qu’elle n’avait pas forcement prévu de vivre en première ligne dans son agenda de jeune diplômée.

Saïd Harbaoui

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